Il est difficile de ne pas faire le parallèle. Le Québec cherche son indépendance et tente de l’obtenir par tous les exercices démocratiques qui se puissent trouver. Le Kosovo, province séparatiste du sud de la Serbie, a proclamé dimanche son indépendance. Le Parlement du Kosovo, convoqué en session extraordinaire, a proclamé dimanche à Pristina l’indépendance de la province serbe à majorité albanophone. Sur les deux millions de Kosovars, 90% sont de souche albanaise, la plupart musulmans, avec une petite minorité de catholiques. « A partir d’aujourd’hui, le Kosovo est fier, indépendant et libre », avait déclaré avant le vote à l’unanimité de la proclamation le Premier ministre, Hashim Thaci. « Le Kosovo ne sera plus jamais gouverné par Belgrade. Ce sera un État démocratique, pluriethnique », a-t-il dit. « Nous n’avons jamais perdu foi dans le rêve qu’un jour, nous compterions parmi les nations libres du monde », a déclaré Hashim Thaci. « Nous, les dirigeants démocratiquement élus de notre peuple, déclarons par la présente que le Kosovo est un État indépendant et souverain ».
Washington avait apporté par avance son soutien à l’indépendance alors que Moscou apporte son soutien aux « justes » revendications de la Serbie de « rétablir l’intégrité territoriale du pays ». Les États-Unis, la France, l’Allemagne, la Grande-Bretagne et l’Italie devraient être parmi les premiers à reconnaître le Kosovo indépendant. Cet aboutissement du Kosovo, vers cette déclaration de son indépendance, tant souhaitée des Kosovars eux-mêmes, a été jalonné par un territoire dont le contrôle a été tour à tour revendiqué par les Serbes et les Albanais.
« Nous avons des confirmations de quelque 100 pays du monde qui sont prêts à reconnaître l’indépendance immédiatement après la proclamation », avait déclaré, plus tôt, en février, le Premier ministre, Hashim Thaci, aux journalistes. « Nous aurons une reconnaissance (internationale) forte et massive », avait-t-il souligné à la suite d’une réunion avec le chef de la mission de l’ONU au Kosovo (Minuk), Joachim Rücker.
Au-delà de la déclaration d’indépendance, il y a, bien sûr, la situation géopolitique du Kosovo. Un Kosovo indépendant pourrait devoir développer une dépendance financière à l’égard des États-Unis, donnant ainsi à ces derniers un proche contrôle sur le débouché du gazoduc Caspienne-Grozny-Novosibirsk-Bulgarie-Monténégro. En réplique, dans leur plan géostratégique, les Russes envisagent pour leur part de reconstituer leur flotte en Méditerranée en la basant dans le fjord de Kotor au Monténégro. Des perspectives qu’il ne faudra pas ignorer à court et moyen termes.
La déclaration d’indépendance, « unilatérale et illégale », selon la Serbie, a été immédiatement rejetée par la voix de son président, Boris Tadic. La Serbie, inflexible, a demandé son « annulation », en condamnant vivement des Occidentaux responsables, selon Belgrade, de l’amputation d’une partie de son territoire. Selon une déclaration du ministère des Affaires étrangères, la Russie, Moscou ajoute souhaiter que le Conseil de sécurité engage de nouveaux efforts en vue de régler la question du statut du Kosovo. « La Serbie demande à tous les membres de l’ONU de respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Serbie (...) et rejeter la prétendue indépendance du Kosovo », a déclaré son président, Boris Tadic.
« Le président des États-Unis, qui est responsable de cette violence, de même que ses partisans européens, figureront dans l’Histoire de la Serbie en lettres noires », a menacé dans une diatribe d’une rare violence le Premier ministre Vojislav Kostunica. Le président Tadic a rejeté tout recours à la force de la part de la Serbie : « La Serbie n’aura pas recours à la violence, et c’est l’unique approche que nous pouvons utiliser pour continuer notre lutte légitime pour préserver l’intégrité de notre pays », a souligné le président.
La nation du Kosovo sera créée sur la base du plan Ahtisaari, du nom de son auteur, le Finlandais Martti Ahtisaari, qui proposait, pour cette province du sud de la Serbie, une indépendance « sous supervision internationale » assurée par une mission de l’Union européenne. Approuvé par les Occidentaux, ce plan a été bloqué au Conseil de sécurité de l’ONU par la Russie, hostile à l’indépendance du Kosovo.
Pendant ce temps au Canada…
Comme l’indique Agnès Gruda, de La Presse, au Kosovo, il n’y a pas eu de référendum et Belgrade tient à son intégrité territoriale de toutes ses forces. « Pour le Canada, se serait un précédent de reconnaître le Kosovo dans ces circonstances. Surtout depuis que nous avons la Loi sur la clarté », souligne Peter Stoett, politicologue de l’Université Concordia. « Le parallèle entre le Canada et le Kosovo est absurde », tranche le « p’tit père de la loi sur la clarté », le chef libéral Stéphane Dion. « Au Kosovo, la population a été victime d’exactions graves qui ont nécessité une intervention armée, et il y a une majorité claire en faveur de l’indépendance ». Fait à noter, le préambule de la « Loi Dion » se fondait, notamment, sur cet « attendu » : « que la Cour suprême du Canada a confirmé que ni l’Assemblée nationale, ni la législature, ni le gouvernement du Québec ne dispose, en droit international ou au titre de la Constitution du Canada, du droit de procéder unilatéralement à la sécession du Québec du Canada ».
Dans son communiqué, le Bloc québécois indique pour sa part que : « Après le Monténégro, la Slovaquie ainsi que les ex-républiques de la Yougoslavie et de l’Union des Républiques socialistes soviétiques, le Kosovo accède ainsi à l’indépendance nationale et compte ainsi parmi plus de 20 nouveaux pays ayant accédé à la souveraineté depuis 1990 ». Et pour le Bloc québécois : « Un Québec souverain se retrouverait au 22e rang au monde quant à son produit intérieur brut (PIB) par habitant (30 143 $ US). Sur le plan de la superficie de son territoire (1 667 441 km(2)), le Québec se placerait au 18e rang dans le monde. En regard de la population (7 651 531 habitants), il se situerait au 91e rang ».
Christian Rioux du Devoir posait le 1er février dernier cette question encore très pertinente : « Que pensez-vous de l’indépendance unilatérale du Kosovo, qui pourrait être déclarée très bientôt ? La question a été posée à Jean Charest lors de son récent passage à Paris. Diplomate, le premier ministre a esquissé un sourire avant de se réfugier derrière le principe de la non-ingérence dans les compétences fédérales. Un principe qu’il enfreint pourtant à l’occasion lorsqu’il parle, par exemple, de l’Irak dans les studios de TV5 à Paris ou quand il sermonne Stephen Harper devant des chefs d’État étrangers parce qu’il ne défend pas suffisamment l’idée d’un traité de libre-échange avec l’Europe ».
À la fin de janvier, monsieur Eric Tremblay, nouveau président élu du Parti indépendantiste, écrivait dans une lettre ouverte à La Presse : « Malgré un appui majoritaire de 61% du peuple québécois (Québécois de souche française et Québécois d’origines étrangères vivant en français), le Québec n’est toujours pas un pays. Cette réalité ne doit plus être ignorée. Jouer à l’autruche nous coûte très cher. Nous ne devons plus accepter que le bloc canadien nous barre la route de l’indépendance. La voie référendaire est d’autant plus viciée depuis l’adoption de la Loi C-20 de Stéphane Dion, car elle permet à Ottawa, non seulement de juger de la clarté de la question référendaire, mais de fixer le seuil requis pour entamer des négociations sur la sécession du Québec. Cette loi anti-démocratique jumelée au déclin constant de notre poids démographique au Québec rendent irréalisable l’accession du Québec à son indépendance par référendum ».
En conclusion, le Canada reconnaîtra-t-il officiellement un pays qui se déclare unilatéralement, et par la volonté de son parlement, indépendant et souverain ? Il sera difficile pour le Canada de ne pas s’aligner sur les États-Unis, dans ce cas, comme cela est devenu son habitude depuis l’avènement du gouvernement minoritaire conservateur. Voilà question.
/BOUCLE_video>Je vois une différence importante entre le Québec et le Kosovo : la moitié des Kosovars n’est pas contre l’indépendance de leur pays, comme c’est encore le cas au Québec !
En fait, la plus grande différence, c’est que la sécession du Kosovo a plus à voir avec les intérêts de l’OTAN et de la grande entreprise qu’un réel désir des kosovars. Avec la méga base militaire permanente US Camp Bondsteel, ce pays est encore sous occupation dans un certain sens. C’est la balkanisation de la région, et une menace pour la Russie qui voit ça comme un précédent pour les autres états satellites qui voudraient se séparer.
Ça risque de chauffer beaucoup dans la région dans les temps à venir...
Gilles
C’est exact. Se trouve-t-il un seul Kosovar qui ne veule l’indépendance du pays ? Puisqu’il n’y a pas eu de référendum, difficile à dire, si on fait, bien évidemment, abstraction de l’enclave serbe au Kosovo. La nouvelle Constitution serbe, qui affirme que le Kosovo est une partie inaliénable de la Serbie, n’avait été approuvée tout de même qu’in extremis par 51,6% des électeurs inscrits. Le taux de participation n’avait atteint que 53,5% des 6,6 millions inscrits, alors que, pour entrer en vigueur, la Constitution devait être approuvée par plus de 50% des électeurs inscrits. Plusieurs petits partis d’opposition, dont le Parti libéral démocrate (LDP), avaient appelé à boycotter le référendum. Et de l’autre côté, le référendum avait été aussi boycotté massivement par les Kosovars albanais qui, depuis 1990, ne participent plus aux scrutins organisés par les autorités serbes.
François
Bien évidemment que la Russie, l’Espagne et les pays qui vivent des situations potentiellement dangereuses en matière de sécession d’un de leurs satellites voient d’un mauvais œil cette indépendance unilatérale décrétée par un parlement élu. Et il ne faut pas sous-estimer les intérêts économiques en cause.
Pierre R.

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