• NGUYEN 96, ROY 60

    10 février 2008 | 8 commentaire(s) | 3 affichage(s)

    En fait, je citais La Presse qui nous annonçait que, dans le district de Montréal, l’an dernier, il est né plus de Nguyen (96) et de Patel (79) que de Roy (60), de Tremblay, de Gagnon ou d’enfants portant quelque autre patronyme québécois “de souche”.

    Si quelqu’un ne voit pas le lien, ça veut dire que dans une ou deux générations, à moins qu’on ait vidé le Saguenay-Lac-Saint-Jean dans un grand effort de concentration urbaine, il y aura nécessairement à Montréal plus de Nguyen et de Patel que de Roy, de Tremblay et de Gagnon. Soulignons que le nombre des Nguyen dépassera alors encore largement celui des Roy à Hanoi, et que tout indique que ce sont les Patel et non les Tremblay qui seront encore majoritaires à Bombay.

    Les Roy et les Tremblay ne seront donc plus majoritaires nulle part. Enfin, nulle part qui apparaisse comme un point sur une petite mappemonde. J’ai pris la nouvelle avec la sérénité qui convient à mon âge, comme le Marquis de Montcalm qui allait mourir “sans voir les Anglais dans Québec”. (Même si j’ai toujours pensé que notre divin Marquis à nous était plutôt soulagé de mourir sans devoir lire l’analyse de sa performance par les chroniqueurs dans les journaux du lendemain…)

    J’ai pris la nouvelle avec équanimité, car j’ai eu mon vrai choc culturel quant au résultat du match Nguyen-Roy il y a bien longtemps. En 1984, pour tout vous dire, quand au Tableau d’honneur de l’École St-Luc que fréquentait mon fils j’ai vu 15 noms vietnamiens : les trois (3) premiers de chaque classe, pour les Secondaires 1, 2, 3, 4, et 5. Trois fois 5 font 15. Quand on a vécu un blanchissage 15 -0 en éducation, on ne panique pas pour un 96-60 en démographie. Sauf que…

    Sauf qu’il faudrait arrêter de se tordre les mains, de se tirer dans le pied et, surtout, de se péter les bretelles sur le miracle de notre survivance et la valeur de notre culture québécoise. Il faut admettre que le Québec est devenu et deviendra de plus en plus un état multiethnique, que ceci arrivera que le Québec fasse ou non partie du Canada et même si l’immigration stoppait net demain matin. Il faut surtout admettre que ce n’est pas une catastrophe, mais une opportunité.

    Une opportunité de survivre comme culture et d’être encore en nombre suffisant pour assurer le développement de cette culture… si les Nguyen et les Patel se sentent aussi Québécois que les Roy et les Tremblay. Et ça, il n’en tient qu’à nous. Il n’en tient qu’à nous, je l’ai déjà dit*, de présenter pour nos immigrants un option valable d’assimilation. Assimiler à notre culture les Nguyen et les Patel - qui sont venus ici pour être assimilés, ne l’oublions pas. En faire des Québécois, comme les Johnson, les Benazra, les Foglia, les O’Leary sont devenus des Québécois

    Une nation ne survit pas par la seule transmission de ses patronymes mais par sa capacité à insuffler son âme. Je ne parle pas du “melting pot” américain ou argentin, mais de la France elle-même. Faites l’expérience de noter, à Paris, dans l’annuaire téléphonique ouvert au hasard, les patronymes qui ont une consonance “française” et les autres, allemands, italiens, algériens, juifs, espagnols, polonais, russes… Pourtant, les Français ne se sentent pas une minorité chex eux.

    Sacha Guitry disait “Être Parisien ce n’est pas naître à Paris, mais y renaître ; ce n’est pas y être mais EN être ; c’est une dignité.” Je voudrais que nous, Québécois, puissions aussi prétendre de façon crédible que c’est une dignité de devenir Québécois. Pas en nous appropriant des succès individuels - Céline Dion, le Cirque du Soleil, etc - mais en pouvant faire état de réalisations collectives. Réaliser de nouvelles Expo 67, de nouvelles Baie James… le potentiel est toujours là de le faire, à l’état larvaire dans cette solidarité entre Québécois qui renaît de temps en temps, durant la Crise du Verglas par exemple.

    Mais pour qu’on prenne la voie de la dignité, de la fierté tranquille qui justifie que les autres veuillent devenir NOUS, il ne faut pas reculer d’horreur quand le nombre des Nguyen augmente ; il faut plutôt se demander avec objectivité pourquoi il n’y a pas plus de Roy et de Tremblay avec les Nguyen aux Tableaux d’honneur des écoles. Changer notre système d’éducation et ce qui en découle.

    Il faut surtout faire en sorte que l’équilibre entre les autres et nous - à tous les Tableaux d’honneur, ceux des écoles mais aussi les autres - ne se rétablisse pas par le déclin souvent annoncé des Nguyen de deuxième génération au contact d’une culture de la facilité dont nous nous contentons trop souvent, mais par notre volonté de faire mieux tous ensemble.

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  • 8 commentaires

    • Catherine-Aimée Roy

    J’ai compris ! Je me met à faire des bébés à l’instant !

    Catherine-Aimée Roy

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    • J.F.William

    “En vérité, je serais étonné si, dans les circonstances, les plus réfléchis des Canadiens français entretenaient à présent l’espoir de conserver leur nationalité. Quelques efforts qu’ils fassent, ils est évident que l’assimilation aux usages anglais a déjà commencé.” - Lord Durham

    “Je ne crois pas qu’il soit injuste de rappeler aux Canadiens français qu’ils sont une race vaincue et que leurs droits sont des droits uniquement à cause de la tolérance de l’élément anglais, qui, tout respect dû à la minorité, doit être regardé comme la race dominante.” – Colonel Georges Drew

    Le multiculturalisme sauvage à la Trudeau accompli la basse œuvre de Durham et Drew. Le français se meurt déjà “coast to coast”. Les anciens irréductibles Québécois sont plus occupés à accommoder autrui qu’à se sauver de l’assimilation nord-américaine et canuck. La meute “analphabêtes” tombée victime du génocide culturel courrant prendra éventuellement le pouvoir. Le mindfuck est total et quasi-consommé…

    “Les peuples ne disparaissent pas parce qu’ils sont vaincus ou conquis, mais parce qu’ils se suicident.” – Albert Brie

    “L’indépendance, c’est le saut que doit faire le Québec hors de la “survivance” pour entrer dans l’existence normale…Sinon, ce qui nous attend, c’est l’extinction graduelle, avec tous les soubresauts de violence anarchique qui accompagnent l’agonie insensée d’un organisme bâti pour vivre.” –René Lévesque

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    • Demian West

    Y a encore quelques mecs que j’lis dans la blogosphère et Allard est parmi eux. Je fantasme pas mal sur sa période débat intime avec le Che dans l’époque mythique des mecs qui osaient encore…C’est plus aujourd’hui quoi ! puisque nowadays, même la blogosphère est lissée par le peigne magique des interdits…hi hi hi !

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    • Pierre JC Allard

    @Catherine-Aimée Roy : Bravo. Vous verrez, on peut même y trouver plaisir :-)). Moins contraignant, toutefois, il y a l’adoption des enfants. Si on encourageait l’adoption au lieu d’y mettre des obstacles, on aurait du “pur laine” tissé ailleurs, mais tricoté chez nous et, pour une culture, c’est ça qui compte.

    PJCA

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    • Pierre JC Allard

    @ J.F William. Dommage, mais n’est-ce pas vrai ? L’Histoire est une suite de “génocides”. Il n’y a (presque) plus d’Assyriens, les Grecs modernes ne gardent plus beaucoup de gênes doriens et achéens et ont l’air plus Turcs que les Circassiens aux yeux turquoise d’Antalya…. Et ou sont les gaulois d’antan… ? Quand le “génocide” est culturel,c’est que ça se passe bien.

    Si on ne veut pas être “génocidés” il faut avoir une culture forte et assimiler gentiment les autres. Le “suicide” du Québec, c’est une éducation de merde et un repli sur nous-mêmes qui favorise chez trop de Québécois l’atrophie des gonades et des neurones.

    PJCA

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    • Pierre JC Allard

    @ Demian West : Le monde est plein de gens qui osent encore. Le problème, c’est que l’individualiste débridé érigé en vertu - une maladie honteuse qui est la contribution de l’Amérique au déclin de l’Occident - ne suscite plus des Che Guevara, mais des Pablo Escobar. Pourquoi se tuer pour les autres et faire une révolution, quand on peut régler son propre problème en faisant dans le trafic de drogue ? Je croise tous les jours, au El Salvador, des Danton et des Mirabeau, des Guevara et des Garibaldi qui ont simplement évacué la composante altruiste et changent le monde… à leur profit. On ne réalise pas encore que c’est dans les gangs que se recyclent les éléments les plus dynamiques de la société… On aura un jour une grosse surprise.

    PJCA

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    • Demian West

    Ca j’veux bien l’croire et j’étudierais encore mieux ce commentaire qui dit plus qu’il dit…

     Vote: Add rating 0  Subtract rating 0   14:10, le Lundi 11 février 2008
    • lutopium

    Excellent article. Je suis entièrement d’accord avec votre texte et vos réponses. Ça va prendre du courage et de la détermination !

     Vote: Add rating 0  Subtract rating 0   20:10, le Lundi 11 février 2008

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