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    Origine de l’incivilisation

    le 26 mars 2008 | 264 visites | 4.33 / 5 | 4 commentaire(s)
    Origine de l'incivilisation
    photo : stephentrepreneur (Flickr)

    De plus en plus nombreux sont les articles qui témoignent un peu partout de la dégradation violente de nombreux éléments de notre civilisation : on "s’exprime" partout et tout le temps ; on ne communique plus ; on ne fait plus part !

    Quelle est donc, où est donc cette "pression" qui provoque autant d’"expressions" et de "dépressions" ?

    On ne peut plus vraiment se le cacher derrière des statistiques dont chacun aujourd’hui connaît aussi les faiblesses structurelles : toutes les civilisations ont une fin. La chenille, en mourant, est appelée à devenir papillon, bien sûr, mais, de son point de vue à elle, elle ne peut que souffrir ici et maintenant des affres de la mort, sa mort ! Les appels à l’aide aux accents désespérés sont devenus insensiblement les hurlements de colère, par "déchaînement " du lien social, partout dans le monde.

    A longueur de média, de doctes ex-pères mesurent, en fidèles descendants des médecins de Molière, les dimensions de la prison, et s’étendent de leur long, tout au long de longs débats très policés, dans leur latin d’église, leurs églises, sur les causes des sujets à la mode devenus par le fait même objet de leurs observations microscopiques. Aucun d’entre eux ne semble s’être rendu compte qu’il ne s’agissait là que d’une minuscule partie d’un macrocosme dont il est lui aussi parti prenant. Ils ne semblent pas vouloir ou pouvoir voir que la violence s’est propagée, comme un incendie, à la toiture, en passant par tous les étages, d’abord ! La poutre qui est dans leur œil les empêche-t-elle de voir ce qui leur brûle les yeux ? Des salaires exorbitants des patrons du CAC 40 à ce qui est qualifié de terrorisme, en passant par les dérives de la sécurité sociale et les comportements sexuels "ordinaires", la violence s’est distillée scientifiquement dans les étages, sur un mode qui a toutes les apparences d’un viol intellectuel.

    Le viol n’est-ce pas prendre un sujet pour un objet ? N’est-ce pas aussi prendre la partie pour le tout ? La racine du mot "violence" est en effet "viol"… !

    Les ex-pères ont pris le pouvoir, se sont partagé le marché de la pensé en nous réduisant à la conviction d’être des citoyens lambda : faire part dans un conteste où tout est toujours plus complexe que ce que nous croyons, dire à quelqu’un une part de sa complexité, est devenu extrêmement difficile, source quasi certaine de malentendus, de partis pris, de viol, et donc nécessité de se protéger préventivement quand on se prend l’envie de se dire.

    La généralisation du complexe de Colomb est à l’origine de cette difficulté : où l’interlocuteur arrive à mettre ce que vous dites dans son horizon de conscience, son expérience limitée de la vie, ou il demande à “comprendre”. Au lieu d’accepter comme tel ce qu’on lui décrit, il veut que vous le lui expliquiez, comme si ce que vous voyez du haut de la montagne de votre expérience pouvait être “vu” à travers une description, qui évidemment n’est jamais assez complète.

    Cette condition de “comprendre” avant d’adhérer à ce que l’autre est source de manque de respect. Quand en plus l’autre est votre supérieur hiérarchique, il ne peut donner que l’impression de jouer au petit chef : “je ne comprends pas ce que tu dis, donc c’est con”.

    Cette impossibilité de faire part, tout simplement, sans émotion, discussion, répression, voir censure règne depuis plusieurs générations. Cela a entraîné évidemment des tentatives d’adaptation de la part des individus et des autorités, en boucles vicieuses renforçatrices, car le besoin d’être entendu est “criant” de souffrance généralisée. Plus aucun rapport de pouvoir ne peut se gérer simplement, car tout le monde veut comprendre et être compris. Comment faire pour être “entendu” dans ce qu’on a à dire n’est plus possible que sous un pseudonyme, sur Internet ; le piège du “tu dis cela parce que… !” est constant.

    Les deux besoins fondamentaux de la relation sont la reconnaissance et le respect. Actuellement ces deux éléments sont la condition l’un de l’autre.

    C’est ce qui a sans doute provoqué l’épidémie de nudité que l’on voit dans les médias, nudité physique ou psychique, comme s’ils avaient “besoin” que soit “reconnue” leur vie intime avant de s’autoriser eux-mêmes à la respecter. Il y a eu décloisonnement entre l’espace intime, l’espace privé et l’espace public, dans un sens comme dans l’autre. On le voit en politique, où la valeur donnée au mot est devenue plus importante que celle de la réalité qu’il représente. Les chefs visionnaires ont été peu à peu remplacés par des séducteurs, ceux en les mots de qui la masse se reconnaît, ceux qu’elle “comprend”. La marche de l’histoire, politique et scientifique, s’est arrêtée, le peuple voulant d’abord “comprendre” selon le principe de précaution, avant d’accepter des initiatives, des petits sacrifices pour de grands bénéfices, mais plus tard. Par contre, ceux qui sont au pouvoir, politique, scientifique et économique, s’y accrochent en exigeant qu’on leur prouve la validité de ce qu’en réalité ils n’ont pas prouvé eux-mêmes parce que de leur point de vue ils ne le voient pas, au-delà de leur horizon de conscience. Les prophètes sont sous camisole chimique. Les visionnaires ne peuvent en effet pas être reconnus, par définition, et donc, en ces temps de complexe de Colomb généralisé, respectés !

    Ce lien conditionnel entre reconnaissance et respect est donc une erreur, liée à une mauvaise modélisation de l’espace-temps :

    • le respect en effet appartient à l’horizontalité, la relation, la nécessité d’une biodiversité, la prise en compte de l’autre comme une globalité : il faut de tout pour faire un monde. • La reconnaissance se déroule dans la verticalité du temps : si dans un premier temps l’enfant doit d’abord être aimé avant d’oser, dans un deuxième temps, à partir de l’adolescence, il se doit d’oser avant d’être aimé, reconnu.

    Le vécu personnel de cette embrouille est celui du viol. En effet, le traumatisme du viol est celui d’être pris pour une part de soi-même. Quand on exige de vous comprendre avant de vous respecter dans votre complexité, on vous viole. La culpabilisation, à l’endroit comme à l’envers, c’est du viol. Tous violés depuis l’enfance par les “tu es…” qui tuent, les “tu fais cela parce que…” nous faisons descendre en cascade dans l’échelle sociale, cette même exigence de comprendre avant de respecter chacun dans ce qu’il dit comme dans ce qu’il fait comme le moins mauvais compromis qu’il ait trouvé pour garder son équilibre entre tout ce qui lui est tombé sur la figure et la conservation de son potentiel évolutif. Aux périphéries de la base de la pyramide sociale, il y a ceux qui ne peuvent même plus se trouver un chien à qui botter le cul, et qui révèlent la violence généralisée, comme la partie émergée de l’iceberg, à travers la maladie, la délinquance et la drogue.

    De peur d’être encore violé, pris pour une partie de lui-même (tu dis ça parce que…), chacun vit dans un château fort de défenses préventives, au milieu duquel il meurt de faim affective, car il n’y a ni porte ni fenêtre pour pouvoir aller se ravitailler (se donner à aimer, tout simplement), mais d’où il agresse l’autre sans le savoir en se défendant préventivement de ses peurs réflexes des traumatismes précédents. L’autre, lui, qui ne pensait à rien, sent sa bienveillance agressée, et en renvoyant l’agression, justifie la peur du premier. La boucle est bouclée !

    Pour sortir ce cette boucle vicieuse de mise en solitude généralisée, il nous faudrait faire cesser tout lien entre reconnaissance et respect en ne donnant la parole et le pouvoir qu’à ceux qui ont fait leurs preuves quant à un savoir-faire en la matière.

    Mots-clés : international et Société

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  • 4 COMMENTAIRE(S) | Répondre à cet article

    • LeCanardRéincarné

    Excellent article à part qui devrait avoir le droit de parole.

    26 mars 2008 | répondre | permalien

    Merci de cette précision bien nécessaire : je voulais parler ici de parole "publique" bien sûr, celle que revendiquent les experts ! J’ai oublié de le préciser, car cela me semblait évident ! Tout l’article en effet revendique bien sûr le droit pour chacun de n’avoir pas à se justifier de "sa" vérité, sa parole en tant que la partie qu’il voit de "la" vérité, à partir de son expérience ! Ceux qui se présentent comme experts de quoi que ce soit devraient avoir fait leurs preuves sur le terrain avant ! Prenons l’exemple tarte à la crème du moment : comment voulez-vous qu’un homme qui se comporte comme "lui" avec les femmes, puisse avoir une parole et une attitude "constructives" avec sa patrie, qui est "femme" ?

    26 mars 2008 | répondre | permalien

    Dans tout échange, on cherche un PGCD ou un PPCM. Le premier cas est rassurant et gratifiant, le deuxième est plus enrichissant, mais conduit typiquement à ce respect sous condition que vous regrettez.

    L’alternative en ce cas, à la constante frustration, de l’incivilisation, est une foi dont vous comprenez le danger, à moins que l’apport à retirer de l’échange ne soit perçu comme supplémentaire plutôt que complémentaire, ce qui n’est possible que si l’on sait le présent parfait et qu’on sent que tout ajout est a-causal, simplement "autre chose".

    Chacun a donc le choix de prendre sur lui le fardeau de la compréhension de l’autre, limitant le contenu de l’échange au PGCD de ce qui est connu de plusieurs - ce qu’on devrait faire quand on écrit un article - ou d’aller vers un PPCM sans attentes, en écrivant des commentaires dont il est quasi certain que seul le destinataire ciblé comprendra même la raison d’être. Ce qui parfois en vaut la peine.

    PJCA

    29 mars 2008 | répondre | permalien

    Votre commentaire est très clair, pour son destinataire. J’ai, je le pense, assez de foi, parfois, pour ne pas regretter d’avoir "choisi" d’aller vers un PPCM, même si le présent "a-causal" est encore une pétition de principe, en attendant de pouvoir être vécu pleinement. Merci.

    30 mars 2008 | répondre | permalien

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