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et des ex-pères !
Pour fonder mon propos, je me suis permis de rappeler d’abord par un court extrait le problème posé par la causalité dans les sciences du vivants. Ceux qui sont allergiques à la science peuvent allègrement cout-circuiter ce passage.
“Les rôles de l’inné et de l’acquis dans la réalisation d’un trait peuvent être comparés à ceux de la grammaire et du vocabulaire dans la signification d’une phrase. “Le chat mange la souris” n’a de sens que si je comprends les mots “chat”, “souris”, “mange” et si je connais la règle attribuant le rôle d’acteur au substantif précédant le verbe, le rôle d’objet à celui qui le suit. La règle sans les mots est muette, les mots sans la règle sont sans portée. Qui aurait l’idée de mesurer les importances relatives de l’une et des autres ? De même, les gènes isolés sont muets ; les apports du milieu sans les gènes sont aussi muets. On devrait donc en toute logique ne plus évoquer le problème de “l’inné et de l’acquis”. Mais nous sommes ici dans un domaine où les dogmes sont infiniment plus puissants que la logique. Nous devons nous attendre à lire encore fréquemment des affirmations péremptoires attribuant aux gènes une part dans le déterminisme de l’intelligence, 80% étant le nombre le plus souvent cité. Il serait relativement facile d’argumenter à propos de telles affirmations si le nombre proposé était simplement faux ; si la réalité était 30% ou 90%, un accord finirait par être trouvé. Mais ce nombre n’est pas faux, il est absurde. Si un interlocuteur m’affirmait que la lune se trouve à 500 000 kilomètres de la terre, je lui dirais que son chiffre me paraît faux, et nous reportant aux sources, nous nous mettrions d’accord sur la distance indiquée par une quelconque encyclopédie. Mais s’il prétendait que la lune est à 10 000 tonnes de la terre, je ne pourrais que marquer mon désaccord sans être capable de proposer un autre nombre. Il ne s’agit plus d’inexactitude, mais de non-sens. L’expérience prouve qu’il est malheureusement beaucoup plus difficile de lutter contre un non-sens que contre une erreur.” Extrait de “Au Péril de la Science”. Albert Jacquard
Même si la science vous rebute, et surtout si c’est le cas, dites-vous que c’est bien de cela qu’il s’agit ici : voir comment distinguer dans les propos des experts ce qui appartient à la science et au mythe scientifique. Il est temps en effet de cesser de se passionner pour ou contre les considérations d’ex-pères sur les plateaux télévisés à propos de la ou des causes des événements. Pour quelques comportements à cause identifiable, comme la mucoviscidose, parfois curables, comme le diabète, la plupart des événements, individuels et sociaux sont multifactoriels. Les discussions à propos des causes ne mettent en valeur que l’horizon de conscience plus ou moins étendu des ratiocineurs de service, bien souvent triés sur le tas pour dire naïvement ce que les pouvoirs veulent entendre. Ne faites donc jamais confiance à ceux qui vendent leur âme au diable, en prétendant qu’ils connaissent la cause ou de manière plus perverse encore, les causes, qui sont évidemment toujours plus complexes que cela. Le vase déborde à la dernière des myriades de gouttes qui l’ont rempli. Quel que soit le nombre de causes qu’un ex-père prétend connaître, il ne peut en aucun cas vous être utile. Pour paraphraser le texte de Jacquard, son rôle de scientifique est en réalité de vous apporter non les mots (les maux), ce sont les vôtres, mais les règles nécessaires pour en faire bon usage, leur donner sens et solution. La science en effet ne cherche que les lois de la nature pour mieux la maîtriser technologiquement. Leur bon usage dépend du but de leur utilisateur. Les ex-pères n’ont d’autre but que vous maîtriser en prétendant savoir mieux que vous pourquoi vous souffrez et ce qui est bon pour vous. Ils se comportent comme de mauvaises mères, “ex-pères”. En éludant la question du “pour quoi”, ils vous privent de votre avenir en vous complexant de leur complexe de Colomb. Personne ne sait mieux que vous le but de ce que vous avez tenté. Le manque d’efficacité est toujours relatif à de l’inconscience à propos de l’importance des facteurs mis en œuvre et /ou de leur bon timing. Une recherche avec un spécialiste expérimenté peut alors vous faire gagner du temps. Sans garantie, car il ne connaît sans doute pas toutes les règles, un certain nombre d’entre elles n’étant pas encore découvertes. Mais vous pouvez les chercher avec lui ou changer d’expert, ce qu’il acceptera sans état d’âme s’il est vraiment animé par un esprit de service. Qui cherche (à aimer, à être efficace), trouve ! L’intention crée. Cette recherche est en elle-même un gage d’amour, qui suffit souvent à donner la force de durer dans l’épreuve.
“Un médecin, disait-on, ça se consulte” : il donne des conseils. Un expert qui vous juge, refuse de s’expliquer et/ou qui se fâche si vous n’avez pas suivi son “traitement” est un mauvais expert. Ne lui mentez donc pas : au plus vite vous vous confronterez à sa réaction, au plus vite vous saurez si vous pouvez lui faire confiance. Ce sera la meilleure garantie de la véritable aide qu’il peut vous apporter.
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