Cet article de Thomas Gerbet est gracieusement offert par Agence de Presse Étudiante Mondiale (APEM). La version originale a été publiée à cet endroit.
Le parti Russie Unie - majoritaire à la Douma - et trois autres partis pro-Kremlin ont choisi, lundi 10 décembre, Medvedev comme candidat à la présidentielle de mars prochain. Vladimir Poutine lui a rapidement apporté son soutien public indéfectible.
Même si le libéral Dmitri Medvedev a été choisi, on peut douter que Poutine abandonne pour autant son penchant pour l’État fort.
En mars dernier, le journal Quartier Libre dressait le portrait des deux principaux aspirants à la succession de Vladimir Poutine à la tête de la Russie, les vice-premiers ministre Sergueï Ivanov et Dmitri Medvedev. La lecture des différences de parcours et d’idéologie entre les deux candidats présumés peut donner des indices importants sur le modèle de Russie envisagé par Vladimir Poutine.
Quartier Libre, 14 mars 2007
Le 2 mars 2008 se tiendront les élections présidentielles russes. Vladimir Poutine, élu en 2000 et en 2004, ne pourra pas se représenter. La Constitution lui interdit de briguer plus de deux mandats consécutifs. Âgé de seulement 54 ans, il entend toutefois maintenir son influence après son départ. En commençant par désigner lui-même son successeur.
« Après Poutine, ce sera encore du Poutine », prédit Jacques Lévesque, politologue québécois spécialiste de la Russie. Les deux successeurs les plus en vue sont en effet de très proches collaborateurs du président et ce, depuis de longues années. Dmitri Medvedev, un juriste de 41 ans, travaillait déjà comme adjoint de Poutine quand celui-ci était vice-maire de Saint-Pétersbourg, dans les années 1990. Quant à Sergueï Ivanov, 54 ans, il a fait toute sa carrière dans les services secrets russes, tout comme Poutine.
Rééquilibrer les prétendants
Le 15 février dernier, le président russe nommait Ivanov, alors ministre de la Défense, premier vice-premier ministre. Un titre déjà attribué à Medvedev en novembre 2005. Ce rééquilibrage des forces en présence n’est pas anodin, croit Igor Bunin, un analyste politique cité dans le Moscow Times : « Ce n’est pas dans l’intérêt de Poutine de voir l’un ou l’autre de ses successeurs trop émerger avant la fin de son mandat. » Dmitri Medvedev avait en effet pris une longueur d’avance dans la course à la succession, notamment après son passage remarqué au Forum économique de Davos, en janvier dernier. Sa popularité grandissante en tant que président du géant Gazprom – mais aussi en tant que chargé de la très médiatisée réforme sociale – l’a fait décoller dans les sondages.
En plaçant Sergueï Ivanov au même niveau que son concurrent, Poutine lui offre une chance de combler son retard, notamment médiatique, en lui accordant plus de visibilité. Ivanov a d’ailleurs eu droit lui aussi à « son Davos » puisque, le 10 février, il a accompagné le président russe à la Conférence de Munich, surnommée « le Davos de la sécurité ». Il a eu l’occasion de commenter devant les caméras les propos de son président, très critique vis-à-vis des États-Unis.
Deux clans, deux visions de la Russie
Dorénavant, tous deux premiers vice-premiers ministres, Medvedev et Ivanov incarnent deux parcours diamétralement opposés de la Russie. « Chacun représente une des facettes de Poutine », note Yves Bourdillon, journaliste au service international des Échos. Le clan de Medvedev et ses partisans, tout comme celui d’Ivanov, souhaite un renforcement de l’influence russe. Cependant, si les premiers misent plus sur le développement de l’économie privée, les seconds croient davantage en l’utilisation de la force de l’État. Medvedev est présenté comme un libéral et passe pour un modéré. Partisan d’une intervention moindre de l’État dans l’économie, il est plus ouvert à l’Occident que son concurrent. Sergueï Ivanov est de la même génération que Poutine et a fait la même carrière que lui dans le KGB. Il est souvent qualifié de « clone » de Poutine, la ressemblance entre les deux hommes étant même physique. Il fait partie de la ligne dure du Kremlin, les « siloviki » (« hommes de la sécurité »), et entend défendre l’idée d’un État fort, très présent dans l’économie. (…)
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