Éveillée encore aux petites heures matinales, j’ai décidé intuitivement d’abord, et avec mon gros bon sens ensuite, d’écrire mon témoignage sur mon expérience personnelle, d’avoir essayé le 25 avril 1993, d’en finir avec mes souffrances ; c’est-à-dire, d’en finir avec la vie. Voici donc mon témoignage romancé légèrement, de ce geste de désespoir, de l’expression du désespoir.
La semaine passée, encore assise à la même table du même café bistro, et à savourer enfin, un nouveau style de café : mi-québécois, mi-colombien ; j’étais un peu désolée de me retrouver encore une fois, face au syndrome de la page blanche. Au moment où je ne m’y attendais le moins ; deux dames d’un certain âge, ont capté mon attention. À voix basses, elles se remémoraient le tragique départ d’un vieil ami, qui a surpris tout le monde, en décédant par le geste du suicide, même à l’âge de 75 ans.
« Pourquoi n’a-t-il pas été demandé de l’aide ? » murmure l’une des femmes. Ce fut assez pour que je reprenne mon crayon pour écrire ce qui se passait en moi. Je ne pourrai pas vous raconté pourquoi ce vieux monsieur n’a pas demandé de l’aide ; mais je peux vous dire sincèrement pourquoi, moi à l’âge de 36 ans, j’ai tenté d’en finir par le suicide, et ce, après avoir demandé de l’aide, à deux reprises. Ce genre de situation n’est pas trop connu des autres, lorsque survient un décès si imprévu. Heureusement, je suis encore là, je vais vous partager certains secrets, qui habituellement, restent dans l’ombre avec le départ des personnes décédées par le suicide. Elles ne sont plus là, pour faire taire les rumeurs ridicules, qui circulent trop facilement, sans que personne n’intervienne pour y mette fin.
À vrai dire, j’ai répété inconsciemment, le même scénario de mon grand frère Serge, qui s’est enlevé à vie, alors qu’il n’avait que vingt-deux ans. Pourtant, il était un brillant étudiant de à l’Université, et rêvait de devenir arpenteur géomètre. La dernière fois où j’ai vu mon grand frère vivant, fut le triste matin du 31 janvier 1972. Serge s’était agenouillé au pied de son lit pour faire sa prière matinale. Lorsque je suis sortie de ma chambre, pour me rendre à l’école ; il a arrêté sa prière, pour me saluer amicalement, mais bien tristement, avec un au revoir lancé de sa main droite.
Ma vie n’avait plus aucun sens, malgré les apparence de bonheur : le mariage, un enfant, un travail, des cours à l’Université, des amis (es), etc. Je n’arrivais pas à ce que l’on diagnostique le mal qui me rongeait physiquement. Pour la science, mon mal était imaginaire, pas réel du tout. Je vivais donc dans un monde irréel pour les professionnels de la santé. C’est alors qu’on m’apprend à l’âge de trente-trois ans, un terrible diagnostic en santé mentale : le cancer de la maladie mentale, comme mon frère Serge. Je n’acceptais pas du tout, cette théorie de la folie. Agenouillée au pied de mon lit, par un bel après-midi ensoleillé du 25 avril 1993, j’ai demandé à mon ami intime : Jésus, de me conduire là-haut ; que je ne supportais plus les douleurs physiques, et les douleurs morales.
Si j’ai posée ce geste malheureux, c’est parce que j’avais gardé dans un petit tiroir secret, la possibilité de m’enlever la vie, advenant qu’on me conduise encore à l’asile, si je ne contenais pas mes émotions, lors d’une prochaine crise de douleurs physiques. Et, quand on se garde une telle porte de sortie, il risque de survenir ce qu’on appelle : un lien. Il est important de fermer complètement toutes les portes aux idées suicidaires ; sinon, il risque d’arriver un lien. Ce lien est que la personne que j’aimais le plus au monde, m’avait envoyé un bel au revoir, de la main ; en sortant de notre petite rencontre amicale et familiale.
Quand je me suis éveillée aux soins intensifs, j’ai vu tous les visages de l’Amour. Les membres de ma famille s’étaient réunis pour me dire un dernier au revoir. Mes reins ne fonctionnaient plus du tout. J’étais bien la seule personne, qui savait que je resterais auprès d’eux. Quelle douleurs indescriptible que de ne pouvoir dire aux siens : « pardon, je vous aime beaucoup, mais je ne pouvais plus souffrir physiquement et moralement ; sachez que même si dans mon dossier médical, il est écrit que je ne suis pas dépressive ; sachez que j’étais en dépression, et que je me suis rendue à deux reprises, à l’hôpital, pour y être soignée. Sauf que je suis sortie de l’hôpital, hélas, trois jours après ma demande d’hospitalisation ; à ma demande personnelle premièrement. J’étais alors convaincue de ne pas passer aux actes, mais que je m’en sortirais.
Ce témoignage représente une partie de mon vécu personnel, dont je vous livre une mince partie, d’intérêt public.
La souffrance ne se compare pas, mais elle se partage !
Que de rejets, d’incompréhensions et d’ignorances rencontrées devant le délicat sujet des personnes décédées, par un geste de suicide. Et, ces personnes qui ont aussi essayées de s’enlever la vie, mais qui, heureusement, ont survécues ; est-ce qu’en général, on n’essaie pas d’éviter de parler du sujet du suicide ; par honte, par gêne ou par ignorance. Puisque la première séries apporteront avec eux, leurs lourds secrets personnels, familiaux, professionnels, sociaux et médicaux etc. ; pourquoi ne pas essayer d’ouvrir son cœur, aux personnes encore là, prêtes à partager aussi, leurs pénibles secrets, possiblement même guéris en partie ; mais n’oubliez pas que vous ne pourrez les rencontrer véritablement, que si vous les approchez avec un cœur ouvert et détaché de tabous, de préjugés, de sermons. J’ai souvent jugé mon frère Serge et d’autres personnes décédées par le suicide. La vie a permis que je sois toujours vivante, pour partager quelques brides de ces intimes confidences ; à caractère social et public. Les personnes décédées suite à un geste de désespoir, ne sont plus là pour vous partager leurs vraies facettes de la réalité ; non pas celles que l’on désire entendre, mais la vraie version des faits.
Hélas, elle ne peuvent plus parler ni écrirent, puisqu’elles sont enterrées six pieds sous terre, avec leurs secrets personnels ; quant ce n’est pas avec leurs lourds dossiers médicaux avec la possibilité d’erreurs médicales. Consolez-vous, car je suis certaine que bien des personnes mortes, suite à un acte de suicide, vous écrivaient ces mots pour vous consoler un peu ; prenez ce qui vous convient et rejetez ce qui ne vous convient pas, puisque ces paroles de réconforts ne sont que mes opinions personnelles. Je vais prendre deux paragraphes, comme si l’un de vos êtres chers décédés suite à son geste de désespoir, prenaient la plus en ce jour, d’accord !
Ces deux paragraphes sont insérés seulement, sur ma page personnelle : Patricia et ses blogues.
Heureusement, je peux en parler aux étrangers qui sont moins près de moi, au niveau affectif, c’est normal, hein ! N’attendez pas qu’un de vos proches fassent la même chose, avant de vous éveiller à cette réalité, qui fait partie de la condition humaine. Et si vos jugements sont trop sévères, venez donc passer juste une journée dans mes souliers ! Désormais, il n’y aura plus de secrets de polichinelles pour me torturer. J’ai souvent demandé pardon, aux être chers, suite à ce geste. Certains ont compris, alors que d’autres n’ont pas accepté mon pardon. Je me suis fait dire : « tu n’as rien vu, toi, de la souffrance faite aux êtres chers etc. » Et bien, sache à toi qui ne lira jamais mon article, que dans le semi coma, j’ai vu et entendu bien des paroles et des gestes. Sauf que tu es encore trop sensible et un brin ignorante, pour que je te donne ces perles de confidences. Je ne souhaite pas à mon pire ennemi de vivre ces longues et interminables secondes, où on ne peut même pas bouger, ni parler pour dire enfin, des mots sortis tout droit de son cœur « Je vois maintenant combien vous m’aimiez, essayez au moins de demander la force de me pardonner, d’accord ».
Dans quelques semaines, je serai de nouveau sur la table d’opération. On va retirer ma prothèse artificielle de la hanche gauche et installer en 1997, pour la remplacer par une prothèse neuve. Sachez que toutes les portes de la vie sont ouvertes pour moi, d’une façon assez consciente : je me fâche, je pleure, je ris, je maudis, je sacre, mais j’ai enfin rejeté du revers de la main, toutes idées suicidaires, d’accord ! Si je livre ce témoignage en ce jour, c’est que je ne suis quand même pas à l’abri, de mourir, comme chacun de nous ! Et, j’aurais regrettée de ne pas l’avoir inscrit publiquement, avant de quitter cette vie terrestre. Vaut mieux avoir l’air un peu bête de son vivant, que de vivre dans les grands chagrins et regrets irréparables.
/BOUCLE_video>POST-SCRIPTUM :Ce n’est pas facile de partager ce genre de situations personnelles que je considère aujourd’hui, aussi d’intérêt social et public. L’expression du désespoir survient hélas, trop souvent chez nos jeunes adolescents comme chez nos aînés. Merci de votre compréhension en ce qui concerne la tournure de mes phrases. Il s’agit d’un vécu assez touchant, même si j’arrive aujourd’hui à en parler, par le biais de l’écriture seulement.

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