Centpapiers
 

    Chroniques

    • Renart L'éveillé
    • Renart L’éveillé

    • profil | site
    • 62 articles
    • 79 commentaires
    • 3.37 / 5 sur 780 votes
    • 10 fois en vedette
    • Fil RSS des articles de cet auteur:
    A A

    Opinion : Le journalisme citoyen à la poubelle ?

    le 30 novembre 2007 | 547 visites | 3.08 / 5 | 6 commentaire(s)

    La version originale de cet article a été publiée à cet endroit.

    Le journalisme citoyen à la poubelle ?
    photo : conskeptical (Flickr)

    Philippe Schnobb fait une chronique sur le site Sur le Web au sujet du journalisme citoyen, sur les conclusions de la fédération des journalistes et « On y a dit que le journalisme citoyen n’existe tout simplement pas. » Il y a eu des réactions du côté de Mario tout de go (Mario Asselin) et d’Oniquet (Olivier Niquet). J’y ai laissé mon point de vue en commentaire, que j’ai expliqué aussi, oralement, à Frédéric Laflamme la semaine dernière ; mais j’aimerais bien l’exposer ici aussi et même poursuivre la réflexion.

    Voilà, je crois que le dénominateur commun entre le journalisme traditionnel et celui dit citoyen repose essentiellement sur l’idée de la chronique. On peut faire un calcul simple : est-ce qu’un chroniqueur est un journaliste ? Oui. Est-ce qu’on peut dire d’un blogueur qu’il fait dans la chronique ? Oui. Alors, voilà le lien à mon sens (il y a aussi l’importance de vouloir s’inscrire dans une démarche comme telle). Sinon, il faudrait faire une distinction claire entre les chroniqueurs et les journalistes.

    Et, il est difficile pour le blogueur d’aller au-delà de la chronique étant donné le caractère bénévole du blogue, à priori (d’un autre côté, l’appropriation des blogues par les journalistes est plus un phénomène de mode qu’un désir de dialogue personnel avec les citoyens : essayer de poser des questions à un journaliste-blogueur pour voir... les chances d’avoir une réponse sont quasi nul - mais, comme dans tout, il y a des exceptions, deux selon Mario Asselin). Il y a l’information véhiculée par les médias, et les réactions dans la blogosphère, rarement du contenu informatif généré par les blogueurs. Sûrement plus pour l’ensemble des citoyens, mais il faut que les citoyens soient au courant de la possibilité de le faire et qu’ils désirent aussi les rendre publiques, s’investir dans le procédé.

    Il y a aussi le fait que le terme blogueur est trop large et ne saurait désigner seulement les blogueurs qui discutent de sujets d’intérêt public. Au départ, il ne sert qu’à désigner celui ou celle qui s’épanche sur un carnet web, met à la disposition de tous les internautes ses notes, ses états d’âme. En fait, les premiers web log (d’où le terme blog, qui est apparu à cause du jeu de mots : we blog) n’étaient que des suites d’hyperliens vers des sites web, avec parfois des commentaires. L’implication citoyenne est apparue par la suite. Elle était une possibilité intrinsèque qui a pris de l’ampleur avec la facilité qu’apporte le média blogue.

    Donc, je crois que la dénomination « journalisme citoyen » sert simplement de faire-valoir pour les blogueurs qui considèrent leur démarche sérieuse au niveau de l’analyse du contenu médiatique. Mais je comprends bien la réaction des journalistes professionnels à vouloir garder le terme « journalisme » pour eux, de le protéger, avec tout l’aura de crédibilité que cela leur octroie (malgré la baisse de confiance généralisée du lectorat dû à l’importance que prend la commercialisation de l’information — pour ne pas dire le sensationnalisme — dans les grands médias, ce qui influence les choix éditoriaux globalement).

    Il y a donc évidemment un déficit de crédibilité des deux côtés même s’il est inégal : de l’un les journalistes parce qu’ils sont assujettit à un employeur qui influe sur l’agenda journalistique de plus en plus, et de l’autre les journalistes citoyens (et/ou les blogueurs) parce qu’ils ne sont pas garants d’un code d’éthique, ne peuvent risquer de perdre leur travail, donc libre de raconter n’importe quoi. Soit. Il y a manifestement un bel équilibre qui se bâtit : l’objectivité que les premiers ont perdue est récupérée par la subjectivité des deuxièmes, qui parfois gagnent en objectivité. Le déficit moins lourd du côté des journalistes est contrebalancé par l’importance de la visibilité qu’ils ont : à contrario, les blogueurs sont moins visibles au total, donc leur manque de crédibilité est moins présent, dans le calcul des influences. Nous verrons bien comment cela évoluera au Québec.

    Pour faire baisser la pression (ou en ajouter...), je crois que les journalistes mettent trop l’accent sur le terme « journalisme » dans la dénomination et trop peu sur le terme « citoyen ». Ce dernier est comme une contredanse, une pénalité qui fait bien ressortir le caractère libre de ce « journalisme ». Je ne dis pas non plus bien sûr que les journalistes sont muselés... loin de là, mais ils devraient se battre encore plus pour acquérir davantage de liberté. Et bien sûr les blogueurs, ceux qui le désirent, encore plus de crédibilité.

    Au-delà du débat sur le terme « journalisme citoyen », ce que je retiens c’est qu’il y a une belle histoire qui se dessine pour la démocratie. Et Philippe Schnobb y participe d’une merveilleuse manière, je ne peux que l’en remercier chaudement, au nom de tous ceux qui ont à coeur l’implication citoyenne sur le web.

    Mots-clés : québec , Médias et Philippe Schnobb

    Évaluez ce texte

    • Currently 3.08/5
    • 1
    • 2
    • 3
    • 4
    • 5

    3.1 sur 5.0 (24 votes)

  • 6 COMMENTAIRE(S) | Répondre à cet article

    Nous ne sommes pas ici des purs et durs du journalisme citoyen. On peut bien appeler ça comme on veut, ça ne pose pas problème, il me semble.

    Seulement, je trouve la comparaison de M. Schnobb avec la "coiffure citoyenne" boiteuse. Les journalistes ne possèdent pas la vérité absolue... bien des "citoyens" ont une expertise, de la rigueur, et une capacité d’analyser la situation qui dépassent celles des journalistes.

    Bien sûr, encadrer le "travail" des citoyens qui participent à la production de l’information est nécessaire. Ici, nous comptons sur les lecteurs et les autres rédacteurs pour établir la justesse des propos émis. Bien sûr que nous aspirons à une formule à la Rue89, mais nous n’avons pas les moyens d’avoir une équipe de journalistes professionnels pour le faire. L’intérêt médiatique pour CentPapiers est d’ailleurs bien plus grand en France qu’au Québec.

    Reste qu’il ne s’est pas trop dit de niaiseries jusqu’à maintenant...

    Je m’étais fendu d’un long argumentaire sur le journalisme citoyen ici. C’est peut-être un peu périmé, mais bon...

    30 novembre 2007 | répondre | permalien
    • Michel Monette

    • site

    Je ne comprends pas de quoi ont peur les journalistes. S’ils sont utiles, comme le coiffeur justement, personne ne les remettra en question. S’ils ne sont pas utiles, alors ils auront de la difficulté à conserver la place qu’ils ont dans la société. Les citoyens qui rapportent la nouvelle, ou qui commentent des faits de société, n’ont pas en tête l’obsession de faire du journalisme. Par contre, les journalistes ont, curieusement, l’obsession que les citoyens soient pris pour des journalistes. Soyons sérieux, de grâce !

    Faites votre travail consciencieusement, mesdames et messieurs les journalistes, et cessez de faire une fixation sur les billets que nous écrivons parce que nous en avons envie ou parce que c’est notre façon de trouver des réponses aux questions que nous nous posons. De toute façon, le débat est complètement ridicule : les gens lisent Cent papiers, Agoravox ou autres, lisent des blogues aussi, parce qu’ils en ont le goût, pas parce qu’ils boudent les médias traditionnels. En revanche, s’ils boudent les médias traditionnels, ne serait-ce pas parce qu’ils n’ont pas l’impression que ceux-ci les informent vraiment ?

    30 novembre 2007 | répondre | permalien

    Je n’ai pas assister à l’atelier dont fait référence M. Schnobb. J’étais dans un autre atelier, celui sur les accommodements raisonnables. Cet atelier ou l’on tentait de comprendre tous les dérapages médiatiques sur cette question. L’atelier ou certains médias et journalistes ont été pointé du doigt pour leur manque de rigueur et leur incapacité à suivre un code d’éthique.

    Vous comprendrez peut-être mon étonnement lorsque je lis ceci dans le blogue tenu par M. Schnobb :

    Quand ces images générées par les citoyens sont placées sur un blogue, elles ne sont pas toujours mises en contexte ou, si elles le sont, cette mise en contexte peut être biaisée. Il n’y a que les journalistes qui peuvent garantir que la mise en contexte n’est pas biaisée parce que les journalistes obéissent à un code d’éthique, à des normes. Si nous ne le faisons pas, nous sommes sujets à recevoir un blâme. De l’ombudsman de Radio-Canada, du Conseil de presse ou, pire, d’un tribunal !

    Seul les journalistes peuvent garantir une mise en contexte qui n’est pas biaisée. Sinon, c’est le blâme. La grosse claque sur les doigts que le Conseil de presse va nous infliger. Pourtant, en 2006, j’ai fait 4 plaintes au Conseil de presse. Je les ai toutes gagnées. Les médias et les journalistes ont tous été blâmés. Est-ce que cela les empêchent de continuer ? Certainement pas. Il y a trop d’argent à faire avec le plagiat et le sensationnalisme. Est-ce que quelqu’un pourrait me nommer les 4 médias et les 4 journalistes impliqués dans mes plaintes ? Encore moins.

    Qu’est-ce qui est mieux ? Un mauvais journaliste ou un bon citoyen ? Parce qu’il y a de mauvais journalistes. Et il y a des citoyens qui font un excellent travail. Ce n’est pas parce que tu portes le titre de journaliste que tu es obligatoirement bon et meilleur que les autres. Peut-on faire confiance aux lecteurs d’être capable de discernement entre le blogue et le média conventionnel qu’il lit ?

    Une chose est certaine. Les blogues permettent un échange d’information beaucoup plus grand qu’un média écrit conventionnel. Les gens laissent des commentaires, permettant une mise à jour de l’information et offre une variété de sources. Les blogues permettent aussi de donner une permanence à l’information. En page 39 d’un grand quotidien, nous avons lu qu’une grande entreprise a été condamné par l’Office de la protection du consommateur. Peu de gens l’auront vu ou s’en souviendront une semaine plus tard.

    Lorsque repris par un blogue, cela permet à tous les consommateurs qui font des recherches de retracer l’information et d’en être avisé avant de compléter ses achats. Et ça, même des années après les faits. Si un consommateur est insatisfait d’un commercant, même si l’information n’est pas publié dans un média, même s’il décide de ne pas porter plainte, il pourra fournir l’information à d’autres consommateurs par l’intermédiaire de son blogue. Aucun média conventionnel ne peut nous offrir autant.

    J’ai vu des organismes communautaires prendre leurs caméras vidéos et passer en entrevue des politiciens et d’autres acteurs significatifs pour leur communauté. Les vidéos intégrales se retrouvent sur leur blogue. Une entrevue intégrale est-elle meilleure ou pire que le 30 secondes que l’on peut écouter aux nouvelles ?

    Un bénévole dans une région fait un petit journal distribué à 200 exemplaires dans son patelin. Certains ont leurs cartes de journalistes professionnels. Si le même bénévole décide de tenir un blogue au lieu d’un petit journal, du jour au lendemain, ce qu’il dit serait moins crédible ?

    Question d’intégrité, je ne cacherais pas mes appartenances. Je suis journaliste pour le magazine Reflet de Société. Je suis blogueur. Je suis intervenant.

    Certains journalistes disent que je suis intervenant, donc que je ne peux pas être un journaliste. Certains intervenants disent que je suis journaliste, donc je ne peux être intervenant et respecter le secret professionnel.

    Je me sens à l’aise de bloguer. Personne n’a osé me dire que je n’avais pas le droit de bloguer ou que je ne pouvais pas arborer le titre officiel de “blogueur”. Du moins, tant qu’une association professionnelle ne mettra pas le grappin sur le terme.

    1er décembre 2007 | répondre | permalien

    J’ai participé à l’atelier en question et effectivement M. Schnobb retransmet plutôt correctement ce qui s’est dit.

    De mon point de vue, les journalistes ont plutôt peur de ce qui se passe aujourd’hui dans le net et surtout dans la blogosphère. En tout cas pour demain. Et je pense qu’ils ont raison de se poser des questions mais pas besoin d’appuyer sur le bouton "URGENCE". Les meilleurs feront toujours leur métier. À noter par contre que certains journalistes comme M. Peloquin ont un avis différent sur la question et c’est très intéressant.

    Au fond, la grande question c’est de savoir ce que sera l’information dans 20, 30 ou 50 ans. À mon avis, ni les journalistes ni les bloggeurs ne décideront de la suite. Ce sont les Steve jobs ou Bill Gates de ce monde qui dicteront la formule. Simplement, il ne faudra pas rater le Wagon et j’ai bien peur que certains journalistes sont entrain de vouloir choisir de continuer en chameau.

    Maintenant ce que je trouve un peu dommage c’est qu’au fond c’est le public qui devrait savoir ce qui est mieux pour lui. Pourquoi tous, qu’on soit bloggeur, journaliste, reporter, carnetier ou encore chroniqueur ne faisons pas tout simplement confiance aux gens qui nous lisent. Ils ne sont peut-être pas si cons que çà...

    1er décembre 2007 | répondre | permalien

    Je comprends la peur des journalistes, et elle est normale.

    Mais je continue à croire pour ma part qu’on se trompe un peu de débat.

    Le journalisme professionnel et le journalisme citoyen sont deux entités bien différentes à mon sens.

    « Il n’y a que les journalistes qui peuvent garantir que la mise en contexte n’est pas biaisée parce que les journalistes obéissent à un code d’éthique, à des normes. Si nous ne le faisons pas, nous sommes sujets à recevoir un blâme. De l’ombudsman de Radio-Canada, du Conseil de presse ou, pire, d’un tribunal ! »

    Il me semble que l’information est prise partout, par n’importe qui. La garantie de recevoir une information juste est effectivement possible de la part des journalistes professionnels mais ça n’empêche personne de récolter une information sur n’importe quel blog et site, comme le nôtre) sans qu’il se formalise de cette garantie.

    Le débat devrait être : comment encadrer ces différents types d’information.

    Et non pas savoir si le journalisme citoyen est du journalisme professionnel. Il me semble que cette question se règle dans l’appellation même de ces deux entités.

    Et je ne comprends pas pourquoi on devrait justement que le dit Stephane, faisons confiance à nos lecteurs. Sans oublier de leur expliquer le contexte bien certainement.

    3 décembre 2007 | répondre | permalien

    Ce même texte sur mon blogue a provoqué aussi une petite discussion et, si nous devons abandonner le titre « journaliste citoyen » pour quelques raisons que ce soit, Folly, anciennement Folliculaire, a eu une bonne idée toute simple, mais efficace : blogueur citoyen ! Cela permet de clarifier le terme "blogueur" qui désigne majoritairement des gens qui parlent de sujets personnels.

    Message aux responsables de Cent Papiers (pendant que j’y pense...) : ça serait bien si vous pouviez ajouter une fonctionnalité permettant de s’abonner aux commentaires d’un billet qui nous parviendraient par courriel.

    3 décembre 2007 | répondre | permalien

Les plus populaires

la communauté centpapiers

Ailleurs sur le Web

Loading...

Droits

Creative Commons License
Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.