On ne se rend pas toujours compte de la puissance des mots. La langue ne sert pas uniquement à s’exprimer, à communiquer, à enseigner ou transmettre, elle sert aussi à « faire » : faire croire, faire ressentir, faire obéir, faire taire. Ce qui nous amène au pouvoir du Verbe.
« Quand les hommes ne peuvent changer les choses, ils changent les mots. » Jean Jaurès
Depuis que l’homme s’emploie à décrire ce qu’il observe et ce qu’il ressent, les mots lui servent de support pour transmettre aux autres sa réalité. Pourtant, nous n’accordons pas tous le même sens au même mot et employons des termes différents pour décrire un même phénomène.
Les mots, si on sait bien les combiner, produisent un effet de persuasion voire une certaine séduction. En mettant dans un certain ordre les termes que connaît le destinataire, on le rassure et gagne sa confiance. Prenons, par exemple, la publicité qui ajoute au pouvoir du verbe celui de la musique et de l’image. Plus invasive encore lorsqu’elle devient propagande, elle choisit les bons vecteurs, en sachant toucher le public ciblé de façon répétitive et efficace, en le mettant dans de bonnes dispositions pour recevoir le message.
Une autre forme de pouvoir du verbe ressort à la littérature : efficace, non seulement par l’information qu’elle nous délivre, elle est aussi puissante par sa façon d’évoquer une multitude de sentiments et d’émotions offerts à l’interprétation de chacun. Son pouvoir merveilleux et redoutable s’exerce sur le cœur, l’intelligence et l’esprit.
Le choix des mots est devenu une affaire sérieuse. Ne signale-t-il pas toujours une certaine forme d’adoption ou de refus des idées et des choses ? On se doit de réfléchir aux mots que l’on emploie surtout depuis que notre société a adopté la tendance du politiquement correct. Une censure qui repose sur des procédés qui ne sont pas loin de devenir des tics. Comme le but est de ne pas appeler les choses par leur nom, on recourt à des formulations négatives – beaucoup plus péjoratives selon moi- comme "non apprenant" (un cancre), ou "contre-performance" (en fait, un échec) ; on ne meurt plus, on "part"…
Mots-clés, mantras, mot magique, mot maudit, mot caché…Il y a tant de mots qui restent à dire et à écrire. Des mots précieux qu’il faut garder. Des mots rares comme l’eau d’un désert. Des mots que l’on conserve dans son cœur, mots qui réchauffent et font tomber toutes les armures, des mots qui libèrent et qui réconcilient.
Mais il y a aussi ceux qu’on ne dira jamais, dangereux ou trop vrais. Des mots durs, tranchants, qui blessent ou tuent. De ces mots qui font mal, foudroient comme un éclair dans un ciel sans nuages. Des mots que l’on voudrait reprendre…trop tard.
/BOUCLE_video>
Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.
À propos de Cent papiers | Tous droits réservés, Cent Papiers 2006-2007 | Roule sous Spip 1.9.2b | Design: Olivier Niquet | Écrivez-nous !