6 septembre 2008 |
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J’en suis à me demander si, obnubilée par les progrès de la science et de l’économie, une bonne partie de notre société en est rendue à considérer l’art comme un passe-temps futile. Utilitaire et pragmatique, elle semble diviser les activités humaines en “productives” - les secteurs qui produisent soit des objets d’utilisation courante, ou génèrent l’argent permettant d’acquérir ces mêmes objets – et “non productives” - les autres secteurs d’activité, notamment les activités artistiques. Les compressions dans le domaine des arts et de la culture ce n’est pas un phénomène nouveau ; elles ont commencé ces vingt dernières années dans le milieu scolaire.
Les programmes d’aide gouvernementale fédérale qui seront abolis d’ici avril 2010 totalisent 48,5 millions de dollars. Ces sommes sont notamment consacrées à la promotion et à l’exportation des produits artistiques canadiens à l’étranger. Mesure d’économie ? Pourtant, une étude du Conference Board du Canada a démontré que les industries culturelles et artistiques du pays ont généré des retombées de 84,6 milliards de dollars en 2007, ce qui constitue quelque 7,4 % du produit intérieur brut du pays. Jusqu’où « le sabre » de Stephen Harper compte-t-il poursuivre son œuvre ?
La situation a provoqué une véritable onde de choc dans le milieu artistique. Le 27 août dernier, plus d’un millier d’artistes québécois et de sympathisants sont descendus dans la rue pour dénoncer les compressions fédérales dans le domaine de la culture. Ils se sont rassemblés à la Société des arts technologiques. Les artistes ont reçu un message d’appui important de la part de tous les partis politiques d’opposition au fédéral. C’était la première manifestation au Québec contre l’élimination des programmes fédéraux.
Sur scène, des représentants des domaines de la musique, du cinéma, du théâtre, de la danse, des arts visuels, de la littérature, du cirque et des arts médiatiques se sont succédé pour accuser le gouvernement Harper d’aller à contre-courant de ce qui se fait ailleurs dans le monde.
Et ce n’est que le début. Un nombre incalculable de textes, de discours, de gestes, de rassemblements, de manifestations vont désormais se faire entendre pour persuader M. Harper de renoncer à son travail de sape dans les programmes d’aide au milieu artistique. Les arts et la culture font partie intégrante de notre identité. L’art est un bien public et il revient à l’état de pourvoir pour ses créateurs puisque c’est toute la société qui en profite.
Dans une lettre ouverte adressée à Stephen Harper, publiée dans le journal Le Devoir du 27 août, W. Mouawad, fonctionnaire pour l’État canadien s’exprimait en ces termes : « …je n’arrive pas à comprendre votre raisonnement. Bien des politiciens, depuis cinquante ans, mettent tout en oeuvre pour dépolitiser l’art, lui ôter sa portée symbolique. Ils tentent l’impossible pour délier ce lien qui rattache l’art à la politique. Ils ont presque réussi ! Or, vous, en une semaine, vous ébranlez ce travail de chloroformisation en réveillant le milieu culturel, francophone comme anglophone, d’un océan à l’autre. Même s’ils sont marginaux et négligeables sur le plan politique, il ne faut jamais sous-estimer les intellectuels, sous-estimer les artistes ; sous-estimer leur capacité à vous nuire ».
Il y avait bien longtemps que les artistes n’avaient pas eu à défendre avec ardeur une cause commune.
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