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    Selon Stephen Harper, Élections Canada fait de la petite politique !

    le 16 avril 2008 | 1091 visites | 4.23 / 5 | 0 commentaire(s)
    Selon Stephen Harper, Élections Canada fait de la petite politique !
    photo : Greencolander (Flickr)

    Comment réagit le Premier ministre du Canada, informé d’une perquisition dans les locaux du parti conservateur en raison d’une enquête que mène Élections Canada qui estime que des irrégularités ont été commises dans le financement de sa campagne et qui refuse, en conséquence, de lui rembourser près de 1,2 million de dollars réclamés par des candidats pour des publicités télé et radio ? L’opération policière a été effectuée à la demande de la Commission électorale canadienne (Élections Canada) qui soutient qu’une soixantaine de candidats conservateurs ont enfreint les règles de financement au cours de la dernière campagne électorale, en 2006.

    Détail important : le Parti conservateur émettait, le jour même de cette perquisition, une courte déclaration dans laquelle il mentionnait que « Élections Canada » avait visité son quartier général sans préciser toutefois la présence de la GRC. Tout indique que cette démarche exceptionnelle dans les bureaux d’un parti politique découle de l’enquête ouverte par le Commissaire aux élections fédérales, William Corbett, sur les dépenses électorales du PCC lors de la campagne de 2006.

    L’affaire, mise au jour par l’Ottawa Citizen et Le Devoir en septembre dernier, montre que le Parti conservateur a transféré des dizaines de milliers de dollars à des candidats. Comme l’indique Le Devoir, en soi, cela n’est pas illégal, mais dans les jours qui ont suivi, l’argent a repris la route du parti sous prétexte que celui-ci avait offert des services de publicité aux candidats. Les fonds ont effectivement servi à acheter de la publicité dans une région ou une province, mais pour faire la promotion de Stephen Harper, pas des candidats. Le stratagème aurait permis au parti d’excéder de 1,2 millions $ le plafond de dépenses alloué en vertu de la loi. Et c’est au cours de cette même campagne électorale que les conservateurs avaient mis l’accent sur l’éthique et avaient promis un gouvernement plus propre.

    Pour toute défense, le premier ministre a attaqué l’impartialité d’Élections Canada. Il n’a pas souhaité que la lumière soit faite au nom d’une indispensable transparence de la justice. Il attaque l’impartialité d’Élections Canada. « Notre position légale est solide comme le roc », a dit Stephen Harper. Stephen Harper va plus loin dans ses attaques : il affirme qu’Élections Canada joue un rôle politique en effectuant une saisie qui n’était pas nécessaire. Selon Stephen Harper, la perquisition survient à la veille d’un interrogatoire des fonctionnaires d’Élections Canada par les avocats du Parti conservateur qui, par ailleurs, conteste le refus de remboursement devant la Cour fédérale. Que sont devenues les prétentions de transparence du Premier ministre ?

    Cette centralisation de l’information au bureau du Premier ministre se traduit également par une obstruction systématique de la recherche de la vérité dans certains dossiers chauds du gouvernement. Les avocats du gouvernement fédéral tentent de faire cesser l’enquête menée par la Commission d’examen des plaintes concernant la police militaire du Canada au sujet du sort réservé aux talibans faits prisonniers par les troupes canadiennes en Afghanistan.

    Selon le gouvernement conservateur, la commission indépendante n’est pas investie de la juridiction nécessaire pour faire enquête ou tenir une audience au sujet de la plainte formulée par Amnistie internationale Canada et l’Association des droits civils de la Colombie-Britannique. Les deux organisations humanitaires prétendent, dans leur plainte, que la police militaire canadienne a remis des prisonniers aux autorités afghanes à au moins 18 reprises, et ce, même s’il avait été prouvé que la torture était pratiquée dans les prisons afghanes. La requête du gouvernement a été faite en douce en Cour fédérale, vendredi. Le président de la Commission d’examen des plaintes concernant la police militaire du Canada, Peter Tinsley, avait ordonné le mois dernier la tenue d’audiences publiques. Il avait également affirmé que l’enquête avait connu des embûches et qu’il n’avait pas été en mesure d’obtenir des autorités gouvernementales des documents et des renseignements pertinents.

    Rien de surprenant donc de voir le gouvernement tenter de miner le travail et l’enquête de cette Commission. Encore une fois, que sont devenues les prétentions de transparence du Premier ministre ?

    Quelles sont les conséquences de toutes ces manœuvres qui s’inscrivent très loin d’un souci de transparence, promise par les conservateurs, lors de la dernière campagne électorale de 2006 ?

    Au cours de cette campagne, il est important de rappeler que le Parti conservateur avait obtenu 36% des voix et fait élire 124 députés. Le Parti libéral était arrivé deuxième avec 30% et remporté 103 sièges. Le NPD avait récolté 17,5% des voix et cela lui avait valu 29 sièges. Quant au Bloc québécois, il avait obtenu l’appui de 42% des Québécois et remporté 51 sièges.

    Selon un dernier sondage national réalisé par la firme Segma pour le compte de La Presse du 3 au 9 avril derniers, à l’échelle du pays, le Parti conservateur obtient 36% des intentions de vote, contre 30% pour le Parti libéral, 15% pour le NPD et 9% pour le Parti vert, selon ce coup de sonde. Au Québec, le Bloc mène avec 35% des intentions vote, tandis que le Parti conservateur obtient 25%, le Parti libéral 21% et le NPD 13%. Le Parti vert est loin derrière avec 6%.

    Ce sondage montre, comme l’explique Raynald Harvey, de la firme Segma, au quotidien La Presse, qu’il subsiste une certaine méfiance des Canadiens envers les conservateurs de Stephen Harper, notamment en Ontario. « C’est le retour à la case départ pour tout le monde. Le portrait que nous avons aujourd’hui, c’est presque un copier/coller des dernières élections, à une différence près : le NDP, notamment dans certaines provinces, est en recul ».

    Ce n’est pas demain la veille où il sera possible de constater à nouveau que la confiance des canadiens permettra au Parti conservateur de Stephen Harper de redevenir un gouvernement majoritaire à Ottawa. Force est de constater que Jack Layton a raison lorsqu’il déclare : « Le Premier ministre a promis d’avoir un gouvernement plus blanc que blanc et on voit maintenant qu’il essaie de blâmer Élections Canada ou la GRC pour ces efforts de chercher la vérité ».

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