• La santé n’est pas une marchandise

    23 août 2008 | 5 commentaire(s) | 71 affichage(s)

    Cet article a paru le 21 août 2008 dans le journal “Le Devoir” .

    Des médecins se positionnent enfin contre la privatisation en santé.

    En effet, à ce jour, une trentaine d’entre eux se sont regroupés dans une organisation appelée « Médecins québécois pour le régime public (MQRP) ». Avec la déclaration de Montréal qui y est rattachée, on a réitéré la faveur pour un régime de santé public empreint de justice sociale et d’équité.

    Selon le président de ce regroupement, le Dr Simon Turcotte, la dérive vers le privé du système de santé à la suite du jugement Chaouli et du rapport Castonguay est dangereuse pour l’universalité des soins. Il soutient qu’on laisse la situation se dégrader dans le public afin de favoriser l’émergence d’assurances privées pour des soins déjà couverts par le régime universel. De plus, selon diverses études, l’apparition dans d’autres pays de cliniques privées en concurrence avec les institutions publiques n’a pas amélioré les services au plus grand nombre, bien au contraire.

    Enfin, il termine par cette affirmation pleine de bon sens : « Ce n’est pas parce qu’une minorité de médecins-entrepreneurs, qui occupent des postes importants et qui font la promotion de leur option dans les médias, que cela représente la majorité de l’opinion des médecins. Comme on le dit dans notre déclaration, ils sont majoritairement guidés par des valeurs d’équité, de justice et de compassion pour la majorité de leurs patients qui n’ont pas les moyens de se payer des soins privés ou une assurance privée »

    Ces déclarations constituent une lueur d’espoir pour les partisans de la préservation d’un réseau public et confirment le parti pris flagrant du gouvernement Libéral de Jean Charest pour une intrusion progressive du privé malgré le fait que cette mouvance est plus onéreuse pour une société qu’un système public (Voir Le système de santé américain : onéreux et peu efficace).

    La majorité des médecins au Québec sont des employés de l’État et on comprend ainsi la tardivité de leur implication dans ce dossier épineux. Cependant, certains ont bien saisi le dilemme éthique qu’une privatisation entraînerait. Les rétributions monétaires pour ces services sont en flagrante contradiction avec le serment d’Hippocrate, comme le soulignait Sébastien Robert dans le Soleil  :

    « Ce serment stipule qu’un médecin doit défendre la vie en aidant les malades dans leur guérison. Un système de santé privé veut donc dire pour eux la trahison de ce serment puisqu’un seul type de patient pourra être aidé : celui qui est capable de payer. »

    Par ailleurs, en France, pays où le privé est présent seulement en complémentarité tout en étant strictement contrôlé sous la gouverne de l’État, on a poussé encore plus loin l’éthique médicale en réactualisant le fameux serment : « Je donnerai mes soins gratuits à l’indigent et n’exigerai jamais un salaire au dessus de mon travail (…) Même sous la contrainte, je ne ferai pas usage de mes connaissances contre les lois de l’humanité (…) Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain ou la recherche de la gloire. »

    Voici des préceptes dont le Parti Libéral du Québec, les médecins aux tendances mercantiles (par exemple Philippe Couillard) et les grands penseurs de la droite comme ceux de l’Institut Économique de Montréal devraient s’inspirer.

    Qu’on le répète encore une fois : LA SANTÉ N’EST PAS UNE MARCHANDISE.

    Cet article a été publié originalement à cet endroit.
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  • 5 commentaires

    • François18

    Bonjour,

    Vous énoncez de bien belles phrases qui ne sont plus du tout représentatives de la médecin française :
    “Par ailleurs, en France, pays où le privé est présent seulement en complémentarité tout en étant strictement contrôlé sous la gouverne de l’État, on a poussé encore plus loin l’éthique médicale en réactualisant le fameux serment : « Je donnerai mes soins gratuits à l’indigent et n’exigerai jamais un salaire au dessus de mon travail (…) Même sous la contrainte, je ne ferai pas usage de mes connaissances contre les lois de l’humanité (…) Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain ou la recherche de la gloire. ”

    Médecin français à la retraite, je vous propose de venir assister à la privatisation de la médecine française.

    Beaucoup d’hôpitaux sont vieux et sans médecins.

    Beaucoup ferment et sont remplacés pas des cliniques appartenant à de grands groupes (Vitalia :http://www.groupe-vitalia.com/, etc.)

    Pour être bien soigné, il faut “aller en clinique” ou bien faire des centaines de kilomètres pour trouver le “bon spécialiste”.

    De nombreux français vont en Belgique ou en Allemagne pour être bien soignés…

    Les médecins sont maintenant “encadrés” par les caisses de sécurité sociale.
    La sécurité sociale est en train d’être remplacée par les assurances privées :

    “La fédération CGT, reçue par le ministère le 1er août dernier au sujet de la création des Agences régionales de santé (ARS) en 2009, dénonce « la politique de casse de la sécurité sociale » et revendique le maintien et le renforcement des Caisses régionales d´assurance maladie (Cram), menacées de disparition.”
    Voir la suite du texte sur : http://www.egora.fr/commun/script/winbreve.asp ?newsid=47625&news_ref=145852

    François.

    • Paul de Montréal

    Bonjour François,
    Merci pour votre témoignage.
    Oui j’ai eu aussi des échos sur une détérioration depuis mon départ.

    > Pour être bien soigné, il faut “aller en clinique” ou bien faire des centaines de kilomètres pour trouver le “bon spécialiste”.

    Oui en province, il faut aller s’en doute pour trouver le “bon spécialiste” venir sur Paris ou une grande ville. Mais ça reste plus prés que de venir de Montréal. ;)
    A Paris, j’ai eu accès rapidement aux bons spécialistes et à un cout raisonnable. Rien a voir avec le prix exorbitant des rares cliniques privés au QC et dont je sais pas si elles ont les bons spécialistes.

    Je vous invite à visiter les hôpitaux de Montréal pour mieux vous rendre compte du sens des mots délais d’attente et droit du patient.
    Dans ces hopitaux, il y a sans doute autant de professionnels de sécurité que de professionnels de santé (médecins). La 1er fois que je suis rentré là je croyais presque rentrer dans un commissariat de police. :D Voila un exemple de gâchis de l’argent public.

    • François18

    Bonjour Paul,

    “Il y a sans doute autant de professionnels de sécurité que de professionnels de santé”, dites-vous.

    En France, on voit apparaître de plus en plus de policiers à l’entrée des hôpitaux et dans les couloirs des urgences.
    La misère et la violence sont très présentes chez les malades allant aux urgences des hôpitaux français.

    J’aimerais beaucoup aller à Montréal.
    Peut-être un prochain jour.

    François.

    • Jimmy St-Gelais

    “Vous énoncez de bien belles phrases qui ne sont plus du tout représentatives de la médecin française “

    http://www.ledevoir.com/2005/11/21/95680.html

    • François18

    En effet Jimmy…
    Bon article…

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