6 octobre 2008 |
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À propos de l’Afghanistan, un général a fait cette étonnante déclaration : « Nous n’allons pas gagner cette guerre ». Qui plus est, le général de brigade Mark Carleton-Smith, le plus haut gradé britannique en Afghanistan, en a ajouté un peu en confiant, dans une interview publiée dans les pages de l’hebdomadaire britannique Sunday Times, qu’il serait « peu réaliste et probablement fou » d’imaginer que les forces multinationales en Afghanistan puissent débarrasser le pays des groupes armés : « Il faut réduire nos ambitions. Il serait irréaliste de penser que la force multinationale pourra débarrasser complètement l’Afghanistan de toutes les bandes armées ». Vives réactions de Abdul Rahim Wardak, ministre afghan de la Défense, qui a présenté cette opinion du militaire britannique comme « l’opinion personnelle » d’un officier et il s’en est dit « déçu ».
Ces propos du général de brigade surviennent quelques jours après la divulgation par Canard enchaîné d’un mémo d’un diplomate français, dont l’authenticité n’a pas été confirmée, rapportant les vues pessimistes de l’ambassadeur britannique en Afghanistan. La réalité afghane ne s’arrête pas aux simples déclarations du général Carleton-Smith. Le Canard Enchainé a en effet publié ce qui pourrait s’avérer un télégramme diplomatique, envoyé de Kaboul à Paris le 2 septembre, qui relate des échanges entre Sherard Cowper-Coles, ambassadeur britannique à Kaboul, et un fonctionnaire français. L’ambassadeur, qui se trouve dans une situation gênante, aurait déclaré que « la stratégie américaine est destinée à échouer » et que l’Afghanistan devrait plutôt « être régi par un dictateur acceptable ».
Aussitôt publié, aussitôt démenti par le gouvernement britannique. 8000 soldats britanniques sont déployés en Afghanistan et ils sont confrontés un peu plus chaque jour à la résistance armée des talibans. Plus de 70 000 soldats étrangers y sont actuellement déployés.
La perplexité du général Carleton-Smith semble partagée par le représentant spécial de l’Onu en Afghanistan, Kai Eide, qui s’est dit d’accord avec le général pour estimer que la guerre contre les taliban était ingagnable militairement. Guerre de mots, le général David MacKiernan, commandant des troupes de l’Otan en Afghanistan, s’était dit mercredi dernier « plus convaincu que jamais que les taliban n’auraient pas le dessus ».
Au Canada, le ministre de la Défense, Peter MacKay, considère que toute négociation avec les talibans devrait être dirigée par le gouvernement afghan. Le ministre n’a pas dit s’il croyait qu’une victoire était impossible en Afghanistan. Pour sa part, Jack Layton a tenté une récupération singulièrement partisane des propos du général Carleton-Smith en déclarant tout de go que ceux-ci concordent avec la vision du NPD et des Canadiens qui souhaitent que les troupes canadiennes quittent l’Afghanistan. M. Layton a affirmé qu’il faut maintenant envisager des pourparlers de paix pour mettre un terme aux actions des insurgés talibans. Monsieur MacKay n’apprécie guère : « La position de M. Layton est que nous devrions capituler complètement et nous asseoir avec les talibans pour leur parler, ce qui est impossible pour le gouvernement canadien ». Stephen Harper, sans reprendre le point de vue du général Carleton-Smith a tout de même reconnu qu’il était irréaliste de croire à l’idée d’une victoire totale et décisive sur les talibans. « L’objectif réaliste est de réduire l’insurrection à un niveau contrôlable qui pourra être géré par l’armée afghane », a soutenu le premier ministre sortant. « Nous savons tous que nous ne pouvons pas gagner militairement », a pourtant affirmé l’émissaire des Nations unies lundi.
Le général Carleton-Smith est d’avis que « si les talibans étaient prêts à s’asseoir à une table pour parler d’une solution politique, alors cela serait précisément le type de progrès susceptible de mettre fin à ce type d’insurrection ». La riposte des taliban na pas tardé : « Les taliban ne négocieront jamais avec les envahisseurs », a fait savoir un représentant du mouvement islamiste afghan, Qari Mohammad Yousuf. « Nous avons dit par le passé, et nous le redisons une fois de plus, que les forces étrangères doivent se retirer sans aucune condition ».
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