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    • Guillaume Lamy
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    Le féminisme linguistique

    le 10 août 2007 | 577 visites | 3.18 / 5 | 1 commentaire(s)

    La version originale de cet article a été publiée à cet endroit.

    Un certain courant féministe, qu’on pourrait qualifié de féminisme linguistique, cherche à imposer la féminisation de la langue dans les institutions. En plus de cette réforme institutionnelle, ce courant cherche également à corriger les mentalités pour que culturellement, tous les membres de la société se conforment à la pratique.

    Cette ambition cherche à remplacer systématiquement toute référence faite au masculin par une formule incluant les deux genres. Conséquemment, au lieu de dire « les Québécois iront aux urnes » (formulation dite inappropriée), il vaudrait mieux dire « les Québécoises et Québécois iront aux urnes ».

    Pourquoi de telles revendications ? Plusieurs motivations peuvent en expliquer la nature.

    On argue que de la syntaxe traditionnelle de la langue française se dégage une certaine forme de patriarcat. L’emploi exclusif du masculin pour désigner un groupe d’hommes et de femmes évoquerait indirectement (même, dit-on, inconsciemment) une forme de domination masculine...

    Voici un premier argument douteux. Par définition, le patriarcat est un modèle social qui exclut les femmes de toute forme de pouvoir politique... Observons deux définitions reconnues du patriarcat.

    1- « Le patriarcat est le modèle de la famille romaine où le père tout puissant a le droit de vie et de mort sur sa femme et ses enfants ». [1]

    2- Pour Emmanuel Castel, le patriarcat est un « modèle d’autorité institutionnalisée des hommes au sein de la famille qui s’introduit dans toute l’organisation sociale ». [2]

    En résumé, le patriarcat est un modèle de société foncièrement inégalitaire où les femmes sont institutionnellement inférieures aux hommes. De toute évidence, les sociétés occidentales ne sont plus patriarcales. Or, les adeptes de la féminisation voient donc dans la syntaxe traditionnelle de la langue française un restant symbolique du patriarcat.

    Or, voilà l’erreur. La langue française est truffée de règles et de logiques qui ne doivent être interprétées idéologiquement.

    Les langues latines ont cette propriété qui est de donner un genre aux mots, même lorsqu’il s’agit d’objets et de concepts abstraits. Alors qu’en anglais « a table » (une table) soit de genre neutre, en français, le même mot devient féminin ; même chose pour « a mathematical formula », qui devient féminin en français malgré qu’il s’agisse d’une pure abstraction. C’est justement de cette propriété d’où découle la mauvaise interprétation des féministes linguistiques.

    Par exemple, celles-ci prétendent qu’en employant uniquement le masculin, comme dans « les Québécois iront aux urnes », on exclurait les femmes du propos ; pis encore, on peut même entendre que cette façon de s’exprimer signifie qu’on ne considère pas l’importance des femmes dans l’exercice électoral…

    Il s’agit d’une mauvaise interprétation. Lorsqu’on dit « les Québécois », on fait référence au peuple et le peuple s’écrit au masculin. Par définition, un peuple inclut automatiquement tous les hommes et les femmes dudit peuple. Il n’y a aucune exclusion de quelque nature que ce soit. Il s’agit d’une propriété de la langue écrite que de faire des références sous-entendues sans les mentionner explicitement.

    Un autre exemple, inversé celui-ci. Lorsqu’on parle de la « gent humaine », on fait référence à toute l’espèce humaine, à l’humanité. Ainsi, si on entend « notre gent est grandiose » ceci s’accorde au féminin. Cette formulation n’exclut en rien les individus de sexe masculin, puisque par définition, la gent inclut la dualité sexuelle de l’espèce. On pourrait aussi parler de la « carte étudiante » qui s’écrit au féminin mais qui peut bien entendu représenter un étudiant ; quel est la pertinence de remplacer la terminologie actuelle par une du genre : « carte d’étudiant-e-s » ou « carte d’étudiant-étudiante » ?

    Misogynie grammaticale

    Plus profondément, une autre règle m’apparaît mal comprise par les féminites-linguistiques, c’est celle selon laquelle le masculin l’emporte sur le féminin lors d’une énumération…

    Le masculin l’emporte sur le féminin, non en excluant le genre féminin, mais en devenant neutre. Lorsqu’on parle des étudiants, on fait référence à un groupe préalablement défini qui peut sans problème être de constitution mixte. Le terme « groupe » est masculin dans sa définition terminologique, mais peut être neutre dans sa signification effective.

    Ainsi dans le cas d’un texte qui évoque les « étudiants », si le groupe a été défini antérieurement dans le texte ; il n’y a simplement aucune pertinence de rappeler que ce groupe contient des hommes et de femmes (par exemple en disant « les étudiants et étudiantes »). La littérature détient ce potentiel qui est de maintenir en mémoire des définitions sans avoir à les répéter systématiquement.

    Conclusion

    Je crois avoir fait le tour du sujet. Mais avant de finir je préciserai pourquoi j’ai senti utile de faire un billet (quand même long) sur un sujet qui au fond n’en mérite pas tant à première vue.

    Le féminisme traverse actuellement une phase de remise en question dans l’opinion publique. Certains commentateurs osent même affirmer que le féminisme aurait perdu sa raison d’être (ce qui est faux à mon avis). Vous voyez où je voulais en venir avec ce billet. Alors que des voix remettent en question l’existence même du féminisme, certaines féministes dépensent des énergies (même souvent en moralisant la population !) sur des thèmes infondés comme celui de la féminisation de la langue... Militer pour une telle cause contribue à agacer les gens et ne favoriser rien d’autre que l’abstraction des vraies causes féministes dans le discours médiatique.

    POST-SCRIPTUM : Références : 1- « Le dictionnaire des sciences humaines », édition sciences humaines, 2004 ; 2-« Le Pouvoir de l’identité », Emmanuel Castel, 1997

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    Mots-clés : québec et féminisme

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  • 1 COMMENTAIRE(S) | Répondre à cet article

    Guillaume

    Permettez-moi de ne pas être d’accord avec votre billet, ce qui ne lui enlève rien à sa démarche de sensibilisation. La langue, au même titre que la société, évolue. Il en va ainsi des lois. Si j’appliquais ce raisonnement - bien légitime, je ne le conteste pas - aux lois, il y a longtemps que nous vivrions en société archaïque et peu évoluée. Un vieil adage dit bien que la société précède les lois. Pourquoi n’en serait-il pas ainsi pour la langue ? La langue vernaculaire d’ici n’est certes pas parlée de la même manière qu’en Afrique, en Haiti, en Europe. Ses distinctions en font une langue qui vit.

    Je préfère d’emblée une langue vivante à une langue morte. Les règles sont là pour évoluer, non pour stagner. Comprenez-moi bien : ma préférence va plus à une langue qui évolue - et que la société adopte - qu’à une autre qui stagne et que la société rejette.

    Je m’inquiète davantage du fait que la langue française ne soit pas adoptée par les communautés immigrantes qui acceptent l’hospitalité du Québec.

    Pierre R.

    11 août 2007 | répondre | permalien

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