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    Les réseaux sociaux sur Internet sont-ils au service de la cohésion sociale ?

    le 1er avril 2008 | 693 visites | 3.30 / 5 | 3 commentaire(s)

    La version originale de cet article a été publiée à cet endroit.

    Les réseaux sociaux sur Internet sont-ils au service de la cohésion sociale ?
    photo : luc legay (Flickr)

    Les bandes de jeunes les utilisent. Les agences de communication conseillent aux entreprises d’écouter leur clientèle au travers de ceux-ci. Tellement prisés par de nombreux utilisateurs, ils sont considérés par quelques entreprises comme des pertes de temps ce qui incite plusieurs employeurs à en empêcher l’accès sur les heures de travail. Mais ils sont en train de devenir des incontournables leviers identitaires au point où ces sites sont parmi les plus fréquentés sur la Toile. Il est question ici des sites de réseaux sociaux.

    À chaque continent ses préférences : les bebo, MySpace, Skyblog, Facebook, Netlog, etc. de ce monde changent la donne en matière de réseautage social. Depuis que la possibilité de produire du contenu (texte, image, vidéo) facilement sur le Web a explosé, les sites où il est possible de bâtir des liens et d’interagir sans jamais se trouver au même moment au même endroit foisonnent. Même les plates-formes de contenus générés par les utilisateurs possèdent maintenant leur composante sociale ; celles axées sur le vidéo connaissent les plus belles progressions. En cette fin de février 2008, un magazine en ligne québécois titrait qu’il y aurait « bientôt 75 millions de clips sur YouTube » !

    La question de l’utilisation des sites de réseaux sociaux posant de moins en moins de doute, il demeure que le sens à donner à toutes ces fréquentations Web vaut bien quelques réflexions, étant donné que toutes les statistiques paraissant sur les catégories d’utilisateurs font une belle place aux « jeunes » de moins de trente-cinq ans. Il y a fort à parier que « les relations » construites par ces personnes risquent d’être influencées par ces nouveaux moyens de correspondre et d’interagir… et qu’elles risquent d’influencer, pour quelques années du moins, la cohésion sociale.

    Le cœur de la problématique semble toucher la construction de l’identité, quête existentielle chez les jeunes et repère précieux pour ceux qui à l’âge adulte veulent projeter une image la plus proche possible de ce qu’ils savent d’eux-mêmes. Certains individus allant même jusqu’à profiter des moyens virtuels pour s’affranchir de celle qui leur pèse sur les épaules dans le quotidien réel de la vie de tous les jours.

    Dans un article paru récemment sur « Internetactu.net », une certaine “théorie du signal” serait invoquée pour aider chacun à s’y retrouver :

    « L’idée de cette théorie est que nous ne pouvons jamais savoir avec certitude si les informations qu’affichent les personnes sont vraies ou fausses, mais que nous pouvons en revanche nous fier à des signaux qui indiquent avec plus ou moins de fiabilité la présence de la qualité revendiquée. »

    Les sites de réseaux sociaux auraient donc le potentiel « d’ajouter de la confiance à des liens faibles »* en agissant comme des « révélateurs viraux ». Pour qui veut bien croire que tout ce qui facilite les échanges est un progrès et constitue un signe d’avancement de nos sociétés, la valeur ajoutée des informations contenues dans ces « hauts lieux » prend beaucoup d’importance.

    J’assistais récemment à une conférence où l’auteur du best-seller américain « The Wisdom of Crowds » vantait la sagesse des foules à condition que trois ingrédients soient présents au sein d’un groupe :

    • L’indépendance des opinions
    • La diversité des acteurs
    • Le fait qu’il existe des processus d’agrégation

    Pourrait-on postuler que les sites de réseaux sociaux agissent en tant que levier favorisant la cohésion sociale partant du principe qu’ils agrègent les données fournies de façon libre et volontaire par les utilisateurs dans une relative diversité, si on tient compte d’une certaine fracture numérique non encore résolue ? Surowiecki ajoutait dans son allocution que le comportement individualiste dans les « foules intelligentes » était garant de meilleurs résultats qu’une tendance au conformisme qui rend les groupes trop homogènes « vulnérables » quand vient le temps de bien prédire la direction à prendre ou le comportement à adopter.

    L’utilisation massive des réseaux sociaux est jeune et il serait bien présomptueux de garantir que leur utilisation augmente à coup sûr la cohésion sociale. Au mieux, peut-on affirmer que ce genre de sites nous apprenne des choses sur des gens qui peuvent servir dans nos rapports avec eux. Dans un document qu’il prépare actuellement dans le cadre du « SAP Global Survey Report », Shel Israel nomme quelques découvertes qui l’animent beaucoup au sujet des réseaux sociaux . Une d’entre elles me paraît être pertinente en terminant cet article (traduction libre de Michelle Blanc) :

    « Étant donné que la géographie est de moins en moins une barrière à la communication « pair-à-pair », les différences culturelles s’amoindrissent. Il y a de plus en plus d’indications de l’émergence d’un creuset culturel mondial à long terme. Cependant, à court terme, la langue et la culture d’origine demeureront importantes et devront s’inscrire dans toutes stratégies communicationnelles. »

    Y a-t-il un meilleur facteur de cohésion sociale que l’abaissement des barrières qui nous empêche de mieux nous comprendre et d’interagir ?

    POST-SCRIPTUM : * Cette citation issue de l’article précédent serait attribuée à Judith Donath du MIT Media Lab à partir de la lecture de cet autre article, « Signals in Social Supernets ».
    Publie.ca!
    Mots-clés : Société , Économie et Technologie

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  • 3 COMMENTAIRE(S) | Répondre à cet article

    Complément d’information sous un autre angle chez Les Explorateurs du Web : « Est-ce que les réseaux sociaux détruisent les relations "offline" ? »

    1er avril 2008 | répondre | permalien
    • Gilles

    À mon avis Facebook connaît le succès justement parce que les jeunes n’ont pas appris à nouer des relations sociales ; je ne parle pas de prendre le thé en tenant sa tasse le petit doigt relevé, ou un scotch adossé à la cheminée du salon nécessairement, quoique… Bref, chez les humains tout est apprentissage, et si on n’a pas appris, on improvise (si le besoin existe, on le comble comme on peut).

    1er avril 2008 | répondre | permalien

    Mario

    Je suis fasciné par un aspect de ces nouveaux réseaux sociaux - et vous en avez touché un mot -, cette géographie qui est de moins en moins une barrière à la communication « pair-à-pair ». Nous étions fascinés, à une certaine époque, par la vision d’un McLuhan qui prédisait son grand village planétaire. Incroyable comme tout évolue rapidement. Si se faire des amis, développer des contacts et se créer un réseau distinct pouvaient mener vers une formidable connaissance de l’autre, nous aurions avancé de quelques pas dans le magma de l’humanité.

    Pierre R. Chantelois

    2 avril 2008 | répondre | permalien

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