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    Les motivations canadiennes et l’Afghanistan

    le 2 avril 2008 | 420 visites | 3.08 / 5 | 0 commentaire(s)
    Les motivations canadiennes et l'Afghanistan
    photo : soldiersmediacenter (Flickr)

    Au cours du XXe siècle, plusieurs évènements ont marqué un tournant au niveau de la diplomatie internationale, que l’on songe aux guerres, crises économiques et développements technologiques. Le XXIe siècle, pour sa part, n’aura pas à se faire vieux avant de voir s’opérer des changements drastiques de la politique internationale.

    En effet, les attaques perpétrées contre les tours jumelles du World Trade Center en 2001 poussent le gouvernement américain, superpuissance mondiale, à réorienter et à réorganiser ses politiques en matière de relations internationales. C’est ainsi que, quelques semaines après les attentats, l’armée américaine perpétue sa première opération liée à la guerre au terrorisme en bombardant l’Afghanistan, soupçonnée d’offrir refuge à Ousama Ben Laden, cerveau des opérations du 11 septembre 2001.

    Depuis ce temps, certains pays membres de l’OTAN ont pris sur eux la responsabilité d’occuper le territoire afghan afin de contrer les rebelles islamistes qui tentent de prendre la tête du pays, mais également pour assurer le maintien de la paix et l’instauration d’une démocratie.

    Au nombre de ces pays, on compte le Canada, qui, depuis 2002, assure la plus grande partie des opérations, en plus d’occuper la zone la plus dangereuse de cette contrée montagneuse. Comme il en a été le cas pour les deux grands conflits mondiaux, les débats font rage à l’Assemblée nationale, notamment en ce qui a trait à la nécessité pour les troupes canadiennes de se trouver en territoire étranger. Cette réalité a été encore plus tangible au cours des derniers mois et le sera probablement encore plus à l’annonce des prochaines élections. Nous en venons donc à nous questionner à propos de plusieurs facettes de cette guerre.

    Il existe plusieurs façons d’analyser les motifs canadiens d’implication dans le conflit en Afghanistan. En effet, les opinions divergent quant aux réels motifs qui ont poussé le gouvernement canadien à s’investir dans l’opération afghane. D’abord, certains affirmeront que le Canada a été et est contraint de participer à la guerre en Afghanistan par les Américains.

    Il existe également des analyses plus théoriques qui soutiennent des causes telles que les traditions impériales, l’internationalisme et la volonté du Canada de passer d’une puissance moyenne à une grande puissance. Enfin, on soulignera également l’importance, pour le Canada, d’avoir un pied en sol afghan, position statégique d’influence.

    D’entrée de jeu, il faut comprendre que le Canada, géographiquement parlant, est plutôt isolé du reste du monde. On doit donc considérer que « les rapports de puissance les plus importants pour le Canada sont ceux qu’il entretient avec les États-Unis [...] en raison des impératifs imposés par leur proximité et leur structure économique »[1] . Ainsi, face aux Américains, le Canada doit compter plusieurs désavantages, surtout d’ordre économique, militaire et culturel. Jusqu’à un certain point, le Canada est dépendant des États-Unis. Dans les dernières années, plusieurs désaccords ont eu lieu concernant le refus canadien d’appuyer ses voisins du sud dans les dossiers de l’Irak et du bouclier antimissile. Certains affirmeront donc que c’est pour rétablir des liens plus amicaux avec l’administration américaine que le Canada a décidé de s’impliquer en Afghanistan. Les rapports diplomatiques et surtout économiques en dépendaient. Il est donc, d’une certaine façon, sensé de croire que le Canada a participé et participe toujours aux opérations militaires en Afghanistan parce qu’il y a été contraint par les États-Unis.

    Par ailleurs, il existe d’autres hypothèses quant aux motivations qui se cachent derrière la présence des Forces armées canadiennes dans ce conflit qui ne les concerne pas. C’est dans le but d’éclaircir la situation que Yves Couture, professeur au Département de sciences politiques à l’UQAM, signe un texte sur la tradition impérialiste canadienne. Dans un premier temps, il affirme que « quiconque connaît l’histoire canadienne sait à quel point la référence impériale y a joué un rôle décisif pour justifier l’apport canadien aux entreprises impérialistes britanniques. Et quoique révolue sous sa forme ancienne, cette époque a laissé des traces profondes »[2]. En fait, son postulat se résume à démontrer que pendant la majeure partie de son existence, le Canada devait se soumettre à des règles établies par l’Angleterre et que cela lui a permis de s’illustrer sur la scène internationale, notamment à travers la guerre des Boers, la Première Guerre mondiale et la Deuxième Guerre mondiale. De plus, « c’est parce que nous devions défendre l’Angleterre que nous aurions alors émergé sous les projecteurs de l’histoire, avec un profil de plus en plus autonome »[3].

    Même si le Canada obtient le statut de Westminster en 1931, ce n’est qu’à la suite du second conflit mondial et du déclin de la mère patrie que le lien impérial perd tout son sens. Toutefois, il ne se passera pas beaucoup d’années avant que le Canada se retourne vers les États-Unis, pour, en quelque sorte, compenser la perte de l’Angleterre. Bien qu’il ne puisse pas affirmer que le lien qui unit le Canada et les États-Unis est de nature impériale, Yves Couture consent que plusieurs caractéristiques sont semblables. Il soutient que sous l’influence des Américains, les Canadiens pouvaient « accéder à un rôle international non seulement comme puissance moyenne, mais bien comme coparticipant à la première puissance mondiale »[4]. Enfin, c’est grâce aux traditions impériales canadiennes que le Canada pourrait, en quelque sorte, s’affirmer comme l’égal des États-Unis et avoir le sentiment qu’il participe aussi, à sa mesure, à l’évolution de l’ordre mondial[5].

    Subséquemment, le Canada manifeste une réalité bien claire dans l’application de sa politique étrangère : l’internationalisme. Cette tendance représente « un corpus doctrinal qui suppose une attitude active face aux conflits internationaux et un engagement déterminé dans les organisations chargées de maintenir la paix »[6]. Il faut également préciser que l’on retrouve principalement l’approche internationaliste dans les pays qui ont d’importants intérêts au niveau international, mais dont les moyens et ressources sont insuffisants pour en faire la promotion. Le Canada, étant une puissance moyenne, a avantage à baser sa politique étrangère sur l’alliance avec d’autres puissances afin d’obtenir ce qu’il veut. D’ailleurs, depuis quelques années, on observe un rééquilibrage de la politique étrangère canadienne, notamment engendré par l’apport du gouvernement conservateur du premier ministre Harper. En fait, on priorise de plus en plus les arguments sécuritaires et on prône désormais un rôle militaire accru du Canada.

    Du moins, est-on fier du rôle musclé que joue désormais l’armée canadienne en Afghanistan. Car c’est là l’essentiel : renouer avec la tradition interventionniste qui, estime-t-on, avait fait la grandeur du Canada. Et si cette grandeur se paye du sang de nos soldats, et bien c’est là le prix du devoir. Et si cela signifie notre participation au destin impérial des États-Unis, so be it : refuserons-nous la chance de compter vraiment dans le combat pour les valeurs occidentales ? [7]

    De plus, les principaux préceptes internationalistes sont la justice, la démocratie et la liberté. Au nombre des éléments qui caractérisent cette politique, on dénote que chaque État doit éviter la guerre et jouer un rôle constructif dans la gestion des conflits[8]. De toute évidence, c’est exactement ce que fait le Canada en Afghanistan. Bref, puisque le sort d’un État dépend de l’ensemble du système international, l’implication du Canada dans le conflit afghan permet à celui-ci de se donner une certaine visibilité au sein de la communauté internationale.

    Ensuite, si nous souhaitons cerner davantage les motifs reliés à l’implication canadienne en Afghanistan, il est primordial d’évaluer la place que le Canada occupe sur l’échiquier mondial. Puissance moyenne, à l’ombre des États-Unis, le Canada souhaiterait peut-être devenir plus influent au niveau international. En tous les cas, c’est ce que semble vouloir démontrer le gouvernement Harper avec les changements qu’il opère, notamment au niveau militaire. Ainsi, on aimerait faire passer le Canada d’une puissance moyenne à une grande puissance.

    La troisième motivation réside dans le désir d’accroître l’influence internationale du Canada et de lui conférer une voix dans certains forums de négociation internationaux. Pour reprendre la formule consacrée, les Forces canadiennes constituent un ‘laissez-passer’ qui permet au gouvernement de ‘s’asseoir à la table’. Par exemple, c’st parce qu’il entretenait des troupes en Europe (dans le cadre de l’OTAN) que le Canada est devenu membre de la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe (CSCE) et qu’il a pu participer aux négociations sur la réduction des formes conventionnelles dans cette région. [9]

    Effectivement, la participation du Canada au conflit en Afghanistan fournit un bon argument pour qu’on lui confère une plus grande place dans les discussions internationales. Afin de renforcer cette prémisse, l’historien Jack Granatstein affirme que « le Canada, grâce à son effort de guerre, aurait agi à la table des grands dans la réorganisation du monde »[10]. Tout compte fait, il devient de plus en plus perceptible que le Canada désire quitter son statut de puissance moyenne afin de devenir une grande puissance. Seulement, rien ne dit qu’il a réellement les moyens de le faire, du moins, dans l’immédiat.

    Puis, bien qu’on ne le crie pas sur tous les toits, le Canada est également en Afghanistan pour la position stratégique et l’influence que cela lui profère. Tout comme les États-Unis, le Canada voit en l’Afghanistan une occasion en or d’amasser des profits importants. Le fait d’être posté en sol afghan permettrait au Canada d’avoir quelques avantages commerciaux avec certains pays voisins. Par exemple, on pourrait s’intéresser au gaz du Turkménistan, au pétrole de la mère Caspienne, à l’or de l’Ouzbékistan ainsi qu’au coton du Kirghisztan[11].

    L’Afghanistan occupe une place stratégique importante sur l’échiquier international. Le contrôle de l’Afghanistan permettrait et permet toujours de jouer un rôle actif majeur, directement ou indirectement, politiquement, militairement et économiquement en Asie centrale, en Iran, au Pakistan et en Chine. Étant donné cette place stratégique importante de l’Afghanistan au cœur de l’Asie, aucun pays ambitieux voulant jouer un rôle actif sur la scène internationale n’a pu et ne peut rester indifférent à l’égard de l’Afghanistan. [12]

    Tout bien considéré, on dénote cinq causes et motivations qui peuvent expliquer la présence des Forces armées canadiennes dans la guerre qui sévit en Afghanistan. Certains affirmeront que les rapports diplomatiques et économiques entre le Canada et les États-Unis en dépendaient, tandis que d’autres appuieront l’idée selon laquelle la tradition impérialiste canadienne influence toujours les alliances stratégiques de ce pays. Puis, il faut également considérer l’impact des préceptes de l’internationalisme qui régissent la politique étrangère, en plus du désir canadien de passer d’une puissance moyenne à une puissance d’envergure. Enfin, on ne peut nier l’importance de l’emplacement stratégique que représente l’Afghanistan en terme d’approvisionnement en matières premières et de zone d’influence commerciale. Il reste toujours à considérer si, malgré tous ces motifs, il est réellement légitime pour le Canada de se trouver en Afghanistan et jusqu’à quel point on peut qualifier cette mission de « réalisable ».

    Sources :
     [1] Kim Richard Nossal, Stéphane Roussel et Stéphane Paquin. Politique internationale et défence au Canada et au Québec. Montréal, Les presses de l’Université de Montréal, 2007, page 167.
     [2] Yves Couture. « Servir l’empire ? ». Argument : politique, société et histoire, volume 9, numéro 2 (printemps-été 2007), page 56.
     [3] Yves Couture. « Servir l’empire ? »[...] page62.
     [4] Yves Couture. « Servir l’empire ? » [...] page 61.
     [5] Yves Couture. « Servir l’empire ? » [...] page 56.
     [6] Kim Richard et al. Politique internationale et défence au Canada [...] page 254.
     [7]Marc André Boivin. « Les vrais et les faux débats entourant la présence canadienne en Afghanistan ». Argument : politique, société et histoire, volume 9, numéro 2 (printemps-été 2007), page 66.
     [8] Kim Richard et al. Politique internationale et défence au Canada [...] page 255-256.
     [9] Kim Richard et al. Politique internationale et défence au Canada [...] page 144.
     [10] Yves Couture. « Servir l’empire ? » [...] page63.
     [11] Catherine-Aimée Roy. « La vérité sur l’Afghanistan ». Centpapiers, média libre [en ligne], 21 octobre 2006.
     [12] Dr Ramazan Bachardoust. Afghanistan : Droit constitutionnel, histoire, régimes politiques et relations diplomatiques depuis 1747. Paris, L’Harmattan, 2002, page 181.

    Mots-clés : canada , afghanistan , affilié et Politique

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