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    Nicolas Sarkozy veut « changer profondément la façon de construire l’Europe »

    le 1er juillet 2008 | 370 visites | 4.00 / 5 | 0 commentaire(s)
    Nicolas Sarkozy veut « changer profondément la façon de construire l'Europe »
    photo : entropiK (Flickr)

    La France s’exprime beaucoup et n’hésite plus à faire connaître son programme politique : elle entend occuper ses fonctions à la présidence de l’Union européenne avec panache et grand éclat. L’immigration et la défense sont, notamment, au cœur de la posture qu’adoptera la France au sein de cette nouvelle présidence. Le président Nicolas Sarkozy s’est montré très clair sur ces questions.

    Dans une vision qui se veut globale, le chef de l’État français considère que l’Union européenne doit viser les objectifs de paix, de prospérité et de démocratie. L’un des moyens pour y parvenir est de protéger, selon le président français, est de protéger les Européens contre les risques de la mondialisation. À Saint-Étienne, en novembre 2007, Nicolas Sarkozy avait attribué à la mondialisation « la cause du vote protestataire et du ralliement de couches de plus en plus larges de la population aux thèses protectionnistes ». Il s’était même montré cinglant : il n’est pas question de « prêcher, au nom de la mondialisation, la résignation à tous ceux dont les conditions de vie et de travail ne cessent de se dégrader depuis 25 ans ».

    En mars 2008, dans le cadre du sommet franco-britannique, Nicolas Sarkozy et Gordon Brown avaient rappelé leur accord commun dans au moins quatre grands domaines : l’économie globale, la sécurité, le climat et l’Afrique. Et cet accord devait passer par une Europe ouverte sur le monde et associée aux Etats-Unis, jouant un rôle actif dans la mondialisation. À quelques mois d’occuper la présidence de l’UE, Nicolas Sarkozy avait sondé avec succès le premier ministre britannique Gordon Brown, partageant, disait-il, « une même analyse sur la gouvernance internationale ». Les deux hommes convenaient de s’atteler au vaste chantier de réformer les institutions internationales et de tabler sur un agenda commun en Europe, sur les questions de sécurité et sur le développement en Afrique. L’image retenue pour illustrer le nouveau rôle de l’Europe dans le monde : « celle d’un continent ouvert, associé aux Etats-Unis ».

    Il faut se rappeler qu’en septembre 2005, Nicolas Sarkozy n’avait pas hésité à imposer sa vision du vieux « continent » en déclarant que « l’Europe a tout inventé dans la sphère des idées. Elle doit aujourd’hui inventer la mondialisation humaine ». Sur le site : « Ensemble tout devient possible », une citation du président montre bien son impatience face à l’Europe actuelle : « Je suis un Européen convaincu. Je sais jusque dans ma propre histoire ce qu’il en a coûté à l’Europe d’être divisée. Mais je n’ai pas dit oui à la construction européenne tout au long de ces années pour avoir l’Europe que nous avons aujourd’hui ».

    Le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, a estimé que l’UE était dans un « état moyen ». Le ministre slovène des Affaires étrangères Dimitrij Ruppel, a soutenu qu’il laissait l’UE « dans un état plutôt bon ». Nuançant son jugement, Bernard Kouchner a corrigé : « en bon état... plutôt un état moyen ».

    Comment ne pas être pessimiste ou sceptique après une joute verbale de cette qualité ?

    À quelques heures de la présidence, Nicolas Sarkozy raffine davantage sa vision européenne. Il insiste sur la nécessité de « changer profondément notre façon de construire l’Europe ». Au plan de l’immigration, par exemple, il propose un « Pacte européen sur l’immigration et l’asile » qui contrôlerait mieux la protection des frontières européennes contre les flux migratoires. Le président a repris les propos de l’ex-Premier ministre socialiste, Michel Rocard, en affirmant que l’Europe ne pouvait pas « accueillir toute la misère du monde » sous peine de faire « exploser » ses systèmes de protection sociale. En réalité, la phrase prononcée par Michel Rocard devrait se lire ainsi : « La France ne peut accueillir toute la misère du monde, mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part. »

    À ce propos, Jean-Pierre Jouyet, secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, dans une longue interview à La Tribune, précisait que, relativement à la lutte contre l’immigration illégale, il faut avoir les dispositifs de coordination, de surveillance. « Il nous faut également négocier ensemble des accords de réadmission. Pour ma part, je suis très réservé sur les quotas d’expulsion. Le pacte ne sera jamais une machine à expulser, pour une simple raison : vous ne pouvez pas faire de retour sans accord de réadmission avec les pays d’origine de l’immigration. Donc là aussi, il faut une convergence sur les accords de réadmission. A mon avis, c’est possible », a confié Jean-Pierre Jouyet. « La Commission européenne ne gagnera que si elle devient plus flexible et moins dogmatique », a ajouté, à 7 sur 7, l’ancien directeur de cabinet de Jacques Delors lorsqu’il était président de la Commission européenne et devenu depuis lors proche conseiller du président Sarkozy pour les questions européennes.

    Pour rassurer les Français qui ne cessent de montrer un profond scepticisme face à cette Europe de plus en plus présente dans leur vie quotidienne, Nicolas Sarkozy affirme sans hésitations : « on a besoin de l’Europe pour résoudre les grands problèmes de la France » après avoir constaté, tout de même, que : « L’Europe inquiète et, pire, je trouve que peu à peu nos concitoyens se demandent si, finalement, l’échelon national n’est pas mieux à même de les protéger que l’échelon européen. Ce n’est pas la vérité ». La vérité du chef de l’État français est simple : « Je dis aux Français qu’en m’occupant d’Europe, je m’occuperai d’eux parce qu’il y a des sujets qu’on ne peut résoudre qu’au niveau européen voire mondial ».

    La tâche qui se présente à Nicolas Sarkozy est colossale. Le NON irlandais a remis en question beaucoup d’acquis, notamment le projet même du président français de contourner les référendums pour faire avaler la pilule du Traité de Lisbonne. Au NON Irlandais s’ajoute maintenant celui du président polonais Lech Kaczynski. Même si le Parlement polonais a ratifié le traité à une très large majorité en avril dernier, cette ratification a encore besoin de la signature du chef de l’État pour être effective. Lech Kaczynski estime maintenant que cette signature n’est plus de circonstance après le vote négatif des Irlandais. Toutefois, si l’Irlande ratifie le traité de Lisbonne, il signerait ce document. De la haute voltige signée Lech Kaczynski ! L’autre tuile pourrait venir de la la République tchèque, dont le président eurosceptique, Vaclav Klaus, estime que le traité de Lisbonne est mort. La Cour constitutionnelle tchèque doit se prononcer à l’automne sur la constitutionnalité du traité. Cela augure bien mkal pour les prochaines élections européennes qui auront lieu en juin 2009. Comment maintenant rabibocher les 27 après une pareille défaite ? Ce n’est certainement pas en imposant, indirectement, à l’Irlande un nouveau référendum, répétition du Traité de Nice, que Nicolas Sarkozy pourra réconcilier les « irréconciliables ». Nicolas Sarkozy est tenté une fois de plus de bousculer au lieu de favoriser le long terme. Il souhaite obtenir des résultats immédiats au détriment d’un murissement plus long certes, mais nettement plus solide dans les alliances.

    Qu’il veuille dresser la table pour réformer rapidement les institutions internationales peut être vu comme une volonté de modifier les orientations stratégiques de la Banque centrale européenne. Ce n’est pas la première fois que Nicolas Sarkozy demande à cette institution financière de se préoccuper davantage de la croissance et pas seulement de l’inflation.

    La Banque centrale européenne (BCE) se refuse à tout assouplissement de la politique monétaire. Le directeur adjoint du département Analyses et prévisions de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), Eric Hayer, voit dans cette décision de la BCE un comportement cohérent étant donné que la spirale inflationniste ne s’est pas encore déclenchée et n’a donc pas atteint les salaires.

    Ce qui déplaît, semble-t-il, au président Sarkozy qui considère que la BCE doit « se poser la question de la croissance économique en Europe et pas simplement de l’inflation ». En clair, Nicolas Sarkozy s’oppose à une hausse des taux d’intérêt dans la zone euro. La situation économique présente constitue un véritable défi politique pour Nicolas Sarkozy, ne serait-ce qu’au plan intérieur : la France est aux prises avec une forte hausse des prix d’achat, conséquence de l’envolée des prix des matières premières et de l’énergie.

    L’office européen des statistiques Eurostat prévoit une inflation annuelle de 4% en juin, soit un nouveau record depuis la création de la zone euro en 1999. Le précédent record a été établi en mai à 3,7%. Que fera la BCE : le scénario le plus prévisible est celui d’une augmentation de son principal taux d’intérêt directeur jusqu’à 4,25%, dans l’espoir de freiner l’accélération de l’inflation. La BCE a cherché, ces derniers mois, après la débandade financière des États-Unis (subprimes), à protéger le pouvoir d’achat de la monnaie européenne à l’intérieur de la zone euro.

    Des économistes chevronnés diront que, contrairement l’opinion du président Sarkozy, les coûts des matières premières, dont le pétrole, ont été mieux contrôlés pour les Européens que pour les États-Unis. Selon Howard Archer, économiste chez Global Insight, « même si une contraction de l’activité des services et de l’industrie dans la zone euro ne plaide pas en faveur d’un relèvement des taux de la BCE lors de sa réunion du 3 juillet, la balance semble néanmoins pencher en ce sens au vu de la nouvelle hausse des prix ».

    Comme le rapporte le Journal du Dimanche, un sondage BVA, réalisé pour Ouest France Dimanche, fait le point sur les inquiétudes des Français à l’égard de l’UE et sur ce qu’attendent les Français de ces six mois. « 33% des Français considèrent la construction européenne comme une "source de crainte", quand seuls 30% des sondés y voient une "source d’espoir". Quant aux 37% restants, ils n’y voient... ni l’un ni l’autre. Un mois avant le "non" irlandais au "mini-traité" européen, les Irlandais étaient 65 % à avoir une image positive de l’Union  », souligne Ouest France.

    Interrogés sur la capacité de l’UE à résoudre les grandes crises internationales, « seule celle de la flambée des prix des denrées alimentaires est aux yeux des Français (63%) dans les cordes de l’Union. Ils ne sont en revanche que 47% à lui faire confiance pour agir contre la hausse du prix du pétrole, 33% pour les conflits au Proche-Orient, et seulement 25% pour la crise tibétaine  ».

    Si je n’ai pas souligné le volet de la défense, la raison en est fort simple : le président n’a pas du tout évoqué dans le 19/20 de France 3 le renforcement de l’Europe de la défense, pourtant une de ses priorités. L’Express a posé cette question à Valery Giscard d’Estaing : « il n’y a donc pas aujourd’hui de grand dirigeant européen ? » Réponse : « Angela Merkel me paraît être un vrai leader politique en Europe ». Question : « Que manque-t-il à Nicolas Sarkozy ? » Réponse : « Vous connaissez ma règle personnelle : ne jamais émettre de jugement sur mes successeurs en exercice ».

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