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    • Michel Monette
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    Opinion : Le mal est fait : nous sommes tous sous surveillance

    le 11 avril 2008 | 184 visites | 3.29 / 5 | 1 commentaire(s)

    La version originale de cet article a été publiée à cet endroit.

    Le mal est fait : nous sommes tous sous surveillance
    photo : marcn (Flickr)

    Réflexion en marge de l’avis de la Commission de l’éthique de la science et de la technologie du Québec sur les nouvelles technologies de surveillance et de contrôle.

    Marshall McCluhan disait que le médium, c’est le message. Nous pourrions ajouter aujourd’hui que le médium, c’est le surveillant. Nous sommes désormais dans une ère de surveillance de masse. C’est incontestablement un trait caractéristique de notre époque, et la Commission de l’éthique de la science et de la technologie du Québec le pose d’emblée dans l’avis qu’elle vient d’émettre sur des technologies pouvant servir à la surveillance de masse à des fins de sécurité : les systèmes biométriques, la vidéosurveillance et l’identification par radiofréquence (IRF).

    En lisant l’avis, un néologisme m’est venu à l’esprit pour désigner ces surveillants plus ou moins bavards sur nous, à notre insu : celui de médiaveillants. L’utilisation grandissante de ces médiaveillants serait la conséquence directe de la montée du terrorisme et de la criminalité et du sentiment d’insécurité qui s’en est suivi.

    La Commission le reconnaît, mais elle ajoute qu’il y a une autre explication beaucoup moins connue de cet accroissement phénoménal de la surveillance, c’est le changement dans les méthodes de collecte de renseignements. Désormais, grâce aux nouvelles technologies de surveillance et de contrôle (NTSC), la population en général est placée sous surveillance, non plus les seuls individus susceptibles de poser un risque.

    Je te surveille, tu me surveilles, il et elle nous surveille...

    Pour la Commission, c’est cette nouvelle réalité qui pose problème, pas la surveillance elle-même qui s’est exercée dans toutes les sociétés depuis fort longtemps. La surveillance de masse est un phénomène récent mettant sérieusement en danger la valeur d’autonomie qui joue un rôle central dans nos sociétés démocratiques.

    La Commission est particulièrement préoccupée par la surveillance que plusieurs organismes et personnes se sont mis à faire à des fins de sécurité, afin de cibler des interventions vers les personnes « jugées à risque » ou qui posent des risques pour d’autres personnes. Les moyens utilisés peuvent être particulièrement intrusifs sur le plan de la vie privée. D’une part, il n’est plus nécessaire d’obtenir notre consentement libre et éclairé, d’autre part les données recueillies à notre insu peuvent en dire beaucoup plus sur nous que ce que nous croyons.

    La Commission donne comme exemple « la possibilité d’en extraire des informations sur l’origine ethnique et sur la santé des usagers, sur les habitudes de consommation et leur affiliation avec des partis politiques ». C’est dire jusqu’où les NTSC peuvent aller. Que ferons-nous le jour où notre assureur débarquera à la maison avec un kit biométrique pour effectuer un examen caractériel ou de santé ?

    À côté de la surveillance par l’État, celle exercée par les Small Brothers, trop souvent sans respecter les lignes directrices et les bonnes pratiques en la matière, pourrait constituer une sérieuse dérive, surtout « dans un contexte de marché en croissance très rapide et où la logique du profit l’emporte souvent sur la logique éthique ».

    Un mal invisible nécessaire

    Du même souffle où elle évoque une possible dérive, la Commission « reconnaît que le consentement libre et éclairé, sur une base individuelle, n’est tout simplement pas un concept opérationnel lorsque vient le temps de l’appliquer aux NTSC. »

    C’est là où le bât blesse. J’avoue que la lecture de ce constat d’impuissance face au phénomène de surveillance de masse a été difficile à avaler. Même la série de recommandations faites au gouvernement par la Commission pour faire en sorte que les citoyens participent à l’élaboration, à la mise en place et au suivi des balises entourant le déploiement des NTSC, n’a pas soulagé mon malaise.

    Tout en nuance dans son avis, la Commission invite « les décideurs politiques et privés à procéder à une évaluation et à une interprétation nuancées et lucides des besoins en matière de NTSC à des fins de sécurité. » C’est d’autant plus décevant qu’elle dit également s’inquiéter « des glissements qu’elle observe et de ceux qui risquent de se produire dans un avenir rapproché. »

    Le plus troublant dans cet avis, c’est que la Commission « considère que la démocratie elle-même constitue un équilibre toujours fragile entre la liberté et la répression ».

    Je ne sais pas pour vous, mais pour ma part j’en suis demeuré bouche bée.

    Viser un juste équilibre, Un regard éthique sur les nouvelles technologies de surveillance et de contrôle à des fins de sécurité.

    Mots-clés : québec , Société et Politique

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  • 1 COMMENTAIRE(S) | Répondre à cet article

    Très bon article. Il y a beaucoup de gens qui pensent que d’abandonner nos libertés pour plus de sécurité est une équation valable. Pourtant, de toute l’histoire nous avons eu plus de tyrannie lorsqu’on a laissé aller nos libertés et droits fondamentaux. Plus de liberté = plus de sécurité, point à la ligne.

    Combien de pauvres lobotomisés croient que s’ils n’ont rien à cacher, ils n’ont rien à craindre de la surveillance à la Big Brother ?

    Est-ce que dans leur tête ils pensent que les surveillants sont moralement plus élevés que les gens du crime organisé ou le peuple en général ? Qui surveille ceux qui nous surveillent ?

    Pourquoi ne pas mettre des caméras dans tous les bureaux gouvernementaux et des compagnies pétrolières, postes de police, banques etc., que nous pourrions surveiller ?

    Ce qu’il faut comprendre ici, c’est que dans le concept de la guerre contre le terrorisme, on commence par appeler des criminels des terroristes, mais peu à peu, on s’aperçoit que c’est le peuple en général qui devient le suspect, le terroriste potentiel, l’ennemis à surveiller et à espionner. Et c’est voulu ainsi. Si vous menacez l’ordre établit, le gouvernement ou les corporations, vous êtes placé sur la liste noire (no-fly list par exemple) du gouvernement.

    Nos e-mails et habitudes de navigation sur Internet, conversations téléphoniques, transactions financières, habitudes de consommation sont toutes filtrées. Les caméras poussent partout.

    Et vous pensez que dans l’idée est de trouver des méchantes chimères terroristes ? Stratégie de la tension. L’ennemi, c’est vous.

    Mais ce n’est pas grave, continuez de regarder les nouvelles de six heures et de vous faire divertir. Continuez à prendre votre fluorure et vos OGM. Oubliez tout ça. Rendormez-vous...

    (Merci Michel pour ce texte)

    11 avril 2008 | répondre | permalien

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