Jeune intellectuel, élevé dans le porphyre, Pierre-Elliot Trudeau n’hésite pas, avant de se lancer en politique, de visiter la Chine et l’Union soviétique. Il voyage en Chine, en 1949, avant même qu’elle ne devienne une République populaire. Il lit beaucoup et ne craint pas de visiter des pays qui auraient, cinquante ans plus tard, pu, selon la doctrine de George W. Bush, être inscrits dans l’axe du mal. Ses audaces font sourciller les services secrets canadiens et américains. Pierre-Elliot Trudeau, accompagné cette fois de son ami, Jacques Hébert, foule à nouveau, en 1959, le sol chinois. Il en ressort un livre au titre très évocateur : « Deux innocents en Chine rouge ».
Dix ans après cette deuxième visite, soit en 1969, cet intellectuel de gauche est élu à quatre reprises Premier ministre du Canada, jusqu’en 1984. Et que fait Pierre-Elliot Trudeau ? Il procède à une révision en profondeur de la politique étrangère canadienne. En 1970, s’ouvre pour le Canada une nouvelle ère de relations diplomatiques avec ce grand pays qu’est la République populaire de Chine. En 1973, Pierre Trudeau devient le premier ministre canadien à visiter la Chine. Ce qui n’était pas sans déplaire à l’envahissant voisin, les États-Unis.
Trente-cinq ans plus tard, le Premier ministre du Canada, Stephen Harper, dans le cadre du Sommet du G8, qui se tient dans le site touristique de Toyako (nord du Japon), rencontre le président chinois, Hu Jintao, pour échanger des « points de vue sur le développement des relations bilatérales », comme le veut le jargon diplomatique. En clair, les deux hommes ont échangé sur une foule de sujets communs, notamment le cas de Hussein Celil, un imam canadien exfiltré d’Ouzbékistan et condamné à la prison à perpétuité.
Le Premier ministre Harper a souhaité, à son homologue chinois, un plein succès aux Jeux tout en rappelant l’importance pour le Canada que les récentes discussions avec les représentants du Dalaï Lama puissent déboucher sur une plus grande stabilité des relations et sur l’amélioration de la situation au Tibet.
En général, je partage peu la vision politique de Stephen Harper. Trop à droite, dans les rangs conservateurs, il a le don de m’hérisser lorsqu’il s’aligne inconditionnellement sur nos voisins, les États-Unis. Cela ne doit pas m’empêcher de lui reconnaître un aplomb lorsqu’il se retrouve face à face avec Hu Jintao. En novembre 2006, lors du sommet de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC) qui se tenait à Hanoï, au Vietnam, Stephen Harper avait créé dans les rangs de la délégation canadienne toute une commotion en soutenant que le Canada ne changerait pas sa position concernant les droits de la personne en Chine pour favoriser le commerce avec ce pays. Il avait même été question du refus de la Chine de rencontrer le Premier ministre Harper, refus démenti plus tard par Pékin.
En marge de ce sommet du G8, l’Élysée a privilégié une autre avenue : celle de la discrétion. Paris et Pékin sont mutuellement convenus de ne pas communiquer sur la question du Tibet. Si cela vaut pour la France, pourquoi cela ne vaut-il pas également pour l’ambassadeur de Chine qui a mis en garde la présidence française sur une rencontre possible entre Nicolas Sarkozy et le Dalaï Lama en août prochain ? Rencontre qui aurait des « conséquences graves » sur les relations entre les deux pays. Voilà bien une menace à peine voilée. Monsieur l’ambassadeur de Chine, Kong Quan, a été convoqué dare-dare au Quai d’Orsay.
La rencontre du G8 a été intéressante à plus d’un point de vue. Nicolas Sarkozy y était présent, investi de son titre de président en exercice de l’Union européenne. Et sa rencontre avec Hu Jintao s’est déroulée, selon les observateurs présents, en catimini. Nicolas Sarkozy a informé ce dernier qu’il serait présent, en tant que président de la France et président en exercice de l’Union européenne, aux Jeux Olympiques de Pékin. Le président français a même poussé l’audace de souligner, selon l’Élysée, à son homologue chinois Hu Jintao, « les valeurs olympiques de paix, d’amitié et de fraternité ». Le parlement européen a critiqué cette position. Et avec raison, l’agence de presse officielle « Chine nouvelle » triomphe : « la décision du président français est la bonne ».
La Chine souffle le chaud et le froid à l’égard de la France, qu’elle voit dans un état de faiblesse particulière. Félicitations au Japon, menaces voilées à Paris. Aucun mot sur les droits de la personne, sur le Tibet, sur le Dalaï Lama. Pire. Il semblerait maintenant que cette rencontre du 12 au 23 août avec le Dalaï Lama ne soit plus à l’ordre du jour de l’Élysée.
Qu’importe au président de la France que ni le Britannique, Gordon Brown, ni le Canadien, Stephen Harper, ni l’Allemande, Angela Merkel, seront présents à l’ouverture des jeux de Pékin, le 8 août prochain. Gordon Brown sera par contre présent à la fermeture des Jeux. Qu’importe au président de la France que l’autre président, celui du Parlement européen, Hans-Gert Pöttering, annonce qu’il boycottera la cérémonie d’ouverture des jeux ?
« J’ai décidé de ne pas participer à la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques. Mais j’espère sincèrement que le dialogue entre les envoyés du dalaï-lama et les autorités chinoises se poursuivront dans un esprit constructif, avec la volonté d’arriver à des résultats », a déclaré Hans-Gert Pöttering. « La raison en est qu’il n’y a pas eu de résultat dans les négociations entre les représentants du dalaï lama et le gouvernement à Pékin », constate simplement le président du Parlement européen. Il semble bien que ce dernier ne partage pas le constat du président Sarkozy qui affirmait, il y a peu, qu’il conditionnait sa présence à Pékin aux progrès dans les pourparlers entre les autorités chinoises et le Dalaï-lama. Rappelons-nous la déclaration du président Sarkozy : « Si cela devait progresser encore et que le Dalaï-Lama et le président chinois reconnaissaient des progrès, l’obstacle à ma participation serait levé ».
Le premier juillet dernier, l’émissaire du leader spirituel tibétain, Lodi Gyari, a rencontré les autorités de Pékin. Les discussions n’ont mené à rien. Une première rencontre, en mai dernier, avait également eu lieu entre les représentants tibétains et les responsables du Parti communiste chinois. Elle visait principalement la demande des tibétains de retirer les forces de sécurité déployées jusque dans les monastères. Aucun communiqué commun n’a été émis à l’issue de ces rencontres.
George W. Bush sera présent. C’est l’essentiel. Pour le président américain, « un boycottage serait un affront au peuple chinois ». Et c’est non le moindre des arguments : « son absence rendrait le dialogue plus difficile avec le gouvernement chinois ». Le Premier ministre japonais Yasuo Fukuda, a aussi annoncé qu’il se rendrait à Pékin. En même temps que George W. Bush. La franchise du premier ministre Fukuda désarme : « Il n’y a pas besoin d’impliquer les politiques. Même si la Chine a des problèmes divers, elle s’efforce de les résoudre ».
Comment la France, qui vient d’être épinglée en matière de gestion des droits de l’homme, et les États-Unis auraient-ils meilleure posture pour faire la leçon à la Chine ?
Prenons pour premier exemple cette déclaration du porte-parole du Ministère chinois des Affaires étrangères, Qin Gang, qui invitait, le 2 juin dernier, « la partie américaine de s’occuper et de s’intéresser encore plus à ses propres problèmes, qui sont nombreux, en ce qui concerne la violation des droits de l’homme, de ne plus utiliser les problèmes de démocratie et de droits de l’homme pour s’ingérer dans les affaires intérieures des autres pays, et de contribuer davantage au renforcement de la confiance réciproque sino-américaine et au développement des relations entre les deux pays ».
Pour deuxième exemple, s’agissant de la France, Human Rights Watch, dans son rapport « La justice court-circuitée : les lois et procédures antiterroristes en France », reproche au pays des Droits de l’Homme que, durant les interrogatoires, les témoignages de personnes placées en garde à vue sur présomption d’implication dans le terrorisme semblent indiquer que « la privation de sommeil, la désorientation, les interrogatoires constants et répétitifs, ainsi que les pressions psychologiques lors de la garde à vue sont monnaie courante ».
De tels rapports ou constats ne sont pas de nature à accorder beaucoup de crédibilité aux pays qui entendent donner des leçons sur les droits de l’Homme dans le monde. La Chine en est parfaitement consciente. Et c’est son jeu d’écarter de son paysage immédiat tout intrus qui entendrait lui faire la morale sur ces questions vilaines des droits de l’Homme. Question tibétaine, y comprise.
Prévoyance ou clarté, Human Rights Watch vient de publier un guide pour les journalistes qui fouleront le sol chinois dans le cadre des Jeux Olympiques. L’organisme donne ce conseil de prévention : « soyez conscients que les gens que vous contactez, que vous interviewez, que vous citez, sont ceux qui encourent les risques les plus importants. Vous partirez mais eux, ils resteront ». Selon l’organisme voué à la défense des droits de l’Homme, « les journalistes étrangers continuent d’être régulièrement harcelés, arrêtés et intimidés, au cours de leur travail en Chine ». C’est pourquoi dans leur transmission, les journalistes devraient, selon HMR, utiliser certaines technologies pour « contourner les blocages », comme le VPN, et d’utiliser un email crypté.
Les journalistes n’auront rien à craindre à interviewer Nicolas Sarkozy ou George W. Bush. Ils auraient avantage à rencontrer le dissident chinois, Wei Jingsheng, emprisonné pendant 18 ans en Chine puis expulsé vers les Etats-Unis, en 1997, qui a fait part de sa position sur la décision de la France d’être présente à Pékin : « la France manque de courage, alors que la répression continue à l’intérieur du pays ».
/BOUCLE_video>Je vais répondre avec une métaphore, romanesque et courte.
Don Quichotte aussi est courageux, noble et ferme dans ses principes mais malheureusement pour lui, il lui manque un peu d’intelligence pour aller se battre contre des moulins à vents. Heureusement qu’il n’entraine dans ses mésaventures qu’un pauvre écuyer.
Notre opinion défavorable commune sur Harper ne suffit pas encore faut il trouver les arguments et le raisonnement sous-jacent qui l’induit. J’ai souvent de mauvaises surprises quand j’étudie ce raisonnement et arguments.
Harper est un idiot qui se met à dos la Chine et le futur président des USA, Obama avec l’Alenagate. Que vous faut il de plus ? Qu’il vous le dise ? il l’ignore comme tout les idiots et de toute façon ses conseillers en communication lui interdiraient. :D
Paul
Je serais heureux de lire de votre part un article en profondeur qui me documenterait sur son peu d’intelligence pour aller se battre contre des moulins à vents. Je pense au contraire que Stephen Harper est un homme brillant, intelligent et qu’il pèche par ces excès.
Pierre R.
Pierre,
Plus jeune je me serai fait un plaisir de vous répondre en profondeur mais de nos jours je préfère consacrer mon temps à étudier les penseurs et leaders réellement brillant. C’est une nouvelle attitude que j’essaye de suivre.
Maintenant au nom de l’intérêt supérieur du Canada, je vais y réfléchir et sacrifier un peu de mon temps. ;)
Concernant l’intelligence, elle a plusieurs facettes et pour devenir 1er ministre bien évidemment que ce n’est pas un idiot complet. Et puis il est difficile de distinguer ses propres erreurs de celles induites ou pas par ses conseillers.
Le Canada c’est 30 millions de citoyens et consommateurs. La Chine va devenir une des toute première puissance économique avec plus de 1300 millions de citoyens - consommateurs. J’ai vraiment besoin d’aller dans les détails avec un long article ?
Paul
Je ne suis pas un partisan de Stephen Harper. Vous avez traité de son intelligence. Permettez-moi de vous citer à nouveau : « il lui manque un peu d’intelligence pour aller se battre contre des moulins à vents ». Je vous dis simplement qu’il y a, à mes yeux, une différence réelle entre l’intelligence d’un individu et ses politiques. Je reconnais à Stephen Harper une intelligence au-dessus de la moyenne et une médiocrité, par exemple, en ce qui concerne sa politique sur les droits de l’Homme, sur les changements climatiques et sur ses choix géostratégiques. Le cas d’Omar Khar, que j’ai abondamment documenté ici ou sur mon blogue, est éloquent. L’alignement inconditionnel de Stephen Harper sur les États-Unis m’horripile au plus haut point. Cela ne m’autorise pas à dire que Stephen Harper n’est pas intelligent ou qu’« il lui manque un peu d’intelligence pour aller se battre contre des moulins à vents ». C’est une marge que je ne franchirai pas.
Amicalement
Pierre R. Chantelois
À toutes et à tous
J’aurais dû souligner le « guide » que vient de faire paraître le Comité National Olympique et Sportif Français à l’endroit des athlètes qui se rendront à Pékin. Il y a aussi cet excellent article de « Rue89 » qui en résume le contenu.
Vive la France.
Pierre R. Chantelois
A votre demande, je suis en train de rédiger un rapide bilan partiel du gouvernement Harper. Partiel car je n’aborde pas toutes les responsabilités d’un gouvernement fédéral. Je ne regarde pas l’actualité canadienne de manière aussi assidu et exhaustive pour le faire.
Au fond, peu importe la raison des erreurs de l’équipe dirigeante "Harper" j’essaye de me concentrer sur le résultat Final et l’intérêt de l’ensemble des citoyens canadiens.

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