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    Stéphane Dion, endetté, incapable de leadership, se voit montrer la porte !

    le 27 mars 2008 | 386 visites | 3.75 / 5 | 8 commentaire(s)
    Stéphane Dion, endetté, incapable de leadership, se voit montrer la porte !
    photo : ycanada_news (Flickr)

    Sur le site du Parti libéral du Canada, section Québec, on peut y lire : « Le 2 décembre 2006, lors du plus palpitant congrès d’investiture de l’histoire du Parti libéral, Stéphane Dion a été élu 11e chef du Parti libéral du Canada au quatrième tour ». La stratégie à trois volets de M. Dion, comprend la prospérité, la justice sociale et la viabilité environnementale. Au lendemain des dernières élections partielles, Alain Dubuc, du quotidien La Presse, écrivait : « Les élections partielles de lundi dernier ne sont qu’une station de plus dans le long chemin de croix de Stéphane Dion. Les résultats de ces quatre partielles confirment ce qu’on sait depuis longtemps : M. Dion n’a pas ce qu’il faut pour susciter l’adhésion des électeurs ni pour diriger un parti ». Monsieur Dubuc va très loin dans son commentaire : « Le chef libéral n’a pas le potentiel pour mener son parti à la victoire. Qu’il n’est pas dans une position pour menacer le gouvernement conservateur minoritaire, et encore moins le renverser. Qu’il n’a pas non plus réussi à s’imposer dans son propre parti, à panser ses plaies et à en refaire l’unité ». Le coup de grâces vient d’être donné. Les forces libérales sont aux aboies. Force est d’admettre que nous sommes loin de cette profession de foi de monsieur Dion qui déclarait, il y a quelques temps, déjà, qu’il avait l’intention de devenir premier ministre.

    On en est rendu là. L’idée de destituer Stéphane Dion circule. Pour le député de Hull-Aylmer, Marcel Proulx, « une tempête dans un verre d’eau même pas plein ». Les critiques envers M. Dion et son lieutenant politique, Céline Hervieux-Payette, ont fini par déboucher sur cette hypothèse. Pierre-Luc Bellerose, ex-candidat du PLC, affirme avoir des appuis au sein du caucus et du parti pour recourir à l’article (3.7.1) qui prévoit qu’on peut retirer la carte de membre du PLC à un militant. La procédure n’a jamais été utilisée par le parti et est hautement symbolique. Se servir de ces statuts et règlements du parti viserait rien de moins que de montrer la porte au chef des libéraux, Stéphane Dion. La fronde contre le chef vient donc du Québec. Pour Pierre-Luc Bellerose, un scrutin au printemps serait un suicide politique. Le PLC ne peut se fier que sur l’Ontario et les provinces maritimes pour obtenir des votes.

    Au Québec, le nombre de membres est en chute libre et plusieurs circonscriptions n’auraient même pas de candidats à présenter, rapporte Info690. Stéphane Dion n’a plus le contrôle de son parti au Québec et l’organisation ne lui obéit plus. Les résultats mitigés du PLC au Québec lors des élections partielles du 17 mars dernier auraient aggravé la situation, poursuit Pierre-Luc Bellerose. « La pression est de plus en plus forte pour que M. Dion quitte son poste, dit-il. Le moyen que nous envisageons est draconien, certes, mais nous espérons que le chef comprendra le message et qu’il quittera ses fonctions de lui-même », a déclaré monsieur Bellerose. « En abandonnant le poste de chef dans les prochaines semaines, M. Dion permettrait au parti de se choisir un nouveau chef et de se refaire des forces pendant l’été en vue d’un scrutin à l’automne ».

    Pour Stéphane Dion : « C’est un citoyen privé qui a donné son opinion, rien de plus. Le parti travaille très fort et on entend gagner ». Denis Coderre qui a toujours le mot juste pour régler les situations encombrantes appelle les militants au calme : « Je demande aux gens de rester calmes, de ne pas partir en peur. On a un chef, il va être là à la prochaine campagne électorale ». Y aurait-il un tsunami appréhendé ? Bellerose ? « C’est un gros "trip" médiatique qu’il se paye. C’est bien plus pour ça qu’il doit le faire. On le sait tous qu’il n’est pas un fervent défenseur de M. Dion  », ajoute Denis Coderre. « C’est malsain. Il peut y avoir des conflits de personnalités, mais agir de la sorte en public, c’est un manque de respect. Il faut commencer à être loyal envers le parti  », a déclaré Denis Coderre au Devoir.

    Denis Coderre est un homme occupé. En même temps qu’il défend son chef, il participe à des levées de fonds. Un homme d’affaires libéral a indiqué à La Presse que le député Denis Coderre lui avait demandé 1000 $ pour un cocktail privé, organisé dans le luxueux appartement de Mark Bruneau, collecteur de fonds, destiné à une levée de fonds pour éponger la dette de Michael Ignatieff qui s’élève à 750 000 $.

    Pierre-Luc Bellerose n’est pas le seul à élever la voix. Plusieurs l’ont fait depuis quelques semaines. Dans une entrevue exclusive accordée à La Presse, l’un des vice-présidents les plus actifs du PLCQ, Steve Pinkus, a décrit le parti comme une « famille dysfonctionnelle » et appelé Stéphane Dion à intervenir de toute urgence. « On n’avance pas. Au contraire, on recule. Depuis un an, on recule  », s’est plaint Steve Pinkus.

    Le Vice-président du PLCQ a confirmé indirectement qu’il existait une guerre interne. « M. Dion doit brasser les choses. Ce n’est pas son lieutenant qui est en train de le faire. Ce n’est pas son président qui est en train de le faire. Ils sont en guerre civile entre eux ». Eux, c’est le président du PLCQ, Robert Fragrasso, et la lieutenante du Québec, Céline Hervieux-Payette. La fronde organisée par deux membres du parti contre Robert Fragrasso fut vouée à l’échec. Mais les séquelles sont encore bien présentes. « La résolution du problème, hier, a été ridicule. Ils n’ont fait que mettre un pansement sur une plaie béante et purulente », a expliqué Steve Pinkus.

    D’autres voix jugent sévèrement Stéphane Dion et son entourage. L’ancienne ministre libérale Liza Frulla considère que Stéphane Dion manque d’instinct nécessaire et que sa lieutenante au Québec, la sénatrice Céline Hervieux-Payette, ne parvient pas à établir de lien avec les organisateurs libéraux de la base.

    Stéphane Dion n’est pas au bout de ses peines. Sa longue campagne au leadership, en 2006, lui a coûté près de 1,7 million de dollars. Quinze mois après sa victoire, il doit toujours quelque 750 000 dollars à ses créanciers.

    En mars dernier, Michel Vastel écrivait, dans le Journal de Québec, que : « Depuis 15 mois qu’il est chef de son parti, Stéphane Dion n’a pas réussi à s’imposer. C’est ce qui le perdra d’ailleurs : la pâleur de son leadership permet aux vraies étoiles du PLC - Michael Ignatieff, Bob Rae, Gérard Kennedy, et même Denis Coderre - de briller. Il ne manquera pas de prétendants lorsqu’il quittera son trône. Stéphane Dion s’est rabattu sur la sénatrice Céline Hervieux-Payette, la décision la plus mauvaise de toutes. Qu’on ne s’étonne pas que le parti ne soit pas prêt à tenir des élections : élue en 1979 mais battue en 1984, Mme Hervieux-Payette n’a pas eu une carrière très brillante aux Communes, survivant à l’aide d’intrigues dans les diverses courses à la direction du parti. Battue à deux reprises en 1988 et en 1993, elle est confortablement installée au Sénat depuis 1995. On disait de Claude Ryan qu’il ne savait pas choisir ses lieutenants. On dira la même chose de Stéphane Dion ».

    Stéphane Dion déclarait, le 18 mars, soir des élections complémentaires, après la victoire de Bob Rae, Martha Hall Findlay et Joyce Murray : « Le leadership, c’est de savoir qu’on ne peut pas réussir seul. On doit faire équipe avec les Canadiens. Je suis un joueur d’équipe et je suis un bâtisseur d’équipe. Et ce soir, c’est clair que j’ai une bien meilleure équipe que Stephen Harper  ». Depuis peu, rien n’est moins sûr.

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  • 8 COMMENTAIRE(S) | Répondre à cet article

    • Gilles

    Je propose une autre explication de son insuccès en tant que chef de parti ; bien sûr il n’a pas de charisme, mais d’autres en étaient dépourvus (Diefenbaker), bien sûr il n’est pas miroitant, mais d’autres semblent ternes (Manley), bien sûr il n’est pas bilingue, mais d’autres ne l’étaient pas mieux (Chrétien). Alors ? Stéphane Dion est un idéaliste, et la fréquentation des politiques, des fonctionnaires, des hommes de parti à Ottawa a sans doute — c’est mon hypothèse — détruit la vision idéale qu’il se faisait du Canada. Il est aussi un idéologue, et l’exercice du pouvoir, ne serait-ce que dans la « loyale opposition » est faite de compromis, surtout dans un milieu anglo-saxon comme Ottawa ; et les idéologues ne savent pas se résoudre aux compromis. D’où qu’il n’a plus le cœur à l’ouvrage, comme on dit.

    27 mars 2008 | répondre | permalien

    Gilles

    Benoit Aubin, du Journal de Montréal, écrivait, dans sa chronique de jeudi : « Stéphane Dion savait très bien dans quelle galère il s’embarquait en faisant le saut en politique fédérale. Il pouvait compter sur les conseils d’un des experts les plus renommés, un intellectuel vedette, qui avait conseillé tous les chefs politiques du Québec depuis Jean Lesage : le regretté Léon Dion, son propre père. « Ne va pas en politique, conseilla-t-il à son fils, toutes sortes de gens tenteront de te définir dans leurs termes à eux. Pour les vrais politiciens, tu ne seras jamais qu’un intellectuel égaré parmi eux ; pour les vrais intellectuels, tu ne seras plus qu’un autre politicien ».

    La question est donc de savoir si le Parti libéral du Canada avait besoin, a besoin et aura encore besoin d’un idéaliste, comme vous l’écrivez si bien. Et je partage entièrement votre opinion selon laquelle : « Dion est aussi un idéologue, et l’exercice du pouvoir, ne serait-ce que dans la « loyale opposition » est faite de compromis, surtout dans un milieu anglo-saxon comme Ottawa ; et les idéologues ne savent pas faire de compromis ».

    Un point sur lequel je diffère avec vous, c’est lorsque vous écrivez : « les membres de son parti n’ont pas ses capacités intellectuelles, ni sa vision ». Michael Ignatieff est de la trempe de Dion, sinon qu’il le dépasse en capacités intellectuelles. À mon avis. Ignatieff, écrivait, en décembre 2005, Antoine Robitaille du Devoir, « a été professeur d’histoire à Cambridge, en Angleterre. Il est alors devenu une star des médias électroniques britanniques, notamment à la BBC. Puis, il a été embauché à Harvard, où il dirige le Carr Center for Human Rights Policy, rattaché à la Kennedy School of Government. Dans le monde médiatique, on l’a retrouvé ces dernières années dans le New York Times Magazine. C’est un peu le Bernard-Henri Lévy du Canada anglais : un intellectuel flamboyant doté d’un statut de célébrité ».

    Personnellement, je n’ai aucune sympathie pour Stéphane Dion. Son arrogance, ses prétentions, le ton hautain et professoral en font un politicien éloigné - mais complètement - de ce qui devrait caractériser un chef de parti qui veut mener ses membres à la victoire : charisme, sens de la communication populaire, leadership et sens de l’innovation.

    Pierre R. Chantelois

    27 mars 2008 | répondre | permalien
    • Gilles

    En effet, diriger un parti n’est pas la même chose que réfléchir aux meilleurs moyens de contrecarrer l’indépendance du Québec. Mais j’aime bien mon idée que S. Dion a été déçu par le fonctionnement réel, au jour le jour, de son cher Canada...

    28 mars 2008 | répondre | permalien

    Gilles

    Je ne conteste évidemment pas le fait que Stéphane Dion ait pu être déçu par le fonctionnement de son cher Canada... comme le Québec a été fort déçu par un des leurs qui n’a pas raté une seule occasion de s’opposer à son indépendance.

    Pierre R. Chantelois

    28 mars 2008 | répondre | permalien
    • Gilles

    J’ai trouvé l’homme providentiel, la personne qui fera l’unanimité au PLC : il plaît aux dames, il ravit les nostalgiques, il est malléable avec juste qu’il faut de narcissisme, il ne connaît rien à l’écologie, il n’a aucun sens politique, il méconnaît le Québec, il force l’admiration de Denis Coderre, il est parfaitement bilingual : Justin Trudeau !

    28 mars 2008 | répondre | permalien

    Bonjour Pierre R.

    On m’a dit que j’avais hérité d’une trisaïeule algonquine un don de prophétie, mais il ne se manifeste que quand j’annonce la déconvenue imminente des chefs politiques. De Lapalme à Boisclair en passant par Goldwater et allant vers Marois... Les mauvaises langue prétendent que je triche en utilisant le bon sens.... mais ce sont les effluves du pétun...

    Une exception : Stephane Dion. Quand j’ai appris son élection, il ne m’a fallu ni herbes magiques ni boule de cristal pour comprendre, que quelque chose n’avait aucun sens... j’ai donc réfléchi. Pourquoi et comment Stephane Dion ?

    Pour deux raisons : la première, parce que les Libéraux ne croyaient pas qu’il pourraient gagner la prochaine élection. Celle-la, elle serait pour Harper. Il fallait préparer l’avenir.

    L’avenir se jouerait au Québec, comme d’habitude. Rae ? Pas très vendable. Ignatieff ? Contre Rae, oui, mais pas vraiment de la famille... Heureusement, un "troisieme homme" était là... Kennedy !

    C’est avec l’appui de Kennedy que Dion est élu. Contre toute attente. Dion servira de victime expiatoire et, quand les Canadiens en auront vraiment assez de Harper, on choisira un nouveau chef libéral.

    Ignatieff, Rae... ils vont s’entredéchirer à la prochaine convention et c’est Kennedy, cette fois, qui sortira gagnant ... avec l’appui des supporters de Dion, outrés de la déloyauté des deux autres, alors que Kennedy a été un allié et est resté discret.

    Mais qu’est-ce que Kennedy a que les autres n’ont pas ? Justin Trudeau. Il soutenait Kennedy à la derniere convention, il le soutiendra à la prochaine... et il apporte avec lui l’appui des légitimistes trudeauïstes québécois, pour qui une régence Kennedy est parfaite en attendant que l’Aiglon aient des serres... Comme disait Hugo " quelqu’un de grand va naître... ! "

    Justin, ce n’est pas rien ; c’est le symbole de ralliement pour le groupe du French Power qui est le coeur du Parti Libéral depuis plus de 40 ans et en contrôle encore les finances et les dossiers... Le groupe qui a éliminé Turner, puis Martin, comme des importuns.

    Vous croyez qu’on n’aime pas Justin au Québec... ? Les Québécois apprendront à l’aimer... comme ils ont appris à aimer son père. Parce que derrière le verbiage ’Canadian’, quand les écrans de fumée rituelle sont dissipés, c’est ce groupe qui a donné et peut encore donner le vrai pouvoir à des Québécois au Canada.

    Pierre JC Allard

    28 mars 2008 | répondre | permalien

    Une phrase a sauté. Le 5ème paragraphe doit se lire :

    La deuxième raison ? C’est avec l’appui de Kennedy que Dion est élu. Contre toute attente. Dion servira de victime expiatoire et, quand les Canadiens en auront vraiment assez de Harper, on choisira un nouveau chef libéral.

    PJCA

    28 mars 2008 | répondre | permalien

    Pierre JC

    Très intéressante analyse. Sacrifier Dion pour faire place à un winner à venir, voilà qui traduirait les difficultés actuelles du chef libéral. Kennedy n’est pas connu, il me semble, au Québec. Il n’est pas trop tard pour se faire mieux connaître. La route risque d’être longue car il lui faudra attendre un échec de son chef avant de se compromettre. Allons-nous assister à une nouvelle guerre larvée du style Paul Martin contre Jean Chrétien ?

    S’agissant de Justin Trudeau, il lui faudra d’abord se faire élire et ensuite montrer ce qu’il a dans le ventre. Je ne crois pas que ce sera demain la veille de son élection à titre de chef du Parti libéral du Canada :-)

    Observer, par contre, de près cette hypothèse que Justin Trudeau dans l’entourage de Kennedy pourrait drainer les forces trudeauistes, si tant qu’elles existent encore au Québec, sera passionnant. Permettez-moi un certain scepticisme sur cette avenue. Je ne demande qu’à voir.

    Un point sur lequel je crois nous serons d’accord. Il faudra que le prochain chef du Parti libéral du Canada soit autrement qu’un intellectuel austère et snobinard. Aucune femme combattive et charismatique à l’horizon ? Et souhaitons que Victor Hugo ait raison.

    Pierre R. Chantelois

    28 mars 2008 | répondre | permalien

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