
A la Havane, la vie reprend son cours, mais dans l’air reste toujours cette saveur, ce sentiment que nous vivons un moment historique. Des centaines de délégations, plusieurs dizaines de chefs d’état, de l’Afrique du Sud au Suriname en passant par Djibouti, ils étaient tous là. Sans oublier les milliers de journalistes, les photographes, les équipes techniques, tous réunis dans cette île sous blocus depuis 44 ans.
A quelques dizaines de kilomètres de la Floride, le Tiers-monde discute, négocie, réfléchie, signe et décide d’agir. Sous l’observation de l’Union Européenne, l’Union- Africaine, et les Nations Unies.
Un alignement annonce
Lors de cette XIV e conférence, les membres du Mouvement ont non seulement ratifié les principes qui les avaient unis à Bandung il y a 56 ans, mais en plus ils ont reconnu que l’alignement du 21 ième siècle avait pris une nouvelle tournure.
A sa création, en pleine guerre froide, le Mouvement se voulait non aligné sur le monde bipolaire, promoteur de paix et opposé a la création des blocs militaires.
L’idée première de l’alignement (ou du non-alignement) surgit alors que ses membres sortaient de plusieurs siècles de colonisation, de domination et d’esclavage. Ce qui unissait principalement les membres du NOAL était la dure domination et l’oppression qu’ont connu leur population, et leur volonté de se construire après des siècles de prises en otage.
Le monde a changé depuis Bandung, et la situation du Tiers-monde n’a fait qu’empirer. Le sous-développement fait ravage, la pauvreté, l’analphabétisme, la faim, les maladies et la misère sont le quotidien du deux tiers de la population mondiale. Pis encore, car l’esclavage et la colonisation modernes sont plus sournois, plus forts, et ont pénétré plus profondément nos sociétés.
Cependant, en ce début de siècle, les NOAL ont un défi plus grand, qui est la lutte contre « l’unipolarisme et les visées de domination hégémonique dans les relations internationales », de même que « les modèles néolibéraux imposés dans le cadre de la mondialisation en cours ».
La question du terrorisme international a été traité, en rappelant qu’il fallait distinguer entre terrorisme, volonté d’auto-détermination, et lutte de libération. Les cas les plus évidents sont ceux de la Palestine et de l’Irak.
Le Mouvement a réaffirmé son appui à la charte des Nations Unies, et tous ses membres doivent travailler à fortifier l’institution, pour promouvoir la paix et le bien commun.
Le non-alignement de ce siècle porte aussi sur le droit de développer l’énergie nucléaire pour des fins pacifiques, abolissant ainsi le monopole que s’accordent certains pays, et dénoncent les États-unis qui appuient Israël à renforcer son arsenal nucléaire. Le non-alignement dénonce vigoureusement les agressions contre le peuple palestinien, le Liban, et l’islamophobie montante. Le non-alignement condamne l’ingérence, et l’attaque à la souveraineté.
Finalement, le document final de cette XIV rencontre traite des questions mondiales, régionales et sous-régionales ainsi que du développement et des droits de l’homme. D’un point de vue économique, le Mouvement s’engage à augmenter la coopération Sud-Sud, et les échanges économiques entre eux, ce qui permettrait un commerce plus équitable. Le Mouvement s’aligne ainsi à lutter contre l’ordre économique mondial actuel qui est insoutenable et voué à l’échec.
L’axe du mal
Parmi les pays invités, figuraient les États-unis qui considéraient le Sommet comme la rencontre des anti-américains, a refusé l’invitation cubaine. Il est vrai que tous les membres de l’axe du mal de monsieur Bush étaient présents. Il est vrai également qu’en exigeant le respect du droit international, les Etats-Unies brillaient sur le banc des accusés.
En comptant parmi les présents Hugo Chavez, Evo Morales, Raul Castro, et le président iranien Almadinejad, les Etats-Unis étaient effectivement souvent pointé du doigt, et avec raison.
Croire que le Mouvement des non-alignés est anti-américain est erroné, et le fait d’appuyer la charte des Nations Unies donne encore plus de mérite au Mouvement. En effet, le recours à la force, au chantage, à la menace, et à la guerre préventive est devenu monnaie courante. Voilà pourquoi les non-alignés accusent les Etats-Unis, principal responsable du terrorisme et de la promotion de la guerre. Et ce sont tous les non-alignés, soient 118 pays qui accusent, se joignant ainsi à l’axe du mal.
Rendez-vous en Égypte
Après s’être félicité du succès du Sommet, et en se promettant que cette rencontre marquera un avant et un après le 11 septembre 2006. Plusieurs se sont rendus à New York pour la 61e Assemblée générale ordinaire des Nations-Unies.
Le rendez-vous est pris, les 118 membres se retrouveront en 2009 au Caire, et la révolution cubaine célébrera son 50ième anniversaire
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