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    Quand doit-on dire la vérité ?

    le 11 mars 2007 | 840 visites | 3.23 / 5 | 1 commentaire(s)
    Quand doit-on dire la vérité ?
    photo : wikipédia

    L’Église catholique allemande au centre d’une polémique

    L’exemple qui va suivre montre à quel point il est difficile d’émettre une opinion sur une situation politique lorsqu’elle est interprétée à travers le prisme d’un certain antagonisme religieux. L’Église allemande est au cœur d’une polémique. Des évêques allemands ont visité Israël et les territoires occupés. Ils sont revenus bouleversés. Ils ont émis des commentaires qui ont déclenché une salve de protestations. Voici les faits.

    Les faits

    Selon La Croix  : « une polémique [vient] d’éclater en Allemagne entre la communauté juive, l’ambassadeur d’Israël à Berlin et des évêques catholiques de retour d’une visite, début mars, en Israël et dans les territoires palestiniens ». À leur retour, deux évêques allemands, Mgr Gregor Maria Hanke, évêque d’Eichstätt et le cardinal Joachim Meisner, archevêque de Cologne ont formulé des commentaires qui ont vraiment déplu à la communauté juive allemande. Selon la presse allemande, Mgr Hanke avait déploré les conditions de vie imposées aux Palestiniens dans les territoires autonomes, à l’issue d’une visite au mémorial de Yad Vashem, dédié aux victimes de l’Holocauste, qui concluait un séjour en Israël d’une semaine de 27 évêques catholiques allemands, conduits par le président de la conférence épiscopale, le cardinal-archevêque de Mayence (ouest), Karl Lehmann.

    Archevêché de Berlin Mgr Gregor Maria Hanke a comparé les conditions de vie des Palestiniens de Cisjordanie à celles qui prévalaient lors du ghetto de Varsovie pendant la guerre : « Le matin, nous avons vu des photos du ghetto inhumain de Varsovie, le soir nous avons traversé le ghetto de Ramallah. C’est insupportable », avait-il déclaré. De son côté, le cardinal Joachim Meisner, archevêque de Cologne, avait comparé, selon le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung, le « mur de protection » érigé par Israël au mur de Berlin : « Je ne pensais pas revoir quelque chose de ce genre au cours de ma vie. Ce mur tombera comme le Mur de Berlin avant lui  ». Mgr Walter Mixa, évêque d’Augsburg, avait aussi dénoncé « une situation de ghetto  », fondée sur une situation « de racisme ou presque  ».

    L’ambassadeur d’Israël en Allemagne, Shimon Stein, a réagi vivement et a critiqué les déclarations des évêques catholiques allemands, se disant « choqué  » et « déçu » : « On peut avoir des opinions divergentes sur la politique d’Israël, on peut critiquer ce pays, mais cela dépend du choix des mots, des termes et des comparaisons historiques utilisées  ». Pour Shimon Stein, les évêques allemands ont « diabolisé  » l’État hébreu. L’ambassadeur a dit regretter que les évêques n’aient pas « contribué à la réconciliation et la paix » ainsi qu’au dialogue serein entre catholiques et juifs.

    De son côté, dans un communiqué, le Conseil central des juifs en Allemagne, par la voix de sa présidente, Charlotte Knobloch, s’est déclaré « indigné et déçu » : « la visite des évêques catholiques en Israël avait initialement nettement dépassé les espérances et maintenant elle se termine par de tels dérapages », a déclaré Charlotte Knobloch. Dans une lettre adressée au président de la conférence épiscopale, Avne Shalev, président de Yad Vashem, a souligné que « les actions d’Israël n’avaient rien à voir avec celles des nazis  ». S’il est légitime, selon lui, de critiquer les politiques du gouvernement israélien, « ces comparaisons injurieuses et injustifiées conduisent à affaiblir le souvenir de l’Holocauste et à apaiser la conscience de ceux qui voudraient amoindrir la responsabilité de l’Europe dans les crimes nazis  ». Le vice-président du Conseil central, Dieter Graumann, dans une déclaration au quotidien Kölner Stadt-Anzeiger, a estimé que « celui qui compare la situation des Palestiniens aux souffrances endurées par les juifs dans les ghettos instaurés par les nazis n’a rien appris de l’histoire. Une telle déclaration a un caractère antisémite ».

    La conférence des évêques catholiques a rejeté les accusations de « diabolisation » de l’ambassadeur. Selon Le Monde, le cardinal Karl Lehmann, président de la conférence épiscopale, a tenté d’apaiser les esprits : « On ne saurait comparer, de quelque manière que ce soit, des situations de crise et d’injustice actuelles avec l’assassinat massif de juifs par le national-socialisme  ». Il a assuré qu’aucun évêque allemand n’avait eu pour objectif de « blesser les sentiments des survivants de la Shoah ou de la population juive d’Israël  ». Il a souligné que tous les évêques soutenaient le droit à l’existence d’Israël et ne remettaient pas en cause la menace que fait peser le terrorisme sur Israël.

    Recensement des réactions de la presse allemande

    La Deutsche Welle a recensé quelques commentaires de la presse allemande au lendemain de cette polémique. Voici quelques unes de ces réactions qui éclairent sur les réflexions qu’impose cet incident.

    La Deutsche Welle commente en ces termes l’incident diplomatique : « Ce voyage des évêques allemands en Israël devait être un pas de plus vers la réconciliation. Malheureusement, face à la misère des territoires autonomes, certains des dignitaires religieux allemands se sont laissé aller à une comparaison malheureuse avec le génocide juif perpétré par les nazis  ».

    Pour la Tageszeitung : « c’est indiscutable : il s’agit là d’une grave maladresse. Toutefois, l’indignation de l’ambassadeur israélien n’a d’autre ambition que de cacher le fait qu’il aurait préféré une absence totale de critique envers son pays. Mais qu’aurait donc du dire le groupe de visiteurs allemands face à ce mur monstrueux qui enclave la ville de Bethléem ? Les louanges sont faciles lorsque l’on ne voit que la vitrine de l’état hébreu. Il en va tout autrement lorsqu’on regarde l’envers du décor  ».

    La Frankfurter Allgemeine Zeitung aussi relève le caractère très déplacé des propos des dignitaires catholiques. Seulement, il ne faut pas non plus en surestimer la gravité. Et le quotidien de s’interroger : « Qui, sinon les évêques allemands, ne pourrait dire, avec le Souverain Pontife, que les Israéliens ont le droit de vivre en paix dans leur pays et les Palestiniens, celui de disposer d’une patrie libre et souveraine ».

    Les Églises chrétiennes ont eu besoin de plusieurs siècles pour abandonner leurs réserves face aux Juifs, souligne Die Welt : « Le peuple juif ayant été, pour les catholiques comme pour les protestants, responsable de la mort de Jésus. Et bien que de nombreux catholiques aient rejeté les nazis, leur Église, à quelques exceptions près, a pourtant bien peu fait en termes de résistance à la barbarie. Le rapprochement dangereux entre les actes actuels des Israéliens et le génocide des Juifs d’Europe entretient un honteux désir d’auto-absolution, transformant la victime d’hier en bourreau d’aujourd’hui. Les évêques allemands n’ont pas le droit de faire une telle erreur ».

    A-t-on le droit de qualifier de ghettos les villes de Nazareth et de Ramallah ? interroge la Süddeutsche Zeitung : « Non, car le mot ghetto est un terme central de l’histoire des souffrances du peuple juif. Les Allemands n’ont-ils alors pas le droit de critiquer les Israéliens ? Bien sûr que si. Mais il n’empêche que le Mur de la Honte découpe les territoires palestiniens en zones incapables de survivre et assure à Israël une absence quasi totale d’attentats-suicides. Pour autant, ce mur tue et il ne pourra jamais apporter de paix durable. Et un évêque allemand a le droit de dire cela, même si cela déplaît au Conseil Central des Juifs d’Allemagne  », conclut le quotidien.

    La tolérance

    Au Québec, nous pourrions citer plusieurs déclarations malheureuses qui ont fait la une des actualités. Un incident en particulier avait créé un profond malaise : lors d’une entrevue radiophonique avec le journaliste Paul Arcand, le 5 décembre 2000, M. Yves Michaud avait reproché aux Juifs de croire que «  vous êtes le seul peuple au monde qui avez souffert dans l’histoire de l’humanité ». Une autre déclaration avait suscité beaucoup d’émoi : « On a perdu [le référendum] à cause de l’argent et des votes ethniques », avait déclaré M. Michaud, reprenant en cela la célèbre formule de M. Parizeau. Autre exemple. Cette opinion de M. Mordecai Richler, rapportée dans la Presse du jeudi 12 mars 1992 : «  Non seulement les Québécois sont-ils beaucoup plus antisémites que les Canadiens anglais, affirme-t-il en disant s’appuyer sur trois études sérieuses, mais ils ont réussi à communiquer au reste du pays leur "paranoïa" avec leurs demandes "ridicules" alors qu’ils devraient être si reconnaissants de leur condition actuelle. ». Parole également malheureuse.

    Jacques Prévert, en 1951, disait : « Toutes les opinions sont respectables. Bon. C’est vous qui le dites. Moi je dis le contraire. C’est mon opinion : respectez-la donc !  ». Cela est peut-être encore vrai, aujourd’hui.

    Le 16 novembre 1995, date du cinquantième anniversaire de l’Organisation, les États membres de l’UNESCO ont adopté une Déclaration de principes sur la tolérance. Ils y affirment notamment que : « la tolérance n’est ni complaisance ni indifférence. C’est le respect et l’appréciation de la richesse et de la diversité des cultures de notre monde, de nos modes d’expression et de nos manières d’exprimer notre qualité d’êtres humains. La tolérance est la reconnaissance des droits universels de la personne humaine et des libertés fondamentales d’autrui. Les peuples se caractérisent naturellement par leur diversité ; seule la tolérance peut assurer la survie de communautés mixtes dans chaque région du globe. Tout comme l’injustice et la violence caractérisées, la discrimination et la marginalisation sont des formes courantes d’intolérance. L’éducation à la tolérance doit viser à contrecarrer les influences qui conduisent à la peur et à l’exclusion de l’autre, et doit aider les jeunes à développer leur capacité d’exercer un jugement autonome, de mener une réflexion critique et de raisonner en termes éthiques. La diversité des nombreuses religions, langues, cultures et caractéristiques ethniques qui existent sur notre planète ne doit pas être un prétexte à conflit ; elle est au contraire un trésor qui nous enrichit tous  ».

     

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    Questions :

     

    • Comparer le mur israélien, qui encercle le territoire palestinien, à un ghetto, était-ce une erreur ?
    • Quel est le seuil de tolérance qui aurait été acceptable dans les déclarations des évêques allemands ?
    • Que peut-on dire et jusqu’où peut-on critiquer la situation géopolitique dans la région israélo-palestinienne ?

     

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    Vidéo:

    Des évêques allemands ont visité Israël. Ils ont visité aussi le mur qui encercle Jérusalem et qui isole la Palestine. Ils sont revenus bouleversés. Ils l’ont dit. Cela n’a pas plu.
    Mots-clés : allemagne et Politique

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  • 1 COMMENTAIRE(S) | Répondre à cet article

    • ANONYME

    "le mur" israélien est plutôt mal nommé (délibérément ?) : il y a en en fait deux clôtures, une en cisjordanie, une à gaza, la première inachevée, qui ne prennent la forme d’un mur de béton que sur certaines portions particulièrement sensibles.

    il n’encercle pas les territoires palestiniens (même s’il est exact qu’il pénètre par endroits sur quelques centaines de mètres voire quelques kilomètres, uniquement en cisjordanie).

    en effet :

    il ne vise pas à empêcher le passage inoffensif des citoyens du gouvernement qui l’a édifié et respecte donc leur liberté (cette remarque est déjà suffisante pour relativiser la comparaison avec le mur de berlin, même si demeure le problème de la libre circulation des palestiniens en israël, droit que la solution à 2 états ne leur permettra de revendiquer que sur le fondement de l’accord des deux parties et de la réciprocité).

    existent dans "ce mur" des passages permettant l’entrée en israël sur autorisation (laquelle est accordée aux populations ayant des intérêts de part et d’autre de son tracé, même s’il est exact que les refus opposés à d’autres palestiniens, en ce qu’ils procèdent par généralisation des suspicions et en ce qu’ils leur interdisent également l’accès aux portions de territoire cisjordanien englobées dans l’espace israélien ainsi protégé, posent problème).

    y existent aussi des passages vers l’égypte (sans contrôle israélien) et vers la jordanie (avec contrôle de sécurité, notamment à l’entrée, mais sans qu’israël fasse obstacle aux sorties).

    il arrive certes trop souvent que les zones encore occupées de cisjordanie (y compris au delà "du mur") soient administrées dans l’intérêt privilégié des citoyens israéliens qui s’y implantent librement, ce qui pose assurément problème au regard du principe d’égalité, même s’il est aussi exact que ces derniers sont exposés à des menaces particulières puisque ce sont les seuls habitants de ces territoires que leurs ennemis cherchent à tuer sans discriminer entre combattants et non combattants.

    il n’en demeure pas moins que, quelque soit la réalité certaine des bavures et des discriminations (prétendûment justifiées par la nécessité de réduire l’adversaire dans une confrontation par ailleurs objectivement désirée par les palestiniens) qui leur sont imputables, les israéliens ne cherchent pas à répandre la mort dans les populations des zones où ils agissent et ne réfèrent, dans leur très large majorité, leur conduite à aucun corps de doctrine raciste (sauf à considérer que tout nationalisme est raciste).

    d’où l’imprudence des évêques allemands dans leurs comparaisons varsoviennes et de l’extrême gauche européenne dans sa lecture sud-africaine du problème israélo-palestinien.

    après tout, qui dénonce le fait plutôt choquant que les territoires palestinines libérés sont tous, comme par nature, devenus "judenrein" ?

    l. michel

    15 mars 2007 | répondre | permalien

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