L’autre 400e anniversaire de Québec, vous connaissez ?
Du 26 au 28 juin prochain se déroule sur Place Georges V un évènement qui ne figure pas dans la programmation officielle du 400e de Québec : le camp des « 4 sans » ; les sans toit, les sans l’sou, les sans droits et les sans voix. Le lieu n’est pas banal. Pour ceux qui ne le situeraient pas, il est tout juste en face des ruines du Manège militaire de Québec. Quel plus beau symbole de l’échec d’une société d’opulence qui préfère fermer les yeux sur la gravité des problèmes de logement !
Selon les chiffres d’un communiqué du Comité logement du Plateau Mont-Royal, il y a plus de 203 000 ménages locataires québécois qui doivent débourser au-delà de la moitié de leur revenu en loyer.
À Québec, à peine 0,9 % des logements convenant aux familles sont inoccupés. Or, quand il y a pénurie de logements, il y a forcément hausse des loyers. On peut comprendre que pour les familles disposant de peu de revenus, c’est dramatique.
Heureusement, autant pour les familles que pour les autres, l’existence d’une Régie du logement assure que la hausse n’est pas trop élevée, mais la Régie n’a pas juridiction dans le cas des nouveaux logements.
La hausse des loyers se répercute à son tour sur le nombre de demandes d’évictions. Il y en a eu plus de 45 000 en 2007.
Devinez où vont ceux que l’on réussit à évincer ? Cela contribue à un accroissement du nombre déjà dramatique de sans-abris, un problème qui touche de plus en plus de femmes et de jeunes.
Encore récemment, la Ville de Montréal elle-même demandait au gouvernement du Québec de se doter d’une Politique de l’itinérance.
Je me rappelle très bien de cette émission de Maisonneuve en direct au cours de laquelle le ministre Couillard reconnaissait que l’itinérance n’est pas un problème de santé et de services sociaux, mais un problème de société. [Nathalie Reich, coordonnatrice du Réseau SOLIDARITÉ Itinérance du Québec (RSIQ), le mentionne dans un article publié en février dernier - Le gouvernement du Québec reconnaît la nécessité d’une politique en itinérance).
Il y a un an, Pierre Maisonneuve posait aussi la question suivante à son auditoire : payons-nous trop cher pour nous loger adéquatement ?
Le premier commentaire écrit, qu’on peut encore lire sur le site de l’émission, est venu d’une retraitée de Québec :
« Payer la moitié de son revenu en logement, c’est beaucoup trop ! Je parlerai en tant que retraitée. J’ai opté pour un endroit à clientèle variée p.c.que je veux ’’vivre’’ parmi ce monde et non m’isoler.Je suis bien dans cet environnement de banlieue. J’avais droit à une alloc. logement jusqu’à 70 ans c.a.d. avant de devoir retirer des bénéfices d’un tout petit REER viré en FEER. A cause de ce tout petit boni, je devrai être privée de l’allocation. Avec les dépenses inhérentes au vieillissement : soins et remèdes non prescrits, oui, le revenu est insuffisant et le coût des logements trop élevé. Si le gouvernement est sincère dans son maintien à domicile, dans mon cas, je n’en vois pas les effets ou bienfaits. »
De leur côté, les propriétaires se plaignaient du fait que « les loyers dans les grandes villes québécoises sont bien inférieurs à ceux des autres villes canadiennes ». Ils réclamaient le droit de les augmenter en fonction du marché.
La solution n’est certainement pas du côté d’une hausse des loyers, au-delà de celle qu’autorise la Régie, tant qu’il n’y aura pas assez de logements financés autrement que par des propriétaires qui veulent rentabiliser leurs investissements. La question n’est pas de savoir si cette volonté est légitime et dans quelle mesure ; l’arrimage des loyers au marché ne pourrait qu’ajouter encore plus de sans abris.
La situation du logement et des sans abris est très complexe et ne tient pas qu’aux sous qu’on y met ou non. Par exemple, un reportage du 15 janvier dernier révélait que plus du tiers des sans abris de Montréal sont des autochtones (Autochtones urbains).
Il y a aussi les personnes souffrant de maladie mentale qui ont énormément de difficulté à se loger convenablement. À la limite, il est plus facile de régler les problèmes de logement d’une personne en chaise roulante que d’une personne schizophrène.
Ici, dans le quartier où je vis (Saint-Roch), un grand nombre de logements sont dans un état lamentable. Il y a aussi plusieurs terrains vides où pourraient être construits des logements administrés par des coopératives d’habitation, autant pour les personnes seules que les couples et les familles.
Peut-être faut-il aussi trouver de nouvelles formules de financement du logement.
Imaginons, par exemple, un fonds qui recueillerait des épargnes volontaires pour les transformer en projet de logements à coût abordable. Le seul montant des ristournes annuelles des Caisses populaires Desjardins ferait déjà un beau magot.
J’y songe, on pourrait aussi ajouter, comme attrait à cette forme d’épargne pour le logement social, des exemptions d’impôt.
J’ai même une idée de slogan publicitaire : « Profitez d’abris fiscaux qui profitent aux sans-abris ».
/BOUCLE_video>Il y aurait peut-être une autre possibilité, les promoteurs immobiliers ne sont pas intéressés à investir dans le logement, car ils disent que ce n’est pas assez rentable, et ils préfèrent alors se tourner vers la construction de condos.
Alors, pourquoi qu’on ne demanderait pas au Fonds de solidarité de la FTQ, de s’impliquer en investissant une partie de leurs fonds dans le logement social ?
Surtout qu’un des syndicats affiliés à la FTQ, le syndicat des Travailleurs canadiens de l’automobile s’implique déjà beaucoup dans des dossiers de logements sociaux en Ontario.
De plus, ce serait une belle occasion de faire travailler leurs membres, tout en jouant un rôle social, autre que de défendre uniquement les intérêts de leurs membres.
À Montréal, ils ont fait récemment un pas dans la bonne direction.

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