• Mourir ou ne pas mourir au Québec ?

    9 juillet 2006 | 4 commentaire(s) | 4 affichage(s)

    Le Québec m’a accueilli depuis 12 ans. En faisant des enquêtes avec mes étudiants de l’Uqam auprès des immigrants qui résident à Montréal, la question délicate du lieu d’enterrement démontrait le degré d’appartenance à une communauté. Où reposer pour l’éternité ?
    L’immigration choisie devrait évidemment conduire à vouloir finir ses jours définitivement dans le pays d’accueil. Pas si sûr…
    Je ne veux pas parler ici au nom de tous les immigrants et les cas de figures sont certes multiples et variés mais choisir un nouveau pays de son plein gré ne signifie pas qu’on le fasse pour les bonnes raisons ni de façon éclairée.

    Alors qu’en France, on vante le Québec et on le vend comme une destination miraculeuse à tout bout de champs, à l’usage, le portrait du Québec se teinte pour certains immigrants français de déception puis de désillusion et cela peut se terminer mal par même de la rancœur, comme dans l’article de février 2005, paru dans le journal Voir : Maudit Québec.

    Ainsi, bien des constats d’immigrants français sur ce bel espace québécois, tant désiré au départ et porteur de trop d’attentes, ressemblent à celui d’Alphajet sur le site décrié Immigrer-contact :

    - Système de santé honteux pour un pays qui se dit développé ;

    - Infrastructures en état de délabrement avancé ;

    - Lois sociales quasi inexistantes ;

    - Système politique privilégiant avant tout le bon fonctionnement de l’économie au détriment de tout le reste et, pour couronner le tout,

    - Des impôts dépassant tout ce que j’avais connu en France, un pays pourtant réputé pour la lourdeur de ses prélèvements.

    Si cela peut paraître exagéré, on ne peut toutefois pas nier le premier point. La maladie est un sujet extrêmement sensible pour les Français qui s’angoissent d’autant plus quand ils se sentent déracinés ici.

    Toutefois les citoyens du Québec, qu’ils soient pur-laines ou immigrants, reconnaissent et déplorent l’état tiers-mondiste de leur système de santé. J’en veux pour preuve un article et les commentaires faits sur Internet le 1er mai 2005 dans la rubrique Actuel sur le site du Journal La Presse de Montréal.

    Je vous laisse lire ces phrases publiées concernant les URGENCES :
    « Premier constat, les patients attendent encore trop longtemps sur les civières. La durée moyenne du séjour est de 15,9 heures dans les urgences du Québec. C’est quatre heures de trop, si l’on se fie aux objectifs fixés par le ministère de la Santé.

    Dans les pires cas, les patients passent une journée entière aux urgences. À l’Hôtel-Dieu du CHUM, à Montréal, la durée moyenne du séjour est de 28,2 heures. À l’Hôtel-Dieu de Sorel, les patients restent 29,7 heures aux urgences. »

    Donc vous avez bien lu : au Québec il serait normal et légal d’attendre 12 heures pour se faire traiter aux urgences. Rien que cette phrase me fait frémir car cette norme ne me semble pas digne d’un pays riche. Mais vous avez vu qu’à Montréal à l’hôpital universitaire on attend plus de 29 heures. Je vous rappelle que si vous émigrez vous serez probablement comme la majorité des immigrants (plus de 80%) sur l’Île de Montréal ou l’agglomération montréalaise. La moitié des résidents du Québec sont là aussi !

    Si bien que l’on peut lire, repris dans les colonnes d’Immigrer-Contact des commentaires de Québécois sortis de la Belle Province et qui connaissent les hôpitaux français dirent :

    J. Grenier
    Un des problèmes vient sans doute du fait qu’on ne se compare pas avec l’extérieur du Québec. Imaginez, au Québec, moins de 12 heures d’attente, ça mérite un “A” ! Dites ça aux Français et ils sortent dans la rue… Ex. : J’ai dû aller aux urgences à Paris il y a quelques années, près de Notre-Dame. J’ai attendu au plus vingt minutes avant d’être soigné. De plus, aucun patient n’attendait sur une civière depuis des heures. Et chez nous, moins de 12 heures d’attente, c’est une excellente performance !!!

    Bon, je vous convie à aller voir le palmarès des urgences du Québec :

    Bien sûr, quand on est jeune et qu’on a la santé toutes ces considérations sont sans importance. Mais je vous dirais que le problème est tellement criant qu’il touche tout le monde. Un commentaire sur le site du journal La presse est éloquent, ce jeune homme s’était cassé une jambe et il a dû attendre 32 heures pour qu’on s’occupe de son cas, est-ce admissible ?

    Et ce témoignage n’est-il encore plus convaincant ?

    Eva Dublin
    Mon fils (44 ans) est arrivé à l’urgence de la Cité de la Santé dimanche le 30 avril vers 13h00 pour douleur à la poitrine. Après avoir pris un numéro il a été appelé à son tour et l’infirmière lui a fait passer un électro. Puis plus rien. Il a rencontré le médecin qui commençait sa garde de 8h00 le 1er mai. Prise de sang etc. Il est rentré chez lui à 10h50. (Cela lui prend environ 20 minutes pour se rendre à la Cité). Environ 20h00 dans une salle d’attente pour voir un médecin. Vers la fin de la nuit lorsqu’un patient était appelé tous les autres criaient des bravos et applaudissaient. C’est au delà du réel. Ne me dites pas qu’ils ne peuvent pas avoir deux médecins et trois lorsque la situation l’oblige ?
    Il serait bon de faire une petite enquête ?


    Peut-on oser une comparaison ?

    Pendant que j’étais en France comme prof invitée, mon beau frère de 59 ans a pris une très forte douleur dans la poitrine alors qu’il faisait son jardin près de Bourg-en- Bresse, un mercredi après-midi. Il a tout de suite consulté son médecin de famille disponible dans son village qui l’a envoyé d’urgence à l’hôpital de Bourg en Bresse où on a confirmé le diagnostic d’une attaque cardiaque. Il fallait opérer d’urgence car c’était un rétrécissement coronarien. Comme l’hôpital de Bourg n’est pas équipé pour la microchirurgie, mon beau-frère a été immédiatement transféré en hélicoptère aux services spécialisés de Villeurbanne où il a été opéré sur le champ.
    Samedi matin il était de retour à Bourg pour les suivis post-opératoires. Non seulement tous les soins ont été prodigués avec compétence et célérité mais en plus tout a été pris en charge par la Sécurité sociale.

    Et bien, je vous avouerai que cela me fatigue de voir comment les Québécois et tous les citoyens du Québec sont traités face à la maladie. Je trouve réellement inhumaines ces conditions et surtout inacceptables pour un pays occidental.

    Vous savez, aimer un pays est un faux problème, on peut adorer un lieu, ses paysages et ses attraits festifs, mais face à l’incapacité d’une société à prendre en charge dignement ses malades, on est en droit de vouloir quitter ce pays.
    Je ne parle pas là pour les seuls immigrants mais aussi pour les Québécois pure-laine. Ils ne s’en privent plus d’ailleurs et j’ai découvert qu’ils avaient créé une page Internet avec Forum sur ce sujet : www.quitterlequebec.com

    Ils ne partent pas tous à l’étranger mais déjà dans les autres provinces car ils savent combien cet “ailleurs anglophone” n’est pas aussi terrible que leur susurrent leurs élites de tous bords depuis des lustres.

    Ainsi ce témoignage d’un mari québécois perplexe :

    Jacques
    Ma femme devait attendre 6 mois pour un test disponible a Montréal. A Timmins (Ontario) l’attente fut de moins d’une semaine. On nous demande de se présenter a midi afin de passer le test a 13h00. Imaginez, à 12h45, nous étions au restaurant et le test d’une durée de 30 minutes étaient fait. Un an plus tard, une voisine a vécu exactement la même expérience. Ne pourrions-nous pas gérer autrement ”

    Alors certains Français se posent ainsi le problème… je laisse la parole à un autre membre d’ Immigrer-contact,
    Micniatis :

    Qu’adviendra-t-il avec une maladie grave comme un cancer ? Vous prendrez vos cliques et vos claques pour rentrer en France et vous oublierez d’un seul coup vos weekends dans les Laurentides ou alors vous êtes prêts à rester et faire face au manque de moyens des hôpitaux et aux délais d’attente pour vous faire opérer ?
    Cela fait réfléchir…mais probablement uniquement si vous passez par là.

    Moi je lui réponds… Non, il n’y a pas obligation à passer par le pire pour réfléchir sur les manquements d’une société. Et si on a un minimum d’empathie on peut comprendre ce que souffrent nos congénères. En même temps, un Français possède un ultime avantage sur un Québécois, il peut retourner en France même après quinze ans passés hors de France. Il pourra transformer son passage au Canada en aventure qui l’aura probablement fait grandir. Écoutez ce qu’en dit Alphajet :

    Je réalise seulement maintenant que je n’ai rien fait pour changer la vie en France alors qu’elle ne me convenait pas. J’ai choisi la voie la plus facile : tout quitter. Il m’a fallu un choc culturel pour réaliser cela.
    Lorsque je reviendrai, que rapporterai-je ? Je rapporterai l’ouverture vers les autres que j’étais loin d’avoir il y a cinq ans, et une incroyable envie de dévorer l’Europe, mon pays si grand, si imposant par la diversité de ses cultures et de ses paysages.

    Et si je me posais la même question…quel serait mon choix ?

    1 étoile2 étoiles3 étoiles4 étoiles5 étoiles (Pas encore d'évaluation)
    Mots-clés :
  • 4 commentaires

    Bien sûr, tout n’est pas rose dans le milieu de la santé au Québec. Toutefois, je ne suis pas certain que l’on puisse se baser sur les cas extrêmes qui font la manchette pour en tirer des généralisations.

    Je ne prétends pas connaître très bien la situation, mais j’ai l’impression que ces cas sont bien souvent relatifs à des problèmes de santé qui ne sont pas urgents… des problèmes mineurs.

    Ayant dû fréquenter un établissement de santé assidûment l’année dernière, j’ai été grandement surpris de la promptitude et la cordialité des intervenants et de l’efficacité du processus. La situation réelle m’a semblé à des années lumières de celle décrite dans les médias.

     Vote: Add rating 0  Subtract rating 0   9:02, le Lundi 10 juillet 2006
    • Stéphane Guérin

    On peut également trouver des remèdes dans notre propre cour…

    Je devais passer un taco au début de l’été. Tous les hopitaux de la ville de Québec affichait 3 mois d’attente au minimum. J’avais donc le temps de crever 20 fois d’ici mon test !

    Je prends une chance, j’essaie l’hopîtal de Montmagny, à 45 minutes de Québec… J’ai mon rendez-vous le lendemain et mes résultats la semaine suivante.

    Le plus drôle : Un hopital de Québec m’appelle 2 semaines après que j’aie eu mes résultats pour m’offrir un rendez-vous en septembre…

    Ça m’a vraiment surpris. D’ailleurs après en avoir parlé aux infirmières de Montmagny, il semblerait que les gens de la ville préfèrent les hopîtaux de la ville. Et bien, tant pis pour eux !

    Depuis le temps, je l’ai suggéré à des connaissances et comme moi, ils ont eu leur rendez-vous en moins de 2.

    Qui a dit qu’on devait aller aux USA pour se faire bien soigner ? ;-)

     Vote: Add rating 0  Subtract rating 0   13:28, le Lundi 10 juillet 2006
    • LEKO

    Seul commentaire : c’est toujours plus beau chez le voisin.

     Vote: Add rating 0  Subtract rating 0   16:55, le Lundi 10 juillet 2006
    • bobtravers

    Travaillant en physiothérapie dans le réseeaud ela santé au Québec (en Cnetre de Jour), le principe est que c’est l’accès au service qui est déficient, pas la qualité des services… J’en ris parce que ca arrive de temps en temps, j’appelles des clients pour leur dire qu’il y a une place de libre pour recevoir des traitements de physio, et ces mêmes clients sont décédés depuis quelques mois…

    Ca vous donne une bonne idée pour ceux qui ne sont pas dans le bain du réseau de la santé au Québec !

     Vote: Add rating 0  Subtract rating 0   22:06, le Lundi 10 juillet 2006

    Laisser un commentaire

    Vous devez être connecté pour publier un commentaire.