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    • Emmanuel Simard
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    Opinion : Que faire avec les commissions scolaires ?

    le 11 novembre 2007 | 441 visites | 3.71 / 5 | 2 commentaire(s)

    La version originale de cet article a été publiée à cet endroit.

    Que faire avec les commissions scolaires ?

    Les élections de la fin de semaine dernière ont grandement nourri les discussions et les réflexions sur l’avenir des commissions scolaires. Avec un taux de participation de 7.9%, il est évident que nous devons nous questionner sur l’avenir de ce palier décisionnel, mais quelles sont les possibilités ?

    Depuis déjà quelque temps, l’ADQ de Mario Dumont propose et milite en faveur de l’abolition des commissions scolaires. Avec un de ses raccourcis intellectuels dont lui seul connaît la recette, Super Mario a tenté, cette semaine, de manipuler l’opinion publique en se servant du bas taux de participation aux élections scolaires pour appuyer et mousser sa position. Les gens ne vont pas voter pour les commissaires, ils sont donc contre l’élection des commissaires. C’est quand même un peu simpliste comme réflexion. Cependant, au-delà de ces simplifications typiques de Mario Dumont, l’idée d’abolir les commissions scolaires mérite quand même qu’on s’y attarde quelque peu.

    Mais avant d’aller plus loin et pour bien comprendre ce dont il est question, quelques chiffres sont à mon avis nécessaires. Au Québec on compte 72 commissions scolaires gérées par 1305 commissaires élus. Au total, c’est près de 9 milliards de dollars qui passent par la gestion de ces commissaires. C’est quand même beaucoup d’argent et beaucoup de monde. Avant de mettre la hache là-dedans, il faut être certain de ce qu’on va faire pour remplacer tout ça.

    Malgré l’ampleur de la tâche à abattre, Mario Dumont semble convaincu de la nécessité d’abolir immédiatement ces commissions scolaires. Tellement que, dans un rugissement plus ou moins convaincant, le chef de l’opposition officielle a déposé, un peu plus tôt cette semaine, une motion de blâme à l’endroit du gouvernement Charest sur cette question. L’action démocratique du Québec était prêt à faire tomber le gouvernement et provoquer la tenue d’élections quelques jours avant Noël. C’est dire à quel point ils considèrent l’enjeu comme étant fondamental. Selon eux, beaucoup d’argent pourrait être attribué directement aux élèves plutôt que de se perdre dans une bureaucratie inefficace.

    En plus de l’ADQ, il y a aussi le Vice-président et économiste en chef de l’Institut économique de Montréal, Marcel Boyer qui défend cette position. Dans une lettre ouverte publiée dans le journal La Tribune du 29 octobre 2007, M. Boyer soutient sans équivoque l’abolition des commissions scolaires :

    « La raison en est simple : les 72 commissions scolaires sont désuètes, comme la taxe scolaire qui les finance. Il est temps d’abolir ce palier intermédiaire et d’envisager une plus grande autonomie de gestion des écoles. Avoir l’audace de le faire permettrait de retourner le pouvoir aux parents. Cela créerait aussi un meilleur arrimage entre les besoins des différents milieux et les services offerts par les écoles publiques. Il faut éliminer les coûts de la bureaucratie en éducation et rapprocher les décideurs de la clientèle. »

    Étant moi-même quelqu’un de très conscientisé aux problèmes qui touchent l’éducation, il m’est impossible de repousser cette idée du revers de la main. Je ne peux cracher sur cette idée seulement parce que Mario Dumont l’amène sur le tapis de façon simpliste et malhabile. Par contre, je dois également demeurer ouvert face aux alternatives proposées par ceux qui défendent plutôt une modernisation de ces gouvernements scolaires. C’est la position qu’ont adoptée le Parti Libéral et le Parti Québécois.

    Dans le cas du Parti Libéral, comme toujours, on est prudent. On se dit contre l’abolition, pour le moment, mais on reconnait qu’il faut faire quelques choses. La Ministre de l’éducation Michelle Courchesne a donc fait l’annonce d’un chantier de réflexion portant sur la démocratie scolaire. Encore une fois on repousse à plus tard la prise de décision, mais dans ce cas-ci, c’est peut-être nécessaire. Surtout si on veut modifier sérieusement et en profondeur l’aspect bureaucratique des commissions scolaires.

    Dans le camp des péquistes, on ne parle pas vraiment d’abolition, du moins pas sans solution. Tout comme les libéraux, les péquistes sont très prudents. On se dit prêt à discuter pour trouver des solutions, mais on ne semble pas, d’emblée, prêt à aller jusqu’à l’abolition de la structure démocratique scolaire.

    Les plus grands défenseurs des commissions scolaires sont bien évidemment les commissions scolaires elles-mêmes. Par le biais de leur fédération (Fédération des Commissions scolaires du Québec –FCSQ-), elles ont tenté toute la semaine de donner la réplique à leur agresseur Mario Dumont. Si le chef adéquiste prétend que la population ne veut plus rien savoir des Commissions scolaires, la FCSQ réplique, avec un sondage à l’appui, (fait au mois de juin 2007) qu’au contraire, les Québécois sont satisfaits des Commissions scolaires et des services qu’elles offrent. À l’ADQ qui prétend faire sauver de l’argent aux Québécois, la FCSQ prétend plutôt que ça coûterait au minium 65 millions aux contribuables pour abolir les commissions scolaires. C’est donc une véritable guerre de chiffre qui vient d’être enclenché.

    Une chose est certaine, l’ADQ aura réussi à attirer l’attention avec ce ballon aux conséquences, encore une fois, mal évaluée. Malheureusement, ce n’est certainement pas pour les raisons que M. Dumont espérait. Ce que moi j’ai perçu de cette manœuvre politique est plutôt négatif. D’abord, il a voulu défaire un gouvernement sur une question qui n’est pas, à mon avis, urgente au point de plonger le Québec dans une deuxième élection en moins d’un an. Oui, c’est important l’éducation, il n’y a pas de doute. C’est justement pour ça qu’il faut apporter des changements dont on est absolument certain qu’ils seront bénéfiques. Deuxièmement, il est parti en guerre sur un sujet dont l’appui de son Parti n’était pas très convaincant. En effet, comme le soutenait Denis Lessard cette semaine, (Hésitations au sein de l’ADQ – La Presse 3 novembre 2007) les militants adéquistes ne sont pas tous unis derrière la volonté d’abolir les commissions scolaires :

    « Le projet de l’Action démocratique d’abolir les commissions scolaires est loin de faire l’unanimité au sein du parti de Mario Dumont. Quelques députés ont publiquement mis une sourdine à cet engagement électoral et certains élus dans les instances de l’ADQ sont même candidats aux élections scolaires qui ont lieu dimanche. Yannick Boily, conseiller à l’association adéquiste, sera aussi candidat aux élections de demain dans la circonscription de Chicoutimi. »

    M. Lessard va encore plus loin :

    « En coulisse, certains élus de l’ADQ prévoient que leur parti réalignera probablement son engagement électoral pour alléger les structures scolaires sans nécessairement abolir les commissions scolaires. Il ne serait plus question d’élections au suffrage universel, et l’armée de "commissaires" disparaîtrait. »

    En voulant défaire le gouvernement sur une question de structure bureaucratique, l’opposition officielle nous a démontré, une fois de plus, son manque de maturité et son manque de rigueur. En partant en guerre pour défendre une position aussi controversée, position qu’il n’a même pas réussi à vendre totalement à son propre Parti, M. Dumont nous a démontré qu’il était un bien mauvais stratège. Il aura au moins forcé le gouvernement Charest à ouvrir un chantier de réflexion sur la question. C’est au moins ça.

    Mots-clés : québec , Mario Dumont et Société

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  • 2 COMMENTAIRE(S) | Répondre à cet article

    • Gilles Courchesne

    Un article instructif et très bien appuyé. Bravo !

    12 novembre 2007 | répondre | permalien
    • Gabriel Aube

    Emmamnuel

    On pourrait commencer par remettre les 300 million accumules aux ecoles et embaucher des professeurs. Deja ca serait pas mal.

    Gabriel Aube

    12 novembre 2007 | répondre | permalien

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