21 mars 2007 |
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En février 2006, quand Mme David et M. Khadir se sont mis d’accord pour créer un nouveau parti politique - Québec Solidaire - j’ai écrit que je partageais beaucoup de leurs idées et que j’en ajouterais même avec lesquelles ils seraient eux-mêmes sans doute d’accord… mais que je ne croyais pas sage de créer ce parti dans la conjoncture actuelle.
Je serais heureux qu’il y ait au Québec un parti de gauche qui devienne l’alternance et je ne suis pas sûr que ce nouveau parti va échouer. Je ne crie donc pas au scandale, mais c’est l’immédiat qui m’inquiète. Car je ne suis pas sûr de l’avenir de Québec Solidaire, mais je suis absolument sûr, cependant, que la création de ce parti va faire beaucoup pour assurer la victoire du Parti Libéral aux prochaines élections… et aux suivantes.
En effet, ce n’est pas la clientèle du Parti Libéral qui se joindra à Québec solidaire. Le succès de QuébecSolidaire passe donc nécessairement par la fragmentation du Parti Québécois entre, d’une part, ceux qui veulent l’indépendance du Québec et, d’autre part - ce sont parfois les mêmes, mais pas toujours - ceux qui veulent un Québec socialement plus progressiste.
Fragmentation fatale, car le Parti Québécois n’a pu s’assurer le pouvoir à quelques reprises - et faire quelques pas à gauche - que parce qu’il a réussi ce mariage, parfois d’amour mais toujours de raison, entre les éléments progressistes de la société et ses éléments nationalistes. Ses éléments nationalistes de droite aussi bien que ceux de gauche, puisque l’idée d’indépendance primait pour ceux-ci sur leur prise de position sociale.
On peut dire qu’un nationalisme parfois de droite a donc instrumentalisé la gauche québécoise depuis 40 ans, mais ceci ne s’est pas fait sans concessions. La gauche a accepté avec intelligence ce mariage de raison, le meilleur auquel elle pouvait accéder. C’est ainsi que le PQ a pu constituer parfois une majorité effective et que la socialdémocratie a pu marquer quelques points.
Avec la création de Québec Solidaire, J’ai aujourd’hui l’impression d’une gauche-autruche qui, lasse des redondances nationalistes, se ferme les yeux et file vers un mur de béton, en voulant croire que si elle le souhaite vraiment, le mur disparaitra et qu’elle passera dans une autre dimension où les Québécois sont ce que la gauche voudrait qu’ils soient. Cette dimension n’existe pas. peut-être un jour existera-t-elle, mais aujourd’hui elle n’existe pas.
Il est ironique de penser que le parti qui se crée sous le signe de la solidarité va donc, au contraire, faire exploser le PQ, ruiner toute chance que persiste une telle solidarité entre nationalistes et progressistes et donc la possibilité que soit interrompue la course actuelle vers la droite du Québec qui se dit “lucide”.
Et la ruiner sans y apporter une solution de rechange, car même si QS parvenait à faire le plein de tous les éléments progressistes au Québec, ne faut-il pas faire le constat que ces éléments progressistes ne représentent encore qu’une minorité de la population québécoise ? Quelqu’un croit-il que, partant d’une base électorale qui oscille entre 5 et 10%, Québec Solidaire puisse obtenir une majorité dans un avenir rapproché ?
QS ne le peut pas et, privé de l’appui de tous ceux pour qui l’objectif de progrès social est plus important que l’objectif de l’indépendance, pour qui celle-ci est simple moyen et qui vont donc donner leur vote à Québec Solidaire, le Parti Québécois ne peut pas non plus former une majorité.
Le scénario s’impose alors de trois partis - PQ, ADQ, QS - qui veulent un changement, mais pas le même changement… s’opposant dans une lutte suicidaire à un seul parti - le Parti Libéral - réunissant tous ceux qui ne veulent PAS le changement. Est-il difficile de prévoir qui gagnera cette lutte inégale ?
Dans ces conditions - gagnantes pour lui si jamais il y en eut - même Jean Charest pourrait être réélu ! Une répartition providentiellement improbable des votes peut aussi faire que le PQ ou l’ADQ prenne le pouvoir, avec une tres faible pluralité des voix, mais le gouvernement minoritaire qui en sortira sera précaire. Il faudra vite remette ça, à l’automne, sans doute….
Et à l’automne, face à ces trois partis PQ, ADQ et QS qui se partageront un même bassin toujours insuffisant de rénovateurs, y a-t-il une autre majorité possible que celle de ceux qui n’ont pas de programmes, pas de volonté d’agir ? Dans une situation où de grands desseins affrontent donc aucun ne peut réunir une majorité, n’est ce pas toujours le parti du statu quo ante, le parti des « sans desseins » finalement qui triomphe ?
A l’automne, surtout si Jean Charest doit céder la place à l’image benoîte et paternaliste de Couillard, image sécurisante qui colle parfaitement avec la promesse d’un parfait immobilisme, la bombe a fragmentation va nous exploser au visage et le Parti Libéral remportera une victoire écrasante sur une opposition parfaitement divisée.
Cela dit, y a-t-il une solution ? Sous prétexte qu’elle ne gagne jamais, la gauche québécoise doit-elle renoncer à jamais tenter de gagner ? Sous prétexte que ceux qui croient au changement, doivent bien s’admettre qu’ils ne peuvent pas gagner aujourd’hui, la gauche doit-elle cesser de promouvoir ses idées ?
Dans l’immédiat, la fondation de Québec Solidaire met évidemment les forces favorables aux changements en position de faiblesse. Cette initiative n’en aura donc valu la peine que si, après un dur moment à passer, un réalignement des forces permet que se constitue une alternative réelle au Parti Libéral.
Cette alternative aura d’autant plus de chance d’accéder à la gouvernance qu’elle restera a gauche du PQ actuel, puisque c’est la Droite dès qu’elle aura triomphé, qui se fragmentera. Entre un Parti Libéral fédéraliste et l’ADQ “autonomiste”, qui récupérera les éléments “traditionnalistes” du PQ et deviendra une pure réincarnation de l’Union Nationale.
Cette alternative de gauche se bâtira autour de Québec Solidaire, des Verts et de la gauche du PQ. Elle ne devra pas se contenter de récupérer les tenants de la gauche traditionnelle, ce qui permettrait peut-être une victoire de pluralité sur une Droite divisée, mais pas le consensus requis pour faire les vrais changements. Elle devra avoir l’habileté, comme Dumont est aujourd’hui à la faire, de ratisser plus large et d’aller chercher le Centre.
Un Québec Solidaire élargi devra se faire le véhicule d’idées et de solutions vraiment nouvelles, aller chercher l’adhésion de tous ceux qui veulent un monde meilleur. Susciter, pour la justice sociale, le même enthousiasme qu’a suscité, il y a deux générations, le concept alors porteur de l’indépendance. Québec Solidaire doit proposer un nouveau projet de société. TOUT DE SUITE !
Pierre JC Allard
En supposant que ca se recoupe de cette facon, il va ou le vote souverainiste ? A gauche, je suppose. Est-ce que ce n’est pas Duceppe, ancien Maoiste, qui devient le meilleur candidat pour mener ce parti ? Mais ce parti a-il une chance de gagner ? On serait en train de noyer le poisson pour l’indépendance..
C’est EXACTEMENT le regroupement que prévoit “The Gazette” dans son édition d’aujourd’hui. Pour répondre à Raph, je ne sais pas si c’est l’opinion de Monsieur Allard mais pour la Gazette il ne restera plus assez de votes souverainistes pour que ca vaille la peine d’en faire un parti en soi. Le PQ s’en va à gauche s’occuper du social et l’indépendanc est remise à bien plus tard.
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