
Imaginez un garçon mal servi par la vie. Petit et pas très beau, apparemment dépourvu de charme et constamment harcelé par ses compagnons de classe. Isolé parce qu’obèse, battu parce que fragile et inoffensif, rejeté socialement parce qu’à mille lieus de l’esthétique ambiante, ce garçon de Port Albert, en Angleterre, a longtemps été impuissant à s’imposer dans un monde qui l’avait depuis toujours humilié.
Solitaire, sans aucune confiance en ses talents et sans amis, Paul Potts est aujourd’hui devenu un adulte. Gagnant bien sa vie à titre de vendeur de cellulaires et respecté de ses pairs, Paul se réfugie dans le chant depuis sa tendre enfance. Grand amateur d’opéra, il chante pour oublier sa souffrance, pour panser ses blessures d’enfant rejeté. Seul dans sa chambre. Seul, toujours isolé et jamais valorisé par qui ou quoi que ce soit.
Évidemment, personne ne sait le talent unique qu’il possède. Non seulement garde-t-il sa passion secrète, mais seule sa mère connaît le talent et la passion qui l’habitent tous les jours. Habitué d’être un souffre-douleur, le chant demeure son refuge ultime contre la tentation de la mort.
Et puis vint le concours télévisé Britain’s got talent. Calqué sur le modèle d’American Idol, BGT est une émission vue par quelques dizaines de millions de personnes en Grande Bretagne. Pour un homme dont la vie se résume à une suite d’humiliations et d’exclusions, se présenter dans un tel concours relève de l’exploit olympique. Rien de moins.
Aux premières auditions télévisées, il fait pleurer une juge, reçoit une ovation spontanée et fait ramollir les deux autres juges dont la réputation d’intransigeance n’est plus à faire. Son interprétation de Nessun Dorma - de Puccini - a créé un choc correspondant à un tremblement de terre d’intensité 9 à l’échelle de Richter.
Outre les téléspectateurs britanniques, personne d’autre n’a pu être témoin d’une telle performance vocale. Ce n’est que lors de son passage à Montréal le 19 octobre dernier que son existence m’a été révélée. Il faisait la promotion de son premier album. Avec une dent cassée, cet homme à la voix d’or a créé une certaine curiosité chez moi lorsqu’il est apparu à la télévision vendredi. Une voix si touchante, une bouille sympathique et fragile ainsi qu’une humilité cachant une blessure si profonde m’ont conquis. Je devais en apprendre davantage sur le personnage.
Il est possible, grâce à Internet et YouTube, de constater de visu la puissance vocale de cet individu. À ce jour, plus de 25 millions de personnes ont été à même de constater l’ampleur du phénomène qu’est Paul Potts. Impressionné par cette voix venue du ciel, c’est surtout le fait d’être touché par son histoire de vie, laquelle n’aurait jamais pu atteindre le Québec (et le monde) sans cet outil de communication qu’est Internet.
Le Web, malgré les immenses abus, insignifiances et autres incongruités dont elle recèle, permet de révéler au monde entier des histoires remplies d’espoir et d’humanité. Des histoires comme celle de Paul Potts, un homme dont la vie aurait été vécue dans l’anonymat total n’eut été de la télévision et d’Internet. Un homme enfermé dans sa solitude, cette prison intérieure dont la voix a donné l’élan nécessaire à l’épanouissement mérite toute notre attention et notre admiration. Une histoire de courage à suivre et à multiplier…
Cette histoire me touche également. Merci de nous la raconter. Un autre aspect de ce miracle qu’est l’Internet et de cette révolution qu’apportent les blogues
Pierre JC Allard

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