• Mon expérience en immersion

    12 août 2008 | 0 commentaire(s) | 7 affichage(s)

    J’ai décidé que j’allais parler d’une des propositions qui fut apportée au congrès des Jeuness Libérales, soit celle d’offrir la 6e année obligatoirement en immersion en anglais ou français, afin de parfaire la maîtrise d’une langue seconde. Pourquoi ? Parce que j’ai changé d’école en 6e année pour bénéficier d’un de ces programmes. Veuillez noter qu’il a fallu un recomptage pour qu’un amendement visant à avoir tout le primaire enseigné en immersion soit refusé de justesse.

    Honnêtement, ce n’est pas présomptueux, mais je ne crois pas qu’un programme, comme celui dont j’ai bénéficié, ne soit à la portée de tout le monde. D’abord, 2 écoles proche de chez moi avaient des places en immersion, soit de la place pour 120 élèves dans tout l’est de la ville de Montréal, environ. À Notre-dame-du-Foyer, il fallait avoir un bulletin qui prouvait nos capacités académiques et une recommandation de la part de notre prof. de 5e année, qui attesterait que nous sommes capables de suivre un cour de ce genre.

    Car notre programme d’immersion avait une formule particulière ; en une demi-année, nous faisions l’équivalent d’un curriculum régulier dans toutes les matières pour un élève du primaire et, pendant l’autre demi-année, nous avions des classes en anglais uniquement qui facilitaient notre apprentissage. On ressortait chaque soir avec une pile de devoirs qui ressemblait à ce que j’avais en secondaire 4… Mais pour des enfants de 10 ans.

    C’est d’ailleurs pendant cette période que j’ai échoué mon premier examen à vie (un examen de géométrie - moi qui suis rendu étudiant en génie, j’ai toujours eu une relation amour/haine avec les maths). Au fil de l’année, je me suis repris, mais ça m’a surpris quand même.

    L’expérience a tout de même été enrichissante. À la fin de la 6e année, je parlais mieux anglais que mes parents. J’ai vu plus en 6e année dans ces cours d’anglais que presque tout ce que j’ai vu au secondaire. À la fin, d’ailleurs, on a passé l’examen d’anglais uniforme de secondaire 5 de l’année précédente, et j’ai obtenu 75% (la moyenne de la classe était de 70 environ). Et en plus, j’ai coulé plus d’examens (1) dans cette année que pendant 5 ans dans un collège privé au secondaire. Comme quoi on apprend de ses échecs.

    Alors pour avoir une bonne maîtrise de l’anglais, l’immersion fonctionne extrêmement bien. Par contre, il est clair que ce n’est pas tout le monde qui pourrait réussir un curriculum d’un an, compacté en une demi-année, d’où l’importance des sélections. Je ne crois pas, non plus, que les Jeunesses Libérales ne s’attendent à ce que ce soit le cas, et doivent probablement penser à une formule d’enseignement où certaines matières se donneraient en anglais (comme les maths, qui sont un ramassis de chiffres plutôt que de mots, par exemple).

    Un des problèmes est la terminologie propre au domaine. Par exemple, depuis que j’étudie à McGill, je connais certains termes techniques d’ingénieur bien particuliers que je ne peux pas donner en français (Tensile Strength, Modulus of Elasticity, Brittle Materials, Snow and Wind Loads, Dead and Live loads). Wikipedia m’aide pas mal pour les traductions, je dois l’avouer. De plus, la qualité de mon français a relativement diminué, mais j’essaie d’y faire de plus en plus d’efforts pour éviter mes fautes d’inattention. En portant une attention particulière, je m’y habitue.

    Ce que je veux dire, d’abord, c’est que même avec une formule différente, un enseignement par immersion est un choix qui rend plus difficile la réussite académique dans certaines matières, notamment le français, et peut entraîner des conséquences, comme la maîtrise de certaines matières dans une autre langue que le français.

    Le dernier problème est bien plus grave. Comment est-ce qu’on obtient une main d’oeuvre qualifiée pour enseigner adéquatement ces cours d’anglais ? Montréal a d’excellents professeurs d’anglais, mais je doute que les professeurs de Gatineau n’aient l’occasion de pratiquer fréquemment cette seconde langue. Donner des cours entièrement en anglais, ça demande d’être très à l’aise avec cette langue, et je ne suis pas sûr qu’une telle mesure ne soit bien accueillie par tous les enseignants de la province.

    Devant cette proposition, on voit que non seulement y aurait-il des conséquences graves sur la façon dont les jeunes apprennent (et pourrait même leur compliquer la tâche), mais aussi que cela pourrait présager des défis d’une complexité majeure.

    Cette idée est un peu comme l’idée farfelue de hausser et imposer les frais de scolarité ou d’inclure des mesures de recours contre les syndicats aux normes du travail (alors que ces mesures y figurent déjà), je crois que les Jeunesses Libérales ont donné un coup d’épée dans l’eau avec ces idées qui, à mon avis, étaient déconnectées de la réalité Québécoise. En fait, pour le cas de l’éducation en immersion, je me demande presque si cette mesure n’est pas un peu “Montréaliste”, et je ne dis pas cela souvent. Je crois que Montréal est une des seules régions où, au niveau logistique, il serait possible d’effectuer un tel type d’enseignement. Ailleurs au Québec, je crois que ce serait un peu irréaliste de penser que tout le monde peut donner son cour en anglais comme en français, et je dis cela avec un grand respect pour les professeurs en région. C’est plutôt qu’il n’était pas écrit dans leur tâche de travail qu’ils auraient à donner un cour de maths ou un cour de sciences en anglais.

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