Internet offre le meilleur et parfois, le pire. Vincent Gautrais posait dernièrement un regard critique sur le Web dit « 2.0 ». De mon côté, je passe la majeure partie de mes journées à vanter les mérites des communautés et de la collaboration sur le Web. Voici une histoire où un acteur du cinéma poursuit des acteurs du Web pour « le motif d’atteinte à sa vie privée »...
Au départ, une histoire de flux RSS
Un « blog quelconque » publie une information plutôt banale (en apparence) à l’effet qu’un acteur français (Olivier Martinez) aurait repris sa liaison avec une chanteuse australienne bien connue. Fuzz, qui est un site du type « agrégateur », « pompe » littéralement des nouvelles par les flux RSS à partir de blogues qui s’inscrivent. De cette façon, un site agrège des nouvelles venues d’ailleurs, les partage sans vraiment qu’elles soient filtrées et les fait remonter par le buzz créé des internautes de passage. Dans le cas qui nous occupe, la nouvelle a été reprise par le site et affichée pendant plus ou moins longtemps. Elle a été reproduite sur d’autres sites, également. Résultat... tout ce beau monde à l’origine de ces sites se trouvent à être « suspendus à une décision de justice ».
Eric Dupin de PresseCitron au centre de l’action
Trois billets du promoteur du site Fuzz racontent l’action. Dans Bonne nouvelle : Fuzz rapporte enfin beaucoup d’argent !, mon collègue du groupe « TheFeedr » dévoile qu’il est assigné en référé au Tribunal de Grande Instance de Paris, mais ne dit pas qui est à l’origine de la plainte (mercredi 12 mars). Dans « Fuzz et assignation en justice : le point sur l’affaire », le blogueur Dupin témoigne de tout le support qu’il reçoit depuis l’annonce de la nouvelle (vendredi 14 mars). Il formule tout de même un souhait :
« Je rêve non seulement d’une victoire (ça c’est pour ma pomme) mais surtout d’une grosse jurisprudence à la hauteur du buzz et du mouvement de solidarité que vous me témoignez, qui permettrait enfin aux éditeurs de sites d’agrégation de dormir sur leurs deux oreilles et aux procéduriers de tous poils d’y réfléchir à deux fois avant de lancer des procédures visant à bâillonner le web. »Enfin, Eric publie mardi dernier « Fuzz et assignation en justice : et le plaignant est... », dans lequel le nom de celui qu’on n’aime pas est révélé. Depuis ce temps, toutes les passions se déchaînent...
Doit-on voir ici une attaque éhontée contre le principe de la liberté d’expression ?
L’invitation à se rendre, « tous ensembles, devant le Tribunal à Paris, le 26 Mars prochain » est lancée ! Jean-Marie Le Ray (un collègue des Explorateurs du Web, cette fois) pense qu’on a affaire ici à un cas de jurisprudence en marche.... Il affirme que « le "droit de la presse" en l’état n’est adapté ni à Internet ni aux spécificités techniques introduites par le Web, et encore moins au Web 2.0, dont le lien hypertexte et la circulation de l’information sont la lymphe vitale. » Il fait partie de ceux qui n’aiment pas Olivier Martinez. Certains sont plus nuancés et veulent faire contrepoids. Une des vedettes françaises des blogues parle même d’un « Lynchage décérébré », expression qu’il nuancera dans la foulée de la discussion sur son billet.
Une chose est certaine, depuis l’affaire Note2be.com, l’Internet français vit des secousses qui pourraient avoir un très gros impact sur certaines pratiques du Web 2.0...
/BOUCLE_video>POST-SCRIPTUM : D’autres réflexions en lien avec cette « affaire », ma récente expérience de publication sur CentPapiers et le décès tragique de Chantal Sébire font suite à ce billet sur mon blogue.
Aujourd’hui 27 mars, le jugement vient de tomber : Fuzz est condamné ! Les avocats d’Oliver Martinez demandaient 35 000 €, mais l’amende se chiffre à 2 500 € pour Eric Dupin. Des détails et un suivi sur ce billet de mon blogue...

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