11 juillet 2007 |
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« Quelqu’un s’est senti offensé par nos choix éditoriaux ? Qu’il nous le dise en face, pas par presse interposée ! » Telle a été la réaction des rédacteurs d’Ergo Sum, journal étudiant de la faculté des Lettres et de Philosophie de Gênes, face à l’attaque d’Andrea Macco, journaliste au quotidien Il Giornale. Ce dernier avait publié un article intitulé « De l’argent public pour insulter le Christ et l’église », où il s’en était pris aux étudiants, les accusant de « blasphème et anticléricalisme ». Motif de l’accusation, un article intitulé « plus de préservatifs pour tous », paru dans les colonnes du journal étudiant, sur une campagne en faveur de l’utilisation du préservatif, conduite en coordination avec la Lila (Ligue Italienne de Lutte contre le Sida). Parmi les photos illustrant l’article, celle du scandale : une statue de Jésus recouverte par du cellophane pour cause de restauration, avec la mention « Moi aussi je me protège ».
Robinets fermés
Les deux institutions soutenant financièrement le journal sont la province (équivalent du département, ndj) et l’université de Gênes. Après la parution de l’article dans Il Giornale, la réaction de la Province ne s’est pas faite attendre. Moins de 24h plus tard, la sanction tombe : « Nous ne donnerons pas les 2500 euros nécessaires à la parution du prochain numéro d’Ergo Sum ». Et l’université d’emboîter le pas : « Nous ne verserons pas, nous non plus, les 2000 euros promis ». Motif invoqué : « empiètement sur des sujets offensifs et blasphématoires ». « Nous avons distribué 200 exemplaires à la Province, et personne ne nous a rien dit, jusqu’à la sortie de l’article d’Andrea Macco, ont expliqué les rédacteurs et responsables du journal, et nous devons avancer les coûts d’impression de notre poche, car les subventions n’arrivent qu’à la fin de l’année. Aujourd’hui nous sommes tous à découvert. Ils nous ont fermé les robinets, ils ne pourront pas nous fermer la bouche ! »
« Nous ne sommes pas anticléricaux »
Les rédacteurs et responsables du journal étudiant ont donc contacté les journalistes de Il Giornale pour organiser une conférence de presse. « Nous ne sommes pas anticléricaux, a affirmé l’équipe du journal lors de la rencontre, pour preuve, notre premier numéro, imprimé peu après la mort de Jean Paul II, contenait des remerciements à ce dernier ». Mais malgré les enjeux, la rencontre a finalement été cordiale. « Parler a été utile », ont souligné les deux parties, qui ne reviennent pas pour autant sur leurs positions. « Ces images ont offensé mes valeurs de chrétien », a affirmé le journaliste, plaidant l’article 404 du code pénale italien sur l’offense et l’outrage à la religion. « Nous avons tous le droit de manifester librement notre opinion. Parler des ingérences de l’église sur la politique italienne est légitime (faisant référence aux débats sur le Dico, Pacs italien, ndj), et approfondir les thèmes de bioéthique est juste. Nous réclamons en outre la gratuité du préservatif. Là où l’information se tait, Ergo Sum continuera à parler ! », a rétorqué l’équipe de rédaction, faisant elle référence à l’article 21 de la Constitution de la République Italienne sur la liberté d’expression. Aujourd’hui le recteur de l’université est revenu sur sa décision. « Ce sont mes étudiants, je ne les laisserai pas en situation d’endettement », a-t-il déclaré à la presse.
Bon. Reprenons depuis le début. Des étudiants publient une revue. Comme tous les étudiants, ils en rajoutent de leur cru. Cette fois-ci, pour d’aucuns, ils sont allés trop loin avec un sujet religieux, pour d’autres, il n’y avait rien là pour fouetter la chatte de la grand-mère. Mais les trésoreries veillent. Et le trésor public, avant de se voir accusé de laxisme avec l’argent du peuple, coupe les vivres. Rencontres au sommet. Les étudiants financent de leur poche. S’endettent. Le recteur s’en émeut. Il pourrait remettre en question sa décision d’interdire le versement des sommes convenues. Que fera la province ? Pour l’instant, aucune indication ne nous a été donnée.
J’aime bien cette histoire digne des « blagues des carabins ». Que ce soit de Montréal ou de Gênes, il y a toujours, dans les publications étudiantes, des facéties qui garnissent les albums de souvenirs.
La morale de cette histoire ? L’audace coûte cher.
Pierre R.
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