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    Notre planète

    le 18 mars 2008 | 323 visites | 2.91 / 5 | 0 commentaire(s)
    Notre planète
    photo : woodleywonderworks (Flickr)

    Esquisse d’une « approche systémique ».

    La théorie des systèmes a pour objectif de définir les relations qu’il y a entre les éléments composants un ensemble complexe, et les effets, simultanés ou non, qui résultent des modifications des propriétés de chacun de ces éléments sur l’ensemble, considéré alors comme un système. Celui-ci peut être fermé ou ouvert sur son environnement, avec ou sans but, régulé ou non, composant (sous-système) ou non d’un système de niveau supérieur, etc. Mais ne rentrons pas dans la théorie : il ne s’agit pas ici de faire un exposé de la méthode, mais de tenter d’appliquer cette approche (dite systémique) à notre planète Terre, en renvoyant aux ouvrages spécialisés et savants le lecteur voulant poursuivre cet article dont l’ambition ne va pas au-delà de tenter de combler une insatisfaction qui résulte des propos approximatifs tenus sur le réchauffement climatique, le protocole de Kyoto, la pauvreté dans le monde, l’épuisement des ressources naturelles, les pollutions, la faim, les maladies endémiques, la démographie, etc., etc., tous sujets qui pris isolément ne nous apportent rien de plus qu’une connaissance parcellaire du monde, et, hélas, bien peu opérationnelle.

    Pour considérer la Terre comme un « système », il faut définir ces éléments ( ses sous-systèmes) le composant, ses limites par rapport à son environnement et ses relations avec ledit environnement. Vaste programme... Sans oublier ce que l’on sous les pieds, c’est-à-dire tout ce qui compose la planète, et qui est particulièrement mal connu, avec ses plaques qui dérivent, ses tremblements de terre, son volcanisme, son magnétisme, sa température interne, etc., etc. Sans oublier non plus ce qui y vit, à commencer par l’espèce humaine sans laquelle rien de tout cela ne serait exprimé : nous, humains, éléments du système, pouvons seuls penser le système... et tenter d’améliorer son fonctionnement pour retarder notre disparition certaine (programmée ou non).

    Retarder la disparition de l’espèce humaine, voilà bien l’objectif que l’on peut légitimement assigner au système. Car, après tout, si nous sommes tous morts, peu nous chaut que cet univers soit éternel et merveilleux, ou que tout s’éparpille dans un chaos gigantesque ou se contracte dans un trou noir. Quand nous ne serons plus là, il n’y aura personne pour penser le monde ; c’est peut-être regrettable, mais c’est ainsi. À moins de s’en remettre à Dieux, aux dieux, aux cieux, à on ne sait quel monde idéal transcendantal ; mais ces croyances, cette métaphysique, ne concernent en rien l’approche systémique, et ne doivent pas affecter le but que l’on se propose d’assigner au système. Étant entendu que l’exportation de l’espèce sur des exoplanètes reste aussi un objectif possible – quoique ce soit pour l’instant plutôt une expérience intellectuelle – ce qui suppose d’y vivre suffisamment longtemps pour disposer de la technologie nécessaire et identifier les récepteurs (les planètes porteuses...).

    L’environnement est connu : c’est, au sein de la galaxie, le système solaire avec pour principal acteur le soleil. Ce dernier brille de tous ces feux depuis quelques dix milliards d’années, bien régulièrement, et cela devrait durer encore cinq autres milliards d’années : on a donc un certain temps à passer sur terre avant de rechercher sérieusement une exoplanète tellurique accueillante. Mais nous serions totalement démunis si d’aventure ses propriétés se modifiaient. Les planètes tournent autour de lui, selon un équilibre instable qui répond à la loi de la gravité : si la belle machine se déréglait, nous serions tout aussi impuissants, comme nous le sommes en ce qui concerne la position de la Terre sur le plan de l’écliptique, les variations d’inclinaison de son axe, les mouvements de précessions, la modification de la forme de l’ellipse, tous facteurs qui font se succéder depuis des millions d’années les périodes de glaciations et les périodes interglaciaires. Notre environnement est ce qu’il est, et nous sommes contraints de faire avec en espérant que les conditions actuelles ne se modifient pas. Que le réchauffement climatique contribue à retarder la prochaine glaciation n’est pas une hypothèse à exclure, mais il nous faudra de toute façon consentir beaucoup de sacrifices pour cet hypothétique gain – que nous soyons acteurs ou non – si nous voulions faire ce pari, ou en d’autres termes détourner notre angoisse résultant des désordres climatiques actuels, en pensant que ces mêmes désordres peuvent avoir des effets collatéraux bénéfiques. Simple hypothèse d’un « optimiste malgré tout » au milieu de terriens en détresse. L’époque heureuse d’interglaciation que nous vivons se terminera bien un jour, et l’espace où la vie est possible se réduira comme peau de chagrin sous la montée des glaces. Mais cela peut se produire plus tôt ou plus tard en fonction, par exemple, des caprices du magnétisme terrestre - qui est produit par cette merveilleuse dynamo formée par le noyau de fer solide qui est en son centre et autour duquel tourne une masse de fer en fusion -, dont la modification entraînerait une mutation du point de Lagrange qui ouvrirait la porte à des scénarios solaires catastrophes ; ou du réveil du volcanisme avec des éruptions de grandes magnitudes qui modifieraient totalement les conditions de vie sur terre, où l’anéantiraient : une éruption du volcan de Yellowstone, par exemple, dont la caldeira d’une surface de 1.200 km2 qui s’élève actuellement de 7cm par an annonce qu’il arrive au terme de son cycle de sommeil de 650.000 ans, peut ramener la terre – dans un, cent ou mille ans - au temps où seules y subsistaient des traces de vie, il y a deux cent cinquante millions d’années.

    Voilà donc à grands traits l’environnement dans lequel évolue le « système Terre ». Pour résumé, le système en tire son énergie et tout ce qui permet la vie, mais il n’a pas la possibilité d’agir sur lui, de le modifier. Nous dépensons beaucoup d’énergie pour mieux connaître cet environnement – appelé « l’espace » ou « l’univers » – et y rechercher des traces de vie, mais, en dehors de quelques possibilités de défense contre des météorites qui pourraient s’écraser contre la Terre, nous n’avons aucun moyen d’agir sur lui. Nos sauts de puce dans l’espace – y compris vers Mars – sont dérisoires quand on sait que la distance avec les plus proches planètes telluriques se mesure en milliers d’années-lumière.

    La terre des hommes est bien mal nommée, car les hommes n’y ont qu’un pouvoir limité. Est-il utile de s’engager dans une approche systémique devant tant d’impuissance ? N’est-ce pas faire qu’une simple expérience intellectuelle de plus ? C’est vers l’objectif que nous devons nous tourner pour trouver la force d’un Sisyphe : retarder le moment de la disparition de l’espèce humaine implique déjà que l’on n’en abrège pas le cours en rendant la Terre invivable bien avant les échéances inscrites dans ses rotations stellaires. Or il semble que nous soyons en train de tout mettre en œuvre dans ce sens. Tenter de répondre à cette question ramène précisément à la systémique.

    Faisons donc l’inventaire des composants du système et des contraintes internes ; inventorions les flux et les stocks correspondant à la production des biens et des services, aux dépenses d’énergie et à l’information ; recherchons les dispositifs de régulation. Et en fonction de ce que nous avons vu précédemment, les entrées et les sorties du système peuvent être ignorées puisqu’elles peuvent être résumées à un échange d’énergie avec le soleil et un équilibre des forces de gravitation (pour faire court) sur lesquels le système n’a pas d’impact – un déséquilibre dans ces entrées/sorties pourrait résulter de modifications de l’équilibre du système lui-même, ce qui revient à rechercher au sein même du système les corrections nécessaires, celles-ci ne pouvant venir de son environnement.

    L’observateur lointain – situé par exemple sur l’une des exoplanètes que nous avons découvertes récemment -, pourrait tirer de ses observations deux propriétés essentielles de la Terre : une démographie en forte croissance depuis une centaine d’années, accompagnée d’un allongement de l’espérance de vie, et un développement tout aussi important des sciences et de leurs applications technologiques pour produire en masse des biens et des services (en mettant l’accent sur l’agriculture, l’industrie, la santé, l’éducation, les transports et l’urbanisation). Il remarquerait qu’il y a une corrélation forte entre démographie et science/technologie. Il remarquerait aussi qu’il y a sur l’ensemble de la planète, à l’exception des pôles, un climat très favorable à ce développement, les océans jouant un rôle important de régulation ainsi que la composition de l’atmosphère. Pour ce qui concerne le sous-système de production des biens et des services, notre observateur mettrait en avant le mécanisme du crédit et le principe de retour sur investissement qui implique de toujours se projeter dans le futur et impose aux acteurs d’être innovants et de plus en plus productifs ; il constaterait que cet accroissement de production s’accorde parfaitement avec la croissance démographique qui contribue à accroître naturellement la demande, et que la Terre possède les immenses richesses naturelles, (hélas en grande partie non renouvelables), qui permettent de l’alimenter.

    L’analyse met aussi et simultanément en évidence la très mauvaise répartition des richesses (20% de la population possède 80% des richesses), et l’état de survie d’une partie importante de la population (de 20 à 30%), avec une espérance de vie courte et un taux de fécondité fort. Ces déséquilibres peuvent être considérés par notre observateur comme un facteur de conflits et de guerre, et expliquer la très forte production de matériels militaires ; les moyens mis en œuvre pour les réduire lui apparaîtront évidemment dérisoires. Le système s’en accommode donc : ces conflits et guerres font partie du sous-système de production, et n’ont qu’un faible impact sur la démographie malgré les grandes hécatombes qu’ils produisent.

    Les désordres provoqués par la croissance démographique et la production de masse s’imposent à l’observateur : d’un côté il y a l’épuisement des ressources naturelles non renouvelables, et de l’autre les pollutions de tous ordres ; la production de gaz carbonique, de méthane, de peroxyde d’azote entraîne une modification de la composition de l’atmosphère, qui a pour conséquence un accroissement de l’effet de serre et une augmentation de la température, qui entraîne une diminution des glaces... qui contribue à réduire l’albédo et donc à capter davantage de rayonnement et donc de chaleur. Tout va dans le même sens, le mauvais.

    Tous ces facteurs sont en relations, et l’on peut mettre en évidence des sous-systèmes ayant chacun leur propre logique : démographie, production énergétique, production agricole, production industrielle et transport, services et information, urbanisation santé et éducation, exploitation des ressources naturelles, pollutions terrestres et maritimes, pollutions atmosphériques, armement et guerres, météorologie (évolution du climat), etc. Chacun des sous-systèmes est homothétique au système global avec ses composants et leurs relations. Le découpage du système global est fonction des critères choisis, et il peut être tout autre eu égard à l’approche retenue : par exemple, on pourrait s’en tenir à quelques grands sous-systèmes comme : démographie, énergie, ressources naturelles, réchauffement climatique, et analyser leurs interrelations.

    Mais quelque soit l’approche et le niveau d’analyse, l’observateur lointain, qui est un bon génie, relèvera que ça fonctionne mal, que ça coince en beaucoup d’endroits et que l’avenir est bien sombre. Comment faire, pour donner aux plus pauvres le minimum requis pour avoir une qualité et une espérance de vie décentes, qu’il y ait assez d’énergie produite et de ressources naturelles extraites sans qu’il n’y ait pas une augmentation des pollutions et du réchauffement climatique ? Il faudrait exploiter deux ou trois autres planètes ! Et cela ne répondrait pas, à terme, aux besoins toujours grandissants qui résultent de l’accroissement de la population. On sait bien que seules l’éducation et l’élévation du niveau de vie permettent de réduire le taux de fécondité, mais il n’est pas possible de diffuser cette éducation au sein de populations affamées ; il faut en priorité les nourrir ! Ce qui revient à accélérer le cercle vicieux qui fait passer au rouge tous les indicateurs du système. Répartir la richesse produite de façon à ce que tous aient ce niveau de vie minimum à partir duquel un cercle vertueux peut se développer serait nécessaire. Mais la logique du système de production ne permet pas cette répartition : ni la concurrence, ni le mécanisme du crédit, ni le retour sur investissement ne sont porteurs des mécanismes de répartition nécessaires. Seule une autorité supérieure – sorte de deus ex machina – pourrait l’imposer : elle n’existe pas. Le système global Terre n’a pas de régulation. La main invisible d’Adam Smith n’est qu’une autre façon de le dire, une métaphore : le système est sans régulation, car il n’a pas de but déclaré. Il est. Il s’est construit au fur et à mesure que la science et les techniques se sont développés, sans que ne jamais il y eût de but déclaré autre que la survie de chacun dans une grande compétition sans ligne d’arrivée. Il en est résulté une croissance démographique quasi exponentielle à partir du début du XXe siècle, croissance qui a contribué en retour à l’accélération du couple science/technologie. Pas de boucle de régulation, pas de mécanisme d’asservissement, mais au contraire un effet de levier visant à accélérer les processus en cours. Et nous sommes arrivés au point où il faut freiner pour ne pas tout perdre, à commencer l’espèce humaine elle-même. Rien de moins.

    Sur quels leviers appuyer pour arrêter l’emballement de la machine ? Telle est la question. Tout est prioritaire : stopper la croissance démographique, stopper les pollutions, stopper les émissions de gaz à effet de serre, stopper l’épuisement des ressources naturelles... Mais en même temps il faut produire davantage pour répondre à l’élévation nécessaire du niveau de vie de la grande masse des « damnés de la terre », et encore plus pour nourrir les bouches nouvelles – on passera en quelques deux ou trois décennies de 6,5 milliards d’hommes à 15 milliards (10 milliards disent les plus optimistes). Ce qui pourrait être entrepris c’est tout au moins la réduction des niches de richesses : mille individus sont milliardaires en dollars ; des mécanismes fiscaux (si on le voulait) devraient permettre le dégonflement de cette bulle – mais c’est peu de chose ! De la même façon, on peut réduire notre consommation d’énergie et réduire les pollutions – mais ce n’est toujours pas à l’échelle du problème ; le recours aux énergies renouvelables est une démarche vertueuse – mais cela change quoi ?

    Un scénario catastrophe : la modification du climat va entraîner de tels changements que le système de production agricole ne pourra s’adapter pour répondre à cette demande toujours croissante ; il en résultera des disettes - suivies de pandémies -, telles que la population diminuera. Ce serait une boucle de régulation qui permettrait au système de retrouver un nouvel équilibre. Mais ce ne serait que le premier pas d’une régression beaucoup plus forte et longue, cet équilibre étant bien trop instable pour ne pas être suivit d’autres phénomènes de plus en plus forts, imprévisibles et destructeurs. Comment l’éviter ? Ce n’est pas possible (première hypothèse) : le contrôle du système Terre n’est pas à notre portée parce que notre psychisme n’a pas atteint un stade de développement tel que nous puissions générer et contrôler ces boucles de régulation. Dans ce cas, nous condamnons l’espèce à une fin de vie bien triste : « retourner à l’âge de pierre » n’est plus une simple métaphore !

    Mais on peut aussi être volontariste et œuvrer pour mettre en place une gouvernance mondiale (deuxième hypothèse) qui devra aller bien au-delà de ce qui est actuellement entrepris (protocole de Kyoto par exemple) pour imposer des régulations dont on mesure mal le caractère contraignant, tant nous sommes attachés à nos genres et niveaux de vie. Il va falloir abandonner beaucoup de choses, y compris des idées généreuses, des objectifs de croissance de PIB et des pratiques sociales fondées sur la démocratie, la liberté individuelle, la recherche du bonheur (ou du plaisir). Pour prendre le contrôle du système Terre – c’est-à-dire dénouer les liens qu’il y a entre démographie, science et technologie, ressources naturelles et pollution - il faudra y mettre le prix ! C’est l’enjeu du politique.

    Utopique ? certainement. Mais l’utopie c’est souvent ce qui ne s’est pas encore réalisé... La science politique mondialisée a besoin de faire un saut méthodologique pour devenir plus crédible et plus opérationnelle. Repenser l’ONU en fonction de cet objectif - prendre le contrôle du système Terre -, ne relève plus de l’utopie, mais d’une impérieuse nécessité... car le ciel est sur le point de nous tomber sur la tête ! Le pire devient certain.

    Mots-clés : international et Science

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