5 janvier 2008 |
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C’est ainsi que l’on nomme le Kurdistan dans beaucoup de pays et en particulier en Turquie. La traduction la plus appropriée serait “prétendument Kurdistan” selon Gülay Göktürk. C’est cette femme, dans un éditorial pour le journal Bugün, qui traite très habilement de la politique turque face à la minorité kurde. Ainsi, elle déclare que “la Turquie en est ainsi encore à devoir affronter cette “prétendue” problématique, qui a pris de telles proportions qu’on ne sait même plus lui trouver un début de solution. Dans ces conditions, y a-t-il un sens à répéter ce même type d’erreur en refusant et en niant la réalité de l’État fédéré kurde qui existe aujourd’hui dans le nord de l’Irak ?”
Évidemment on ne peut nier cette réalité. Mais une meilleure problématique est encore formulée dans cette phrase, assez courte, mais qui démontre bien l’état d’esprit actuel d’Ankara : “En effet, ce dont nous avons peur, c’est que les Kurdes habitant du côté irakien de la frontière vivent de mieux en mieux, que nos Kurdes à nous les envient et qu’ils souhaitent in fine se séparer de la Turquie pour les rejoindre.” Et d’ajouter de suite : “Mais, bon sang, combien de siècles allons-nous vivre avec cette phobie ! Le maintien de l’unité du territoire turc ne dépend-il vraiment que du maintien dans la pauvreté et sous l’oppression des Kurdes vivant au-delà des frontières de la Turquie ? Plus les Kurdes d’Irak vivront dans la peur et dans la misère et plus notre unité territoriale et notre sécurité s’en trouveront assurées ?”
On comprend bien alors les intrusions de l’armée turque en territoire irakien, et même si Talabani ne semble pas s’en offusque, on pense assez rapidement à une atteinte à la souveraineté du pays. De plus, depuis le départ des troupes britanniques de Bassorah, voilà que le Kurdistan irakien, lui, se retrouve dans une situation d’autonomie assez impressionnante. Bien sûr, les immenses réserves de pétrole de la région ne peuvent qu’aider au développement, mais il n’empêche.
Dans l’actualité, c’est 70 blessés et plus de 5 morts qui viennent s’ajouter 37 000 personnes mortes depuis 1984, année des premiers heurts entre le PKK (considéré comme entité térroriste selon l’UE, les USA et la Turquie) et Ankara.
Cette fois çi, c’est à Diyarbakir que la bombe a explosé, visant probablement un véhicule militaire qui passait par là, mais aussi une caserne située à une centaine de mètres de la déflagration. Cette acte a été vivement condamné, que ce soit par le premier ministre Recep Tayyip Erdogan (”Le terrorisme a ressorti son horrible visage. Mais ce type d’événements n’infléchira pas notre détermination à combattre le terrorisme à la fois dans le pays et à l’extérieur”), que par les USA qui, de leurs côtés déclarent qu’ils “réitèrent leur détermination à se tenir aux côtés de la Turquie dans la lutte contre tous les types de terrorisme”.
Difficile donc de donner ne serait ce qu’un semblant d’avis sur la question Kurde en Turquie, sachant que ce peuple se bat certes pour une autonomie, voire une indépendance ; mais les moyens mis en oeuvre ne sont absolument pas bien choisis et, la plupart du temps, les civils souffrent plus qu’ils n’obtiennent. Pourtant, il est tout autant difficile de ne pas montrer du doigt le rôle qu’a joué la Turquie et qu’elle joue encore aujourd’hui dans la “résolution du problème”. Et pour conclure, redonnons donc la parole à Gülay Göktürk : “Voyez donc où nous a mené cette politique consistant à nier systématiquement la réalité. Les généraux turcs, qui dans le passé se sont avérés de véritables champions de ce type d’exercice, n’en finissent plus aujourd’hui de faire leur autocritique et d’admettre qu’ils ont commis une erreur en niant la problématique kurde.”
Certains diront que c’est un peu comme “le prétendu génocide arménien”…
Sources :
L’article de Gülay Göktürk en français sur Courrier International
TV5 : “Turquie : 5 morts dans l’explosion d’une voiture piégée dans le sud-est”
Al Jazeera : “Deadly blast hits Turkish city”
“Turquie et PKK : nouvelles tensions” par Shyankar
Il ne faut pas oublier toute la facette du “divise pour mieux régner”. Israël et les États-Unis ont des plans de diviser l’Iraq en trois depuis même avant le 9/11. On y bâtit des bases militaires permanentes et on provoque des guerres sectariennes pour diviser le peuple et ainsi mieux contrôler la région et les ressources pétrolières.
Le Mossad et le gouvernement US se sont fait prendre à financer et entraîner les Kurdes du nord de l’Iraq pour déstabiliser encore plus la région. Ce qui pousse l’Iran et la Turquie à vouloir se rapprocher pour régler ce problème à leur frontière. Et pendant ce temps, on a un pays étranger (Turquie) qui attaque l’Iraq alors qu’elle est toujours sous occupation militaire étrangère, et que ce sont encore des civiles innocents qui se prennent les bombes en pleine gueule.
Shyankar
La question qui me vient à l’esprit, en lisant votre excellent article, est la suivante : combien de temps le peuple kurde sera-t-il voué à l’errance ? Il me semble que d’avoir un pays propre à soi est une légitimité qui devrait être reconnue. Mais voilà. Trop d’intérêts économiques sont en jeu, n’est-ce pas ? Relativement au statut de souveraineté du territoire irakien, et du protocole de non-agression intervenu entre ce pays et la Turquie, nous en voyons les résultats. Avec la bénédiction des États-Unis.
Pierre R.
@#1 : Si vous auriez des liens ils seraient grandement appréciés. C’est vrai que l’on entend beaucoup parler de ce “gran moyen orient” mais dans les faits on a pas grand chose à ce mettre sous la dent si on veut prouver la véracité de ces propos…
@Pierre R : Tout a fait d’accord ; il y a beaucoup trop d’intérêts économiques en jeu. Il n’y a qu’à voir la partie que perdrait la Turquie sir les Kurdes devenaient indépendants. Il y a aussi, en plus de l’aspect territoril, l’aspect démographique. Ainsi, dans une période où une forte démographie est souhaitable, perdre ce grand nombre de citoyen serait assez difficile à supporter.
Bien à vous,
Cordialement
Shyankar
Mais bien sûr, voici quelques liens forts intéressants :
U.S. Considers Dividing Iraq Into Three Separate States After Saddam Is Gone
October 1, 2002
1. Stratfor’s Latest Intelligence On Iraq.
2. Iraq Is Too Big For One New Government.
3. US Would Divide Into Three Separate States.
4. Central Iraq (Sunnis) Would Join With Jordan
5. The Shia Region Would Join With Kuwait.
6. The Kurds Get Their Own State In The North.
7. Iraq Ceases To Exist ; Baghdad No Longer Capital.
8. Investment Market Implications.
A sinister plan for the region
By As’ad Abdul Rahman, Special to Gulf News
Last updated : December 01, 2007
Washington has Found the Solution : “Let’s Divide Iraq as We Did in Yugoslavia !”
by Michel Collon
Global Research, March 26, 2006
2003-12-23
Iraq Math : From One, Make Three
New-York Times
By HELENE COOPER
Published : July 29, 2007
Iraq : Divide and Rule, ’Ethnic Cleansing Works’
Iraq : Game plan for the endgame ?
Hamid Ansari (The writer is a former Permanent Representative of India to the United Nations.)
Congress Wants to Split Iraq in Three Pieces, But Who Asked Them ?
Bush’s Mideast Plan : Conquer and Divide
By Eric Margolis
Toronto Sun, December 8, 2002
Splitting Iraq into three- solution or fresh nightmare ?
# Published Date : 24 October 2006
# Source : The Scotsman
The Plan Was Always to Divide Iraq
Si vous en voulez plus, essayez donc une petite recherche Google, ces choses ne sont pas secrètes, ça fait longtemps qu’elles sont sur la table, dans les médias.
F. Marginean
Merci bien pour ces liens, j’y jetterais un oeil avec grand interet dès que j’aurais un peu de temps
Shyankar
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