• Skype espionne ses abonnés et met la faute sur la Chine

    6 octobre 2008 | 0 commentaire(s) | 13 affichage(s)

    Rue89 pose la question choc : « Jusqu’où iront les grands groupes internet dans leur collaboration avec le système de surveillance chinois ? Après Yahoo et Google, c’est Skype, le système de communication gratuit d’ordinateur à ordinateur, désormais propriété de ebay, qui est mis en accusation par le Citizen Lab, un institut canadien de l’université de Toronto ».

    Selon notre collègue, Vincent Mazelly, de Tom’s Hardware, Skype vient de reconnaître que Tom-Skype, sa co-entreprise en Chine, avait espionné et stocké avec Tom-Online une partie de la messagerie instantanée de ses clients, le tout à l’insu de Skype. La surveillance, selon une information venant d’un observatoire de l’université de Toronto, se serait faite à l’aide de mots clés sensibles en Chine : « indépendance Taiwan », « opposition au parti communiste » ou encore « Falun Gong ».

    Vnunet pose avec pertinence la question suivante : «  peut-on faire confiance à Skype ?  » Skype recense 338 millions d’utilisateurs dans le monde. Une révélation qui inquiète les associations de protection des droits de l’homme. Mais elle pose également la question de savoir si cette pratique se cantonne vraiment à la Chine.

    Le Figaro écrit : « Après Yahoo ! et Google, l’opérateur de téléphonie en ligne Skype se plie, lui aussi, aux exigences des censeurs chinois ». De plus, le Le Figaro révèle que : « TOM Online, propriété du milliardaire hongkongais Lee Ka-shing, a justifié sa démarche par le respect de la règlementation chi-noise. De son côté, l’opérateur suédois reconnaît avoir accepté la mise en place de filtres dès le lancement de sa branche chinoise en 2006, mais assure ne pas être au courant du stockage des données. Citizen Lab n’a pas pu déterminer quelles informations avaient été transmises au gouvernement, mais elles sont, de fait, à la disposition du parti ».

    Le Journal du Net nous en dit un peu plus sur cette manoeuvre peu honorable de Skype et de son partenaire chinois : « C’est en analysant les données entrantes et sortantes d’un logiciel Skype que les chercheurs se sont aperçu qu’une connexion Internet étrange était établie à partir du logiciel à chaque fois que des mots et des termes spécifiques étaient envoyés via Skype à un correspondant. En pistant ces connexions Internet, les chercheurs sont remontés jusqu’aux machines qui recevaient ces étranges communications et ont pu y pénétrer grâce à une erreur de configuration des serveurs. Une véritable surprise les attendait à l’intérieur, puisqu’ils ont déniché des listes de termes, de mots-clés, de logs, d’identifiants de connexions et même des numéros de téléphones appartenant à des utilisateurs de Skype et de Tom-Skype ».

    Rue89 cite Rebecca MacKinnon, chercheuse, qui suit ces questions à partir de Hong Kong : « le fait que Tom-Skype ait pu mettre en œuvre ce système de surveillance et cette rupture de confidentialité de manière aussi choquante pendant une période de temps significative, montre que ebay/skype n’a pas placé suffisamment d’attention, en tant qu’entreprise, sur les droits et les intérêts de ses utilisateurs. Se passe-t-il autre chose que les utilisateurs de Skype ne savent pas, pas plus que le quartier général de l’entreprise d’ailleurs ? »

    L’hebdomadaire Le Point rapporte les excuses de l’entreprise qui appartient à e-Bay : « Skype a présenté des excuses à la suite de la publication d’une information selon laquelle le service internet surveillait les forums de discussion par le biais de mots-clés politiquement sensibles et les stockait avec des millions de données personnelles dans des ordinateurs facilement accessibles par tout un chacun, y compris les autorités chinoises. Jennifer Caukin, porte-parole de Skype, a admis qu’il s’agissait d’une atteinte à la protection de la vie privée dans les serveurs. Elle a ajouté que le problème avait été depuis réglé. Toutefois, elle a indiqué que Skype devrait mener de nouvelles discussions avec TOM-Skype après avoir découvert que la co-entreprise avait modifié sa politique en matière de protection de la vie privée à l’insu de Skype afin de stocker certains messages ».

    Est-ce bien suffisant ?

    Les universitaires canadiens ont souligné non sans raison qu’en plus des messages écrits, « des millions de données personnelles, sont stockés dans des serveurs non sécurisés et accessibles au public ». Ayant pu eux-mêmes y accéder, les universitaires ont dénoncé la « confiance trahie » des utilisateurs.

    Le comportement de Skype est d’autant plus incompréhensible que, comme le montrait The Economist, dans un article très révélateur, les serveurs de l’entreprise donnent du fil à retordre au FBI. Il semblerait que les inspecteurs du FBI parviennent très difficilement à intercepter les coups de fil sur ce service en raison du chiffrement et de l’architecture peer to peer. La Chine, au contraire des États-Unis, semble avoir saisi la méthode pour parvenir à ses fins.

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