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    Les leçons à tirer de l’aventure Note2be.com

    le 17 mars 2008 | 337 visites | 4.60 / 5 | 2 commentaire(s)

    La version originale de cet article a été publiée à cet endroit.

    Les leçons à tirer de l'aventure Note2be.com

    Depuis quelques semaines en France, un site Web (http://www.note2be.com/ ) proposait de noter les enseignants. Je dis « pouvais » parce « qu’à la suite de la décision du Tribunal de Grande Instance de Paris, le site a du cesser de collecter et de traiter les noms et les notes des enseignants...

    « But Web 2.0 also embodies a set of unintended consequences, including the increased flow of personal information across networks, the diffusion of one’s identity across fractured spaces, the emergence of powerful tools for peer surveillance, the exploitation of free labor for commercial gain, and the fear of increased corporatization of online social and collaborative spaces and outputs. »source

    Tout comme le mentionnait à raison François Guité cette semaine, « il ne faut pas s’inquiéter de chaque faux pas » dans les façons d’utiliser Internet. Néanmoins, l’affaire Note2be.com ne doit pas passer comme si de rien n’était pour qui veut que le domaine des nouvelles technologies de l’information et de la communication soit porteur de progrès et témoigne des apprentissages nourriciers qu’on peut y faire. Je propose de regrouper ici quelques leçons que je tire des événements des dernières semaines. D’abord, rassemblons en quelques points de forme les grandes étapes de cette saga toute française qui risque d’avoir des répercussions partout dans le monde :

    - 6 septembre 2007, lancement d’un autre projet dans lequel Stéphane Cola de « Ville et Images » serait impliqué, « Candidat-Online », « votre site pour les élections ».
    - 9 octobre 2007, création de la société « NOTE2BE COM » à titre de « Société à Responsabilité Limitée » (SARL) au capital de 5000 euros par Anne-François de Lastic qui serait (selon ce profil LinkedIn et cette page de « web.archive.org » du site de l’agence), PDG d’une agence d’hôtesses, « Hôtesses & Grooms de Paris ».
    - Octobre-novembre 2007, Stéphane Cola devient directeur de la campagne de Pierre Lellouche à la mairie du VIIIème arrondissement de Paris. Cette « nouvelle » sortira dans les médias le 13 février 2008.
    - 29 janvier 2008, lancement officiel du premier site français de notation des enseignants qui se donne comme signature « Prends le pouvoir, note ton prof ! ».
    - 4 février 2008, ouverture du site « Contrenote2be » créé pour lutter contre le site note2be.com.
    - 6 février 2008, parution d’un communiqué de la Fédération Syndicale Unitaire (FSU) reconnaissant que « le principe d’un échange entre un enseignant et ses élèves sur sa pédagogie ou le contenu de ses enseignements n’est pas en soi problématique », mais affirmant aussi « sa très forte désapprobation devant ce qui, peu ou prou, ressemble à un lynchage public des personnels des établissements d’enseignement ». La mise à jour du 14 février est accompagnée d’une « stratégie d’intervention ».
    - 13 février 2008, Xavier Darcos condamne avec fermeté l’ouverture de sites du type « Note2be ».
    - 14 février 2008, Le Syndicat National des Enseignements de Second degré (S.N.E.S.) et la F.S.U. prennent la décision d’assigner en référé les responsables du site devant la justice.
    - 14 février 2008, Stéphane Cola renonce à la course municipale à Paris « afin de clarifier "la confusion entretenue par certains" entre son activité professionnelle et son engagement. Celui qui était pressenti pour figurer en 9ème position sur la liste UMP du VIIIème arrondissement de Paris décide de privilégier sa vie professionnelle bien que son site ait été condamné par le ministre de l’Éducation nationale Xavier Darcos lui aussi candidat UMP (à Périgueux) aux municipales. »
    - 16 février 2008, appel au boycott du Syndicat Indépendant Académique Aix-Marseille (S.I.A.E.S.), du Syndicat Indépendant de l’Enseignement du Second degré (S.I.E.S.) et de la Confédération Autonome du Travail (C.A.T.) des sociétés achetant des espaces publicitaires sur le site note2be.com.
    - 3 mars 2008, décision du juge des référés qui ordonne « la suspension de toute donnée nominative sur le site "note2be.com" » et réactions de Stéphane Cola qui « conteste vivement » et affirme son intention « de faire appel » du jugement.
    - 6 mars 2008, décision de la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL) qui statue que le site « est illégitime au regard de la loi informatique et libertés ».

    Ensuite, regardons les enseignements à tirer pour la suite des choses.
    Qui parle à travers un site Web ? Plus je chemine dans le beau monde du Web, plus je me répète cette question quand je fréquente un site. Manifestement, M.M. Cola et de Lastic sont préoccupés par un grand nombre de sujets qui n’ont aucun lien avec la qualité de l’enseignement et des institutions scolaires. J’ai beau lire dans quelques articles que le site soit avant tout « la réalisation d’un vieux rêve d’anciens élèves » et qu’il se veut un instrument pour « que les élèves soient associés à l’évaluation du système scolaire » (source), force est d’admettre qu’il n’y a rien d’évident dans les c.v. des propriétaires du site pour donner confiance. Les gens oublient trop souvent de se demander qui sont les gens derrière un site et que veulent-ils ? Dans ce dossier, un grand nombre de personnes ont constaté que quelque chose n’allait pas avec ce site, mais il a fallu l’intervention d’institutions juridiques pour que les activités du site soient vraiment remises en question. Il semble impossible que par eux-mêmes, les usagers d’un site délaissent un endroit qui opposerait des intérêts avoués et d’autres, allégués. Dans ce cas-ci, il y avait fort à parier que l’avancement de l’éducation n’était pas le seul but des entrepreneurs.

    Beaucoup de gens ont le goût de noter le travail des enseignants et des établissements scolaires
    Par cet extrait d’un blogue, et par l’entremise de plusieurs sources on peut trouver des indices d’un intérêt certain pour un type de site comme celui dont il est question ici :

    « Le site internet Note2be offre en effet la possibilité aux anciens élèves et aux élèves encore présents dans l’établissement de régler leur compte avec les professeurs ou bien de saluer leur travail. »
    On a parlé de 200 000 connexions pour la seule journée de dimanche dernier, d’un buzz incroyable sur le Web et même dans les grands médias. En trois semaines, il semble que plus de 50 000 enseignants aient été notés. Au-delà de la controverse, je constate comme dans bien des sites où les usagers sont responsables d’une grande partie du contenu généré, que les gens participent. Dans ce billet d’humeur d’un professeur de l’enseignement secondaire, une belle analyse du phénomène où « tout le monde puisse[peut] évaluer tout le monde » montre que sans expertise, le résultat peut s’avérer « totalement contre-productif, voire destructeur ». Il faudra creuser les fondements de cette envie d’évaluer le travail des enseignants et des établissements en même temps qu’il faudra aussi regarder pourquoi tant de jeunes en si peu de temps ont eu le goût de le faire, malgré que bien peu d’indices laissaient suggérer que l’exercice pourrait engendrer du positif.

    Les enseignants français ont une capacité de mobilisation assez impressionnante
    Je suis à la fois impressionné et déçu de la capacité des enseignants à se mobiliser dans ce dossier. Autant dans le geste de créer un blogue contre le site que dans les alertes aux institutions politiques et juridiques, les enseignants ont fait la démonstration qu’ils sont capables de bien utiliser les nouvelles technologies pour travailler ensemble sans être en présence les uns des autres. La question qui se pose maintenant qu’on sait ce dont ils sont capables, c’est de savoir à quel moment ils seront aussi créatifs et efficaces au niveau de ce qui se passe en classe dans les écoles avec les élèves. Les jeunes aiment utiliser les moyens modernes de communiquer et d’apprendre et profiteraient beaucoup d’autant de concertation et de mobilisation au niveau pédagogique...

    Impossible d’ignorer que les élèves veulent avoir leurs mots à dire dans l’évaluation professionnelle
    L’idée d’utiliser la notation comme « moyen d’informer et d’améliorer le fonctionnement de l’organisation » demeure une idée qui vaut la peine d’être étudiée et les ratés du site « note2be.com » n’indique pas la fin des expériences en ce sens. Dans un billet qui me semble très instructif sur cette question (To be or not to be noté...That’s the question...), Christophe Foraison affirme que « rien ne garantit que cette pratique permette d’améliorer le service. » Pourtant, à l’autre extrême, il faudra que les enseignants français (et les autres professionnels) envisagent d’une façon ou d’une autre la conversation avec ceux à qui ils enseignent. On a beau dire que les jeunes n’ont pas la compétence d’évaluer et qu’ils ne possèdent pas la maturité de savoir ce qui est bon pour eux, les jeunes eux, ne partagent pas cette idée, manifestement. Dans une société où ils sont de plus en plus reconnus, sollicités et presque adulés pour différentes bonnes et mauvaises raisons, l’argument d’autorité ne fera pas long feu quand viendra le temps de les convaincre de ne pas participer dans les lieux (Internet ou autre) où on leur offrira de le faire.

    Il n’y a aucune conclusion particulière à tirer sur les vertus du Web 2.0 à partir de ces événements
    Le TGI a statué qu’il y avait un « manquement légal flagrant » (pour utiliser l’expression de Vincent Gautrais au commentaire #8 de ce billet) au niveau de la protection de la vie privée et des renseignements personnels sur « note2be.com ». On saura bien assez tôt si le principe de la liberté d’expression que voudront invoquer les promoteurs du site (ou d’un autre du même genre) sera suffisamment fort pour faire un contre-poids juridique susceptible de relancer l’expérience (ou une autre du genre). C’est le fond du questionnement. Ceux qui affirment que le jugement vient porter un grand coup au déploiement du Web 2.0 vont rapidement constater que nous ne sommes pas « au far Web » et que ce déploiement ira au rythme du respect des lois et règlements qui gouvernent nos sociétés, sans empêcher les utilisateurs du Web d’interagir par les sites. Contrairement à Éric Dupin, je ne crois pas que cette affaire « vise directement le Web 2.0 » en ce sens que le défaut de « l’éditeur d’un site d’agrégation directement responsable » de s’occuper convenablement « du contenu publié » n’a pas permis à cette expérience de se poursuivre telle qu’il était prévu, mais en assumant convenablement sa responsabilité, dans le respect des lois, le « principe du contenu généré par l’utilisateur et de l’évaluation très à la mode dans les web 2.0 » pourra faire en sorte que ce genre de projet évolue. Il ne faut pas oublier ici que le dossier est devenu politique très rapidement. Pour les non-initiés, un grand nombre de Français ont identifié, que « Note2be » s’inscrivait dans la foulée de ce que plusieurs nomment, comme étant « la déconstruction de l’enseignant en tant que fonctionnaire » ; semble-t-il qu’il faudrait bien lire les rapports Attali et Pochard pour comprendre les liens qui sont en cause. Le fait que Stéphane Cola soit associé au parti UMP, le même parti dont le chef est Nicolas Sarkozy, a sûrement contribué à ce que le dossier de « Note2be » soit examiné attentivement, sous toutes ses coutures et il le sera encore. Je crois que bien d’autres considérations que celles sur le Web 2.0 doivent être prises en causes dont celle à savoir jusqu’à quel point un enseignant en France est un fonctionnaire et il est bien possible que l’expérience des autres sites Web comme « Note2bib.com », « Demedica.com » et « Note ton maire » nous en diront davantage sur les balises du développement du Web 2.0...

    Et il y a bien plus...
    Je suis conscient qu’il y a plus à dire, mais dans l’esprit du contenu généré par les utilisateurs, j’invite les gens de passage à compléter...

    Mots-clés : france , Société et Technologie

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  • 2 COMMENTAIRE(S) | Répondre à cet article

    Mario

    Dans le cadre de l’article de Raymond Viger, sur le Web 2.0, j’avais trouvé par hasard votre article ainsi que celui de Vincent Gautrais. Je suis heureux de voir que le hasard fait bien les choses et que vous publiez ici même les résultats de votre recherche qui s’inscrit fort bien dans ce débat.

    Amicalement

    Pierre R. Chantelois

    17 mars 2008 | répondre | permalien

    Bienvenue M. Asselin sur Cent Papiers.

    Je suis content de pouvoir vous y retrouver.

    17 mars 2008 | répondre | permalien

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