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    Sénégal : Des élèves marchent 20 Km pour étudier à un Collège public

    le 28 octobre 2007 | 267 visites | 3.19 / 5 | 5 commentaire(s)

    La version originale de cet article a été publiée à cet endroit.

    Sénégal : Des élèves marchent 20 Km pour étudier à un Collège public

    Incroyable, mais vrai. Malgré la multiplication des Collèges publics d’enseignement moyen (Cem) de proximité au Sénégal, obtenue grâce à l’allocation par l’Etat de 40% de son budget de fonctionnement à l’éducation, des collégiens continuent de faire au moins de 20 kilomètres à pied, en aller et retour, avant de bénéficier de l’un de leurs droits fondamentaux : le droit à l’éducation. Cela se passe dans la communauté rurale forestière de Boutoupa Camaracounda, une circonscription administrative située au Sud-Est de Ziguinchor, principale ville de la partie méridionale du Sénégal.

    Le fait reste incroyable ou tout au moins surprenant. Car, dans ce contexte où l’Etat du Sénégal a alloué, selon les informations officielles, 40% de son budget de fonctionnement à l’éducation, on ne peut pas concevoir qu’il existe le moindre recoin du pays de la Téranga (le Sénégal), où les élèves doivent marcher 10 kilomètres, en aller simple, pour étudier. Autrement dit, ces élèves font 20 kilomètres à pied, en aller-retour. En tout cas, l’information a été donnée, mercredi après-midi, par le président du Conseil rural de Boutoupa Camaracounda, une localité forestière frontalière avec la Guinée-Bissau et ayant beaucoup souffert pendant la crise indépendantiste en Casamance, enclenchée en 1982.

    Selon M. Lucien Gomis qui nous a accordé un entretien à Ziguinchor, situé à 455 Km au Sud de Dakar, « le Collège le plus proche de Boutoupa Camaracounda est à dix kilomètres ». Le plus proche Cem en question, se trouverait, à l’en croire, dans le village de Agnack, situé à environ dix kilomètres au nord du chef lieu de la communauté de Boutoupa Camaracounda. M. Gomis ajoutera que « les gens quittent Camaracounda pour aller à ce Collège ».

    A titre d’exemple, le patron des élus locaux dira que « l’année dernière, trois élèves sont restés trois mois sans avoir de tuteur à Agnack, parce que le Cem le plus proche est à Agnack. Ils allaient le matin à pied pour revenir le soir ; ils l’ont fait pendant trois mois ». Rappelant leur volonté de maintenir les filles à l’école, le président du Conseil rural de Boutoupa Camaracounda évoquera, par ailleurs, le cas des filles qui « effectuaient cette distance chaque jour ». Découragées par la longueur du trajet, a-t-il ajouté, « beaucoup (d’entre elles) abandonnent ».

    A qui la faute ?

    A qui la faute relative à ce dérèglement de la carte scolaire dans la région sud du Sénégal ? On ne saurait y répondre avec exactitude. Mais deux choses sont claires. Ce sont d’abord la volonté affichée par Dakar de créer partout où cela est possible, des Collèges de proximité, mais aussi l’effort abattu par les populations de cette communauté rurale pour alléger la souffrance de leurs enfants. Sur ce, M. Lucien Gomis affirme : « cause pour laquelle l’année dernière, on a construit un Collège, mais malheureusement, on a pas eu la chance de l’ouvrir cette année. On a tapé à toutes les portes, mais on nous a dit que nous étions en retard…On aurait dû nous comprendre, parce que, j’ose dire que nous sommes la seule communauté rurale au Sénégal, qui n’a pas de Collège d’enseignement. C’est vraiment un handicap pour nous les parents et nos élèves ». En l’occurrence, ce Cem leur aurait été offert par des partenaires privés espagnols.

    Rappelons que la carte scolaire de la communauté rurale de Boutoupa Camaracounda, très forestière, a été complètement endommagée à cause de la crise indépendantiste en Casamance. Treize (13) écoles y existaient avant et pendant ce conflit qui a duré près d’un quart de siècle. A cause des affres de celui-ci, huit d’entre elles ont dû fermer. Actuellement la reconstruction des écoles de Laty et Niadiou situés dans la même zone, est en projet.

    A retenir aussi que lors d’une réunion d’évaluation de l’année scolaire écoulée au Sénégal (1er Octobre 2006- 31 Juillet 2007), présidée par le ministre de l’éducation Pr. Moustapha Sourang, il a été indiqué que la région de Ziguinchor comptait "77 Collèges d’enseignement moyen et 32 privés". D’autre part, un document publié le même jour, fait état de ce qui suit : "l’enseignement moyen s’est développé dans le monde rural avec la création de collèges de proximité dans les chefs-lieux d’arrondissement et de communauté rurale mais aussi dans certains villages. On en a créé 20 pour cette année. Et nous projetons d’en ouvrir 12 à la rentrée prochaine" dans la région de Ziguinchor (sud du Sénégal).

    Cette "rentrée prochaine" a eu lieu le 1er Octobre 2007 pour le corps enseignant sénégalais et le 8 Octobre 2007 pour les élèves. Mais Boutoupa Camaracounda, selon les termes de M. Lucien Gomis, reste toujours "la seule communauté rurale du Sénégal, qui n’a pas de Collège".

    Selon un document officieux publié vendredi par le Syndicat des enseignants libres du Sénégal, authentique (Sels/a), les « 40% du budget de fonctionnement… représentent en chiffres 249 milliards (soit environ 415 millions de Dollars US) dont les 106 milliards vont dans les salaires des enseignants et le reste est de 143 milliards : où sont ces 143 milliards qui ne vont pas dans les classes ? Disent-ils dans les investissements, les services de la dette contractée auprès des bailleurs de fonds, la Banque Mondiale, le FMI, les dépenses communes à tous les ministères, le matériel d’équipement et autres ».

    Mots-clés : Société et sénégal

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  • 5 COMMENTAIRE(S) | Répondre à cet article

    • Ferdinand

    A qui la faute ?

    Au gouvernement sénégalais, bien sûr. C’est lui qui doit instruire tous les enfants de son pays, sans discrimination.

    29 octobre 2007 | répondre | permalien

    Boubacar

    Encore un excellent article. Vous soulevez tout un débat. Cette question de proximité géographique et physique de l’éducation pose tout un défi : d’abord la disponibilité des ressources (humaines, matérielles et financières). Ensuite, son caractère de modernité (nous n’enseignons plus aujourd’hui avec un tableau et des craies). Il pourrait être odieux de ma part de conclure que, dans le dernier cas, le Sénégal tarde à faire le saut dans la modernité. Je laisse aux politiciens le soin de faire ces gaffes.

    Le cas est-il généralisé ? Faut-il comprendre que les technologies de l’enseignement à distance n’ont pas encore rejoint les régions éloignées des centres urbains sénégalais ? Je comprends bien que la situation que vous décrivez est particulière à la communauté rurale forestière de Boutoupa Camaracounda.

    Nous sommes si loin de votre pays. Que de courage manifestent ces enfants qui veulent s’instruire à tout prix. Belle leçon d’humanité que vous nous décrivez là.

    Nous sommes si loin.

    Pierre R.

    29 octobre 2007 | répondre | permalien

    Doyen Pierre R.

    Merci Doyen. Vous savez, j’ai hésité par deux fois avant de rédiger cet article. Je me demandais si, en tant que journaliste professionnel, je pouvais prendre la distance requise pour ne pas transférer ma propre émotion dans mes écrits ; notamment par rapport à la souffrance de ces collégiens et de leurs parents respectifs.

    Au Sénégal, les autorités reviennent toujours sur les 40% du budget de fonctionnement de l’Etat (NB : selon les syndicalistes, 40% du budget de fonctionnement du ministère de l’éducation) alloués à l’éducation. C’est vrai qu’un pourcentage a été dégagé pour l’éduction, mais la carte scolaire de l’intérieur du pays semble ne pas le sentir. Et l’exemple de Boutoupa Camarcounda est assez éloquent.

    Tout mon souhait, c’est que cet article contribue à faire revoir la carte scolaire en faveur (et en faveur seulement) des innocents dont le seul tort est d’être nés dans des localités forestières, qui plus est, dans une région ayant ployé sous les affres d’une crise indépendantiste pendant près d’un quart de siècle.

    Merci à vous et portez-vous bien, Doyen.

    29 octobre 2007 | répondre | permalien

    Boubacar

    Vous avez pris la meilleure décision fondée sur l’intuition et l’émotion. À preuve l’excellente réaction - à l’exception d’une seule - sur le forum Agoravox. Persévérez.

    Pierre R.

    30 octobre 2007 | répondre | permalien

    Doyen Pierre R.

    Toutes mes excuses pour le retard apporté à la réponse à vos encouragements. Merci, pour ces encouragements. J’avoue que vos articles, que je lis régulièrment, m’aident grandement dans ma persévérence. Je n’hésite pas à me rendre directement à la source (votre blog) pour y chercher de quoi me nourrir intellectuellement parlant.

    Merci à vous.

    31 octobre 2007 | répondre | permalien

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