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Le temps n’est pas linéaire !
Il ne reste, dit-on, aux sciences humaines de notre époque que d’avoir à se mettre d’accord sur un petit problème : l’être humain est-il libre ou déterminé ?
Au début du XXème siècle, il ne restait aussi en physique qu’à se mettre d’accord sur un petit problème, l’effet photoélectrique…La lumière se comporte-t-elle comme une onde ou comme des corpuscules ? Ce fut une révolution d’avoir à admettre que la lumière se comporte à la fois comme une onde et comme des corpuscules. La seule manière de modéliser scientifiquement cette réalité expérimentale était de remettre en question les croyances sur le temps et de l’admettre comme une variable. La réponse à la toute petite dernière question de la physique du XIXème siècle ouvrait une porte sur un domaine qui n’a pas fini d’être exploré, celui de la relativité et toute la mécanique quantique auxquelles nous devons la plupart des progrès technologiques de notre temps, des centrales électriques aux GSM.
L’art de faire de la science est avant tout celui de se poser de bonnes questions. Le débat qui concerne “liberté ou déterminisme” porte sur le “ou” ; il doit être remplacé par “et”. Pourquoi ne pas accepter que l’être humain soit à la fois libre et déterminé ? N’est-ce pas deux observations concurrentes de l’expérience commune ? Mais pour cela, il va nous falloir changer dans nos esprits les croyances collectives sur le temps du temps. Nous croyons que le temps est constitué de la ligne des causes et des effets : on l’appelle “linéaire”. Il existe une autre forme de temps, le temps en diabolo, dont le présent est le point foyer, appelé en mathématique le point de dégénérescence. Quand on regarde le temps vers le passé, on voit qu’il ressemble à un cône de possibles qui se sont réduits en un présent. Quand par contre on regarde de temps vers le futur, on voit qu’il est aussi un cône de possibles différents en fonction de chaque présent.
Le point de vue sur la liberté n’est en effet pas le même si vous la voyez de l’intérieur, sur vous-mêmes ou vers le passé ou de l’extérieur, sur les autres ou vers l’avenir. Les déterminismes sont évidents : on ne peut pas faire n’importe quoi ; il faut respecter les lois de la nature et les règles de l’art si on veut construire quoi que ce soit. Toutes les théories scientifiques sont déterministes ! Forcément, puisque ce sont justement ces déterminismes qu’elles cherchent pour les couler en force de loi de la nature humaine. Il y a aujourd’hui pourtant des connaissances très scientifiques sur ce qu’on appelle les structures dissipatives. Un Belge, le professeur Prigogine a eu le prix Nobel pour cette découverte : il explique, tout simplement si l’on peut dire, qu’un système, s’il s’écarte dans une certaine mesure et dans certaines conditions de son équilibre, s’il s’éloigne un peu de son équilibre “naturel” passif, défensif, peut “bifurquer”, c’est-à-dire sortir de la causalité univoque. Il n’y a pas alors une cause et un effet ; il y a plusieurs effets possibles. C’est comme cela que tout le règne du vivant s’est construit dans sa complexité progressive. C’est toujours “pour” s’adapter à des conditions “provocantes”, “menaçantes” pour sa survie qu’il a toujours répondu dans le sens d’augmenter sa complexité et ses interdépendances internes comme externes.
Pour bien concevoir le temps non linéaire, il faut s’en référer à l’image du train et du réseau de chemin de fer. La construction du réseau et son usage dépend exclusivement de nous, du sens que nous donnons à notre vie, mais aussi du champ des possibles de chacun. “À l’impossible, nul n’est tenu” dit le dicton, mais à l’intérieur du champ des possibles, il est possible à chaque “présent”de répondre par différents choix. Tout l’art de vivre le présent consiste à trouver comment ne pas devenir un vieux chiant aigri.
Dans le modèle du temps linéaire, qui se construit de causes et d’effets, on propose de remonter à la cause du mal et de le supprimer en la supprimant. De fil en aiguille, on en viendrait à penser qu’il faudrait supprimer les êtres humains, ce qui est absurde.
Le modèle de temps en diabolo permet de chercher de bonnes solutions aux confrontations et aux frustrations inévitables dans chacune de nos vies. En pensant le présent comme le point central du diabolo, comme le moins mauvais compromis que la nature ait trouvé pour ménager ses équilibres y compris le potentiel de son futur, la question devient seulement : “qu’est-ce que je fais ensuite ? Quelle réponse est-ce que je donne au futur à un passé définitivement révolu ?”. Il est possible ainsi de réconcilier déterminisme et liberté si on accepte que ni nous-mêmes, ni les autres ne sont “libres” tout le temps, que ce qui sort de la boite est toujours le moins mauvais quelles qu’en soient les apparences. La liberté n’est qu’à certains moments de l’existence, quand il n’y a qu’un choix possible entre un mauvais choix et un très mauvais choix, pas quand il y a un bon choix, auquel cas ce serait bien idiot de ne pas l’avoir “décidé”.
L’exercice à faire n’est plus celui de chercher “la” cause et se disputer entre ex-pères, mais d’enquêter sur le “bon” but de l’événement. Si un crime a eu lieu par exemple, il est avant tout la résultante d’un enchevêtrement de mauvaises décisions successives qui ne se sont jamais amendées ; il n’y a pas d’orage s’il n’y a pas eu, avant, accumulation de nuages. Marc Dutroux et la civilisation qui a produit un tel monstre sont co-responsables des crimes de cet homme. Si Marc Dutroux doit payer les conséquences de ses actes afin de réfléchir à de meilleurs moyens de s’équilibrer, la civilisation doit aussi savoir s’interroger sur le type de crimes que son idéologie favorise. Ce futur que nous ne connaissons pas, on peut l’inférer, comme en faisant une enquête policière. On n’a pas de film du criminel en train de tuer le cadavre et le cadavre ne dit plus rien. Mais si on procède par recoupement d’indices, on peut arriver la plupart des cas à une certitude, même s’il y a eu et il y aura des erreurs judiciaires, qui elles aussi doivent être considérées comme le destin. En raisonnant de cette manière, il est possible pour chacun, chaque groupe, chaque Etat, et même au “monde”, de savoir ce qu’il a vraiment voulu de positif dans les pires conneries qu’il aura pu avoir faites, ce qui a été voulu par l”écosystème dans les pires traumatismes qu’on ait subis du système, et puis, en en modifiant les moyens, y accéder. Comme un chêne qui s’efforce de grandir sans savoir ce qu’il va devenir comme chêne et porter comme fruit, chaque système s’efforce à travers les faits divers qui le caractérisent. Ce dont on peut être certain, c’est que jamais un chêne ne deviendra un mouton, et que donc chaque système ne peut trouver son accomplissement qu’en étant devenu lui-même selon la nature de ses chromosomes, de son potentiel génétique. Il y a un appel dans chaque système à se réaliser selon sa nature et porter du fruit ; c’est sur cela qu’il convient d’enquêter, pour devenir vraiment “libre”, prendre sa vie et son destin en main, plutôt que de la subir au nom de toutes les causes bien réelles de notre passivité fataliste. A chaque “moment”, de notre histoire, il est possible de trouver ce “pour quoi” de nos oui et de nos non du passé et décider, en rectifiant le mode d’emploi, de devenir “efficaces”. Il faut pour cela avoir d’abord pris conscience de nos buts POSITIFS. La liberté n’existe que dans la capacité de saisir les opportunités, quand elles passent, comme des aiguillages. Il faut s’y être préparé, car commencer à réfléchir quand on est sur l’aiguillage, c’est trop tard ! Ce n’est pas quand on est sur l’aiguillage qu’il faut réfléchir au sens de sa vie. C’est dans les longues périodes où on a l’impression d’être sur des rails qu’il faut préparer l’état d’esprit, le sens que devront avoir les futures décisions. Une “bonne” décision se mesure uniquement à son résultat “bon”. Quand les résultats ne sont pas “bons”, ils peuvent être sacrifiés sur l’autel de notre toute puissance pour récupérer une colère “légitime” dont il faut faire le deuil en la transformant en remise en question des moyens. La mauvaise gestion de la colère ne peut se terminer qu’en délinquance ou retournement contre soi sous la forme de toutes les maladies.
La liberté existe, mais elle est celle de décider de prendre conscience, dans un processus alternatif : de longues périodes exploratoires, et de courtes périodes décisionnelles qu’il convient de ne pas rater sous peine de se trouver, dans une tension de plus en plus désagréable, à une distance croissante de son destin, de son appel à être devenu soi envers et contre tout. Se réconcilier avec le concept de “destinée” est en effet le prix à payer pour réconcilier liberté et déterminisme. Cette manière de penser permet d’en finir avec la culpabilité et de renouer avec celui de responsabilité et restaurant le droit au péché, qui signifie en grec “erreur suite à un essai”, si chacun accepte d’en payer les conséquences lui-même, en adulte.
Je suis sans doute le seul à pouvoir mesurer les conséquences politiques et sociologiques gigantesques d’une telle révolution des mentalités. La survie de notre humanité est à ce prix ; je le crois et je le professe comme une croix à porter : aucune décision n’est “bonne” si elle n’ articule pas le vertical avec l’horizontal, l’ambition et les intérêts relationnels de chacun. ( Voir : les trois théories synthétiques dans les appendices de cette page) La Liberté est le compromis entre MA liberté, Ta liberté, et la Liberté du reste, le tiers, l’environnement, l’écosystème qui défendent légitimement leurs intérêts.
/BOUCLE_video>POST-SCRIPTUM : “Le mode de pensée qui a généré un problème ne peut être celui qui va le résoudre”. Albert Einstein.

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