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    La régionalisation de la mondialisation : le cas de l’Alberta

    le 22 janvier 2008 | 286 visites | 2.69 / 5 | 0 commentaire(s)

    Cet article de Alexandre Lacroix est gracieusement offert par Agence de Presse Étudiante Mondiale (APEM). La version originale a été publiée à cet endroit.

    La régionalisation de la mondialisation : le cas de l'Alberta
    photo : D’Arcy Norman (Flickr)

    Cet article fait partie d’un dossier sur les relations internationales des provinces canadiennes publié dans le journal Le Multilatéral, janvier-février 2008

    Site du journal Le Multilatéral : www.lemultilateral.ca

    Ce n’est pas un secret : le partenaire commercial le plus important du Canada est – et de loin – les États-Unis. En tant qu’entité de la fédération canadienne, la province de l’Alberta ne fait pas exception à cette règle. En effet, selon les plus récentes données du ministère albertain des Relations internationales, intergouvernementales et autochtones, près de 90 % des exportations de cette province se font aux États-Unis. De surcroît, 60 % des investissements étrangers en Alberta proviennent aussi des États-Unis. En outre, pour donner une meilleure idée de l’importance des États-Unis dans l’économie albertaine, vingt et un des vingt-cinq premiers partenaires commerciaux de l’Alberta sont des États américains. Enfin, il n’y a rien de surprenant à affirmer que 72 % de ce qui a été exporté entre 2001 et 2005 constitue des produits reliés aux hydrocarbures. En effet, à elle seule, la province de l’Alberta possède 14 % des réserves mondiales de pétrole ; elle est deuxième à ce titre derrière l’Arabie saoudite (21 %). Tous ces chiffres illustrent deux choses : les exportations albertaines sont très concentrées vers les États-Unis et les hydrocarbures en représentent l’élément majeur. Or, qu’en est-il des relations internationales de l’Alberta avec le reste du monde ? Le texte qui suit aura pour objectif de dresser un portrait – très sommaire – des relations internationales de la province canadienne qu’est l’Alberta, afin de montrer que les régions sont appelées à prendre de plus en plus de place dans les relations internationales dans le contexte mouvant de la mondialisation.

    Les délégations à l’étranger : avant-postes économiques

    On entend souvent parler du Québec et de ses relations internationales – lesquelles demeurent impressionnantes avec pas moins de vingt-cinq délégations permanentes à travers le monde –, mais il ne faudrait pas sous-estimer l’importance des relations internationales de l’Alberta qui, avec ses dix délégations à l’étranger, arrive au deuxième rang des provinces canadiennes à ce titre. La situation géographique de ces avant-postes albertains permet de comprendre où se situent les intérêts de cette province riche en hydrocarbures, en produits agricoles et en équipements spécialisés reliés à ces ressources. De fait, on retrouve six des dix délégations de l’Alberta dans le marché émergeant asiatique : celles de Tokyo (Japon) ouverte depuis 1970, de Hong Kong (Chine) ouverte en 1980, de Séoul (Corée du Sud) ouverte en 1988, de Taipei (Taïwan) ouverte en 1988, du Centre pétrolier albertain à Pékin (Chine) ouvert en 1989 et de Pékin (Chine) ouverte en 1999. Les autres délégations de la province se trouvent à Washington (États-Unis), à Londres (Royaume-Uni), à Berlin (Allemagne) et à Mexico (Mexique). Il faut aussi noter que des délégations ont autrefois existé à Los Angeles, à Houston et à New York. Aujourd’hui, il n’existe plus qu’un seul bureau aux États-Unis, soit celui de Washington ouvert depuis 2005. Bien qu’il n’y ait plus trois délégations aux États-Unis comme autrefois, cela n’a pas coïncidé avec une diminution du commerce avec le géant américain. En effet, entre autres grâce aux accords de libre-échange (ALÉ et ALÉNA), la part des exportations albertaines aux États-Unis est passée de 75 à 90 % du total des exportations de la province entre 1981 et 2007.

    À quoi peuvent être utiles ces équipes albertaines alors qu’il existe déjà des ambassades canadiennes dans tous ces pays ? Les objectifs des relations internationales de l’Alberta n’ont pas changé à travers les années : promouvoir les intérêts de la province et renforcer ses liens avec le reste du monde. Le terme le plus important à retenir est « intérêts ». En effet, que ce soit auprès du gouvernement canadien – en occupant des bureaux voisins des ambassades canadiennes comme c’est le cas à Washington – ou auprès des gouvernements étrangers, l’Alberta veut s’assurer que ses intérêts et ses besoins, souvent économiques, sont respectés. À cet effet, l’ouverture des délégations de Los Angeles et de Houston, respectivement en 1962 et en 1982, répondait à des besoins propres à ces époques. Los Angeles représentait un endroit intéressant pour attirer les investissements étrangers dans les secteurs de la haute technologie afin de diversifier l’économie de l’Alberta. De son côté, Houston était à ce moment l’un des centres pétroliers les plus importants dans le monde et ainsi un endroit idéal pour établir des contacts avec les représentants des pays de l’Amérique latine qui s’y trouvaient.

    Plus tard, dans les années 1980, l’ouverture d’une panoplie de délégations en Asie faisait partie d’une stratégie d’exploitation d’un marché émergeant accessible via l’océan Pacifique. L’échange d’expertise dans des domaines comme celui de l’agriculture et des hydrocarbures permettait à l’Alberta de faire sa place dans cette partie du monde, espérant du coup une croissance régulière des ventes d’équipements. Il est particulièrement intéressant de constater que les relations qui existent entre l’Alberta et ses provinces jumelles d’Hokkaido (Japon), d’Heilongjiang (Chine) et de Gangwon (Corée du Sud) ont permis de concrétiser ces échanges. C’est ainsi qu’en 2006, la Chine, le Japon, la Corée du Sud et Taïwan étaient respectivement les deuxième, troisième, cinquième et huitième pays destinataires des exportations albertaines, trois des quatre autres pays complétant le top huit étant des partenaires plus naturels ou historiques – les États-Unis, le Mexique et le Royaume-Uni.

    On peut aussi comparer – en caricaturant un peu – les délégations à l’étranger à des agences de voyages pour gens d’affaires. Comme c’est le cas pour les Teams Canada, les provinces comme l’Alberta envoient des élus du gouvernement (premier ministre, ministres, etc.) ou des fonctionnaires des ministères concernés pour accompagner les entrepreneurs à la recherche d’opportunités dans les régions où les délégations ont des représentants permanents. Ainsi, il est possible pour les entrepreneurs d’obtenir des informations de première main sur les pays et les régions à visiter en plus d’en savoir plus sur les protocoles à respecter pour y faire du commerce. Il s’agit un peu d’un service tout inclus qui permet aux entrepreneurs d’avoir accès à des traducteurs, à des contacts et à une organisation plus simple que s’ils devaient tout faire par eux-mêmes. Bref, ce n’est pas la perfection, mais c’est certainement un outil qui peut aider les compagnies albertaines à faire valoir leurs intérêts ailleurs sur la planète et attirer les capitaux étrangers vers l’Alberta.

    Les relations régionales

    Du point de vue de l’Alberta, il est beaucoup plus naturel de faire des affaires avec les provinces voisines et les États américains voisins au sud que de commercer avec Terre-Neuve ou la Nouvelle-Écosse par exemple, bien que ces dernières fassent partie du même pays. C’est la raison d’être de la Région économique du Pacifique Nord-Ouest (PNWER), un groupe d’États et de provinces de cette région qui interagissent afin d’améliorer la collaboration régionale. Du côté des États-Unis, on y retrouve les États de l’Oregon, de Washington, de l’Alaska, de l’Idaho et du Montana, alors que la Colombie-Britannique et l’Alberta sont les représentantes canadiennes. On y retrouve autant des représentants du secteur public que du secteur privé. Les membres de ce regroupement traitent ainsi de questions aussi diverses que le tourisme, le marketing, le transport, le recyclage et l’environnement, les exportations, les nouvelles technologies et les produits forestiers. Ainsi, chacune des entités fédérales participantes peut faire des économies d’échelle substantielles en s’unissant – pour la recherche et pour le développement par exemple –, mais elles peuvent aussi accroître les échanges commerciaux entre elles en appliquant l’ALÉNA le plus avantageusement possible. Le PNWER en sera à sa dix-huitième rencontre annuelle en juillet prochain.

    Il faut également noter que l’Alberta a des relations encore plus étroites avec son seul voisin frontalier, le Montana. Le Comité consultatif sur la frontière Alberta-Montana (MABAC) a été créé dans le but de régler les petits problèmes entre les deux entités fédérales avant qu’ils ne deviennent de gros problèmes. Les membres de ce comité travaillent à peu près dans les mêmes domaines que le PNWER, notamment sur les questions de sécurité reliées au transport. En fait, ce type de coopération, qui n’est pas véritablement particulier au cas de l’Alberta, permet une meilleure intégration et une adaptation plus en douceur des accords auxquels le gouvernement central adhère. Par exemple, à travers les années, l’Alberta et le Montana ont souvent discuté des questions de transport afin de faciliter les échanges commerciaux entre les deux territoires. En effet, il faut rappeler qu’au Canada, c’est le gouvernement central (Ottawa) qui signe et ratifie les accords internationaux, mais chacune des provinces doit accepter de les appliquer lorsqu’ils touchent les champs de compétence provinciale exclusive ou partagée (ressources naturelles, santé, éducation, transport, etc.).

    Une diversification limitée

    Il est un peu paradoxal de constater que les relations internationales de l’Alberta ont souvent pour objectif de permettre une diversification de l’économie albertaine, alors que souvent la province utilise ses secteurs dominants pour percer les nouveaux marchés. Souvent, la libéralisation du marché mondial – c’est-à-dire la réduction au minimum des barrières tarifaires et des réglementations entourant les exportations – ne fait que permettre à l’Alberta d’exporter en plus grande quantité ce qu’elle possède déjà en surplus, soit des hydrocarbures et des produits agricoles. Bien que l’arrivée de nouveaux investisseurs étrangers permette la création de nouvelles entreprises dans d’autres secteurs, les relations internationales de la province donnent la possibilité d’accentuer le commerce dans des secteurs déjà dominants. Néanmoins, ces spécialisations permettent également de percer de nouveaux marchés. Souvent, lorsque l’Alberta fait une percée ou tente d’en faire une dans une nouvelle région, elle table sur ce qu’elle connaît. C’est ainsi que, dans le cas de l’Afrique où l’Alberta n’a pratiquement pas de relations internationales autrement que par sa collaboration à des programmes de l’Agence canadienne de développement international, le gouvernement cible en premier lieu les régions pétrolières telles que le Nigeria. La même chose se rencontre du côté de l’Amérique latine où il privilégie des clients comme le Venezuela ou l’Argentine, pays avec lesquels l’Alberta peut coopérer au niveau de l’agriculture et des installations pétrolières.

    Une régionalisation de la mondialisation

    L’Alberta est un cas fort intéressant dans le contexte actuel de la mondialisation. Cette province canadienne faisant partie d’une fédération agit pourtant sur la scène internationale dans le cadre d’une constitution lui donnant une certaine liberté à l’extérieur des frontières de son pays. Ainsi, de concert avec le Canada, mais aussi de son propre chef via ses délégations, l’Alberta a pu développer un réseau de contacts permettant à des entrepreneurs de son territoire et d’ailleurs de favoriser un plus grand développement économique de la province. Certes, cela ne se fait pas toujours sans heurt, mais le cadre encore peu réglementé des relations région/région ou même région/État permet une plus grande flexibilité pour la province. En fait, le principe utilisé pour justifier la présence d’un tel acteur dans les relations internationales est simple : les provinces connaissent mieux que le gouvernement central leurs besoins et leurs intérêts. Le cas de l’Alberta n’est pas différent de bien d’autres, mais il est certain que ce sont les provinces les plus riches qui peuvent posséder des représentants permanents à l’étranger. Ainsi, elles peuvent s’assurer de ne pas être oubliées à la fois par le gouvernement canadien et par les gouvernements et entreprises de leurs partenaires commerciaux. Il ne faudrait donc pas être surpris de voir les régions prendre de plus en plus de place dans les relations internationales au détriment de l’État central, particulièrement dans les fédérations comme le Canada. Il sera également intéressant d’observer dans les prochaines décennies la place qu’occuperont des acteurs subétatiques plus petits que les provinces, comme les grandes villes qui mènent de plus en plus leurs propres relations internationales.

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    À venir sur l’APEM : L’appareil diplomatique québécois dans le dossier de la diversité culturelle

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    Vous avez aimé ? Ce texte est du numéro janvier/février de la revue Le Multilatéral. Vous en voulez plus ? Pour vous abonner à cette revue vous pouvez aller sur le site Web www.lemultilateral.ca et cliquer sur la section abonnement. Encourager une revue indépendante c’est encourager la diversité.

    Mots-clés : canada , alberta , affilié et Politique

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