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    • Raymond Viger
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    Le suicide d’un ami

    le 1er mars 2008 | 1060 visites | 4.46 / 5 | 5 commentaire(s)

    La version originale de cet article a été publiée à cet endroit.

    Le suicide d'un ami
    photo : kindgott (Flickr)

    Le suicide d’un proche fait vivre de grandes émotions. Quoi faire, comment faire ? Un témoignage personnel.

    Plusieurs personnes de mon entourage se sont suicidées. Certaines étaient très près de moi. Je leur parlais, je savais qu’elles souffraient à un haut niveau. J’ai tenté de les consoler, de les aider. Mais rien n’y faisait. Elles se sont suicidées.

    J’ai commencé par étouffer la culpabilité qui me rongeait en essayant de me convaincre que j’acceptais le choix qu’elles avaient fait. Il est plus facile de dire que c’était leur choix que d’oser imaginer que j’avais peut-être ma part de responsabilité. Si j’avais pris plus de temps avec lui, peut-être qu’il ne se serait pas suicidé. Si j’avais pris plus de temps pour l’écouter, peut-être serait-il encore là à me parler… Un paquet de « si » me hantent et me dérangent. Oui, ça dérange quand quelqu’un se suicide autour de soi.

    Je suis envahi par une série de « peut-être » et de « si » qui deviennent menaçants pour ma survie psychologique personnelle. Oui, je parle de survie. Parce que la vraie question, ce n’est pas qu’est-ce que j’aurais pu faire pour éviter le suicide de cet ami, mais plutôt qu’est-ce que moi je peux faire pour survivre à son départ prématuré ?

    J’ai essayé de me convaincre que nous avons le choix de décider du sort de notre vie. Je n’ai parlé à personne de cette culpabilité qui me rongeait. Je suis devenu une sorte de « zombie », incapable de toucher aux émotions qui remontaient en moi. Laisser remonter une émotion voulait dire aussi laisser remonter cette culpabilité, cette souffrance.

    J’ai eu mon lot de difficultés. J’ai fini par faire une tentative de suicide. Ce n’était pas un choix. Je n’avais aucune conscience de ce qui se passait. J’ai fait une overdose de souffrance. Ça faisait trop mal pour que je comprenne ce qui se passait en moi.

    Plus tard, en thérapie, j’ai réalisé que ce n’était pas une, mais deux tentatives de suicide que j’avais faites. J’ai été arrêté dans ma première et je ne m’étais même pas rendu compte de ce qui s’était passé. Quand tu dis que tu fais une tentative de suicide et que tu ne t’en souviens même pas ! Faut-y que tu sois assez « gelé » par ta souffrance rien qu’un peu !!!

    Parce qu’une overdose de souffrance, c’est la pire des drogues qui existe. Tu ne vois plus rien, tu n’as plus conscience de ce qui se passe, ni en toi, ni autour de toi.

    Le suicide d’un ami, ça dérange, ça choque et c’est bouleversant. Non je n’accepte pas le choix de se suicider. Je ne l’accepterai jamais. On ne choisit pas de mourir. On se suicide quand on ne voit plus les choix qui s’offrent à soi. Pour moi, tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir et je ne peux pas dire que je serai mieux quand je serai l’autre bord. Je n’y ai jamais été et personne ne peut me garantir que c’est vrai que c’est plus beau l’autre côté.

    Il y a trop de suicides au Québec. Il y a trop de suicides parmi les jeunes. Je ne peux l’accepter et je ne l’accepterai jamais. Non je n’accepte pas qu’un jeune se suicide.

    Je n’ai qu’un seul souhait à formuler, un seul message à livrer. Si un de tes amis vient de se suicider, j’espère que tu ne me diras pas que tu acceptes son choix comme moi j’ai essayé de le faire. J’espère, au plus profond de mon coeur, que tu vas prendre le temps d’en parler autour de toi, de contacter une ressource qui peut t’aider et te soutenir dans cette période très difficile. Le suicide d’un proche ça dérange et c’est ensemble qu’on peut s’aider à passer à travers.

    Je veux te laisser un petit cadeau. Peu importe l’épreuve que tu traverses, dis-toi qu’il y a toujours quelqu’un, quelque part qui est prêt à t’aimer, à t’écouter et à faire un bout de chemin avec toi. Ne laisse pas tout tomber avant de l’avoir rencontré.

    RESSOURCES DISPONIBLES :

    Québec : 1-866-APPELLE (277-3553). Site Internet. Les CLSC peuvent aussi vous aider.

    France : Infosuicide 01 45 39 40 00.

    Belgique : Centre de prévention du suicide 0800 32 123.

    Suisse : Stop Suicide

    Guide d’intervention de crise auprès d’une personne suicidaire. Un guide simple et accessible pour tous.

    Textes sur la prévention du suicide.

    Publie.ca!
    Mots-clés : québec et Société

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  • 5 COMMENTAIRE(S) | Répondre à cet article

    • Selmi

    je suis vraiment affecté par ce que tu écris.bon courage monsieur VIGER

    1er mars 2008 | répondre | permalien
    • admd.herault

    le suicide dérange.. ; quel ordre ? celui qui veut que la vie vaut la peine d’être vécue, quels que soient les difficultés... cela dépend des difficultés... se sentir responsable ou coupable de ne pas avoir pu empêcher un suicide ? à moins d’être médecin ou soignant, et encore (la médecine ne sait pas tout), qui peut se targuer d’avoir empêché un suicide ? personne sans doute on peut essayer d’aider les autres à vivre, on ne peut pas les forcer à vivre... attention, la dépression est "contagieuse" : vivre avec des dépressifs entame facilement votre moral, et puis pourquoi avez vous choisi de vivre avec des dépressifs et pas avec des gens gais et dynamiques ? peut-être parce que vous êtes comme eux... ??? pas très en forme ? vous n’avez rien dit de vos tourments intérieurs ? c’est là l’erreur...la parole libère... parlez, à vos amis, à vos ennemis, à votre médecin, votre psy, à ceux qui vous indiffèrent... et surtout apprenez à vous connaître et vous aimer ne comptez pas trop sur les autres pour çà, ils vous aimeront si vous vous aimez alors commencez par vous prenez soin de vous quant à ne pas accepter un suicide, on est bien obligé d’accepter la réalité, il faut aussi un brin de fatalisme pour accepter les ennuis inhérents à toute vie jacqueline

    1er mars 2008 | répondre | permalien

    Merci Raymond pour ce texte. Mes sympaties à toi pour la perte de ton ami.

    Pour le guide d’intervention, je confirme, c’est un excellent fasicule et vraiment abordable. Très utile à tout ceux et celles qui aimeraient en connaître plus sur le suicide et nos possibles actions.

    1er mars 2008 | répondre | permalien

    Cher Admd.herault

    Vous avez parfaitement raison quand vous mentionnez que la dépression peut être contagieuse. C’est pourquoi quand un proche est dépressif, nous avons autant besoin d’aide que lui et qu’il est si important de trouver des gens pour en parler.

    À votre question, pourquoi avoir choisi de se tenir avec des gens dépressifs, je répondrais que je n’ai pas choisi que mon père se suicide, ni ma mère, ni mon ami. Des gens qui ont été heureux pendant de nombreuses années et qui, vis-à-vis des événements difficiles ont perdu leur joie de vivre.

    2 mars 2008 | répondre | permalien
    • Selmi

    @viger mais ton français laisse toujours à désirer soigne ton orthographe Lis le commentaire avant que centpapiers le supprime (c’est déjà fait à plusieurs reprises)

    2 mars 2008 | répondre | permalien

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