« On va se discipliner », lance Pauline Marois
Madame Pauline Marois a piqué une sainte colère. Elle n’apprécie pas le débat public sur l’éducation. Elle n’apprécie surtout pas que ce débat, mené parfois d’anciens membres du gouvernement souverainiste de l’époque, élèvent la voix et la contredisent. Rien de moins.
Chaque fois qu’une personnalité péquiste jette un nouveau pavé dans la mare, madame Marois entend les dents des militants grincer. « À chaque fois, j’entends vos dents grincer. Vous êtes tannés. Moi aussi, je suis tannée », a dit samedi dernier madame Marois à ses militants de Québec réunis en assemblée générale. Ces sorties des personnalités en vue du PQ ne sont certainement pas de nature à inciter les citoyens à faire confiance au PQ à l’occasion des prochaines élections. Les personnes visées : l’ancien premier ministre Bernard Landry, le président de la Commission politique du PQ, François Rebello, Joseph Facal et Jean-François Lisée. La raison ? Ils ont signé un manifeste de la Coalition Stoppons la réforme. Ce manifeste réclamait un moratoire de l’implantation de la réforme scolaire en 4e et 5e secondaire. La coalition, qui comprend près de 8000 membres, dont plusieurs enseignants, déposera sous peu une pétition signée par plus de 20 000 personnes pour réclamer des changements importants à la réforme scolaire québécoise.
Personne n’aurait imaginé que l’éducation ne pouvait plus être du domaine public. Personne n’aurait imaginé que madame Marois voudrait en restreindre sa portée universelle. Là où le bat blesse, c’est que cette réforme qui est dénoncée à tour de bras vient du gouvernement du parti québécois. Et madame Marois en était la ministre de l’éducation. La réforme scolaire, amorcée sous Pauline Marois, « est un échec et son implantation aveugle et obstinée met en péril l’avenir de nos élèves et de la société québécoise », estiment MM. Landry, Facal et Lisée.
Est-ce le procès de l’éducation ou de Pauline Marois qui est en cause ici ?
Ce manifeste est le prétexte tout indiqué pour monter en épingle, une nouvelle, des complots et des magouilles à l’encontre du chef. Encore une fois, les médias s’échinent à démontrer qu’il y a perversion du débat dans l’intention peu louable d’affaiblir Pauline Marois. Encore une fois les émotions ont raison de la raison. Tout débat public est vain et peu sain au sein du Parti québécois. Et cela ne date pas d’aujourd’hui.
Le Devoir avait révélé, la semaine dernière, que des personnalités, comme l’ancien ministre Joseph Facal, l’ancien conseiller Jean-François Lisée et l’actuel vice-président et président de la commission politique du Parti québécois (PQ), François Rebello, sont sigataires d’un texte proposé par la Coalition Stoppons la réforme. Madame Marois riposte : « Je vous encourage à dénoncer cette façon de faire, pas à travers les médias, mais à travers nos instances, comme des militants exemplaires », a-t-elle déclaré. Elle venait de lancer une pointe en direction de Bernard Landry, qui se dépeint toujours comme un « militant exemplaire ». Et la présidente du Parti québécois poursuit : « Chaque fois qu’un membre ou un groupe déballe ses états d’âme, ses propositions sur la place publique, on donne qu’on le veuille ou non la perpétuelle image d’un parti où il y a toujours de la bisbille ». Pour madame Marois, encore une fois : « La seule conséquence, c’est de donner une mauvaise image et surtout une fausse image de notre parti et de beaucoup, beaucoup amuser nos adversaires ».
Ce schisme au sein du Parti québécois vient du fait que madame Marois, pour sa part, s’oppose à toute idée de moratoire. Elle plaide pour que « des redressements » soient apportés de façon pressante. Plusieurs centaines de manifestants ont justement défilé samedi dans les rues du centre-ville de Montréal pour décrier cette réforme. La Coalition Stoppons la réforme et de la Fédération autonome des enseignants demandent un moratoire sur son application.
« Mme Marois a raison de faire un appel à l’unité du parti, mais dans une société libre, on ne peut pas demander à des professeurs d’université comme moi, Joseph Facal ou Jean-François Lisée de se taire parce qu’on est en plus membres d’un parti politique. Quelle société au monde demande à ses professeurs d’université de se taire sur des sujets importants ? », a affirmé Bernard Landry au cours d’un entretien téléphonique avec Le Soleil. Sur sa prise de position sur la réforme scolaire, M. Landry indique que sa signature au bas d’un manifeste réclamant un moratoire est une « initiative citoyenne ». « Les citoyens ont le droit de signer des pétitions quand ils pensent que ça vaut la peine », a-t-il laissé tomber.
Jacques Parizeau se range derrière Pauline Marois : « Le moratoire, c’est de dire on arrête tout pour le moment. Je ne sais pas si c’est une solution. Si les enseignants nous disent qu’il faut un moratoire, on regardera ça. Mais en soi, le seul fait d’arrêter les choses pendant 10 ans, ce n’est pas une solution ».
Comme l’indique Brigitte Breton, du Soleil : « il ne faut pas encenser aveuglément la réforme et croire qu’elle produira instantanément des miracles. Comme d’autres réformes, des ajustements, des éclaircissements, de la formation supplémentaire et du temps sont nécessaires. Mais de grâce, cessons d’y attribuer toutes les difficultés qu’éprouvent les enseignants et les élèves ». […]
La ministre de l’Éducation Michelle Courchesne a promis, comme l’indique Cyberpresse, de réviser en profondeur les programmes scolaires issus de la réforme, au grand plaisir de la Fédération des syndicats de l’enseignement et de ses 60 000 membres. « Le coup de barre doit être fait rapidement, contrairement à un moratoire qui paralyserait le système scolaire pendant plusieurs années et laisserait en plan les élèves et les enseignantes et enseignants de la réforme », affirmait Johanne Fortier, présidente de la FSE-CSQ. Madame Breton, du quotidien Le Soleil de Québec, constate avec raison que : « depuis 1997, le réseau a vécu d’autres bouleversements. Il a dû faire face à d’importantes compressions budgétaires. Il a subi les moyens de pression du personnel, dont le boycott des séances de formation portant sur la réforme. Il a vécu un duel perpétuel entre les pro et les antiréforme. Il peine aussi à composer avec une intégration débridée des élèves en difficulté d’adaptation et d’apprentissage. Les écoles sont aussi confrontées à un important renouvellement du personnel enseignant et de direction ».
« On va se discipliner », a lancé Pauline Marois, sur un ton sans réplique. Mme Marois s’est engagé samedi à ne plus commenter les opinions des ténors souverainistes qui défraient la manchette, à moins qu’elles aient été exprimées à l’intérieur des différents forums du parti, dont le conseil national qui se tiendra en mars à Québec. Il est plus que temps que madame Marois, qui dénonce certaines dérives, donne l’exemple. Madame Pauline Marois doit également reconnaître qu’un débat de société dépasse largement les contraintes structurelles d’un parti politique.
Si la coalition estime que la réforme désavantage les enfants défavorisés ou ayant des difficultés d’apprentissage, il faut en débattre publiquement. Si le retour à l’enseignement des connaissances de base en français et en mathématique est la solution, il faut en débattre publiquement. Si les commentaires des professeurs de sixième année et du secondaire laissent croire à la coalition que le Québec n’a jamais formé d’élèves dont la maîtrise des connaissances soit aussi faible, il faut en faire une démonstration rigoureuse. Si « les résultats scolaires sont en baisse et qu’il faut agir maintenant », comme le soutient le député adéquiste, François Desrochers, il faut en débattre publiquement et surtout en étayer les faits et ne pas se contenter de déclaration partisane.
Si 20 000 personnes ont signé la pétition de la Coalition Stoppons la réforme, cela devrait être une raison assez sérieuse pour donner lieu à un débat harmonieux et serein au sein de la société québécois, et pas seulement au sein du Parti québécois avec une « discpline partisane ».
/BOUCLE_video>Monsieur Landry qui souffre depuis longtemps d’incontinence médiatique devrait se rappeler que le massacre, dans l’éducation, a commencé quand il a préféré accorder des subventions généreuses aux sociétés au lieu de financer adéquatement l’éducation post-secondaire. Quant à messieurs Facal et Lisée, ils prennent pour leur part depuis bien longtemps leur vessie pour une lanterne sans s’apercevoir qu’ils nuisent irrémédiablement à l’indépendance du Québec. Les journalistes devraient arrêter d’interroger ces trois zégos clownesques qui sont trop contents de refaire un autre tit tour de piste. Y a-t-il quelqu’un qui peut péter leur baloune ? Merci d’avance !
Ixe Igreczed
C’est votre point de vue. Toutefois, je remarque que vous invitez les journalistes à ne plus interroger « ces trois zégos clownesques », comme vous les qualifiez, sans pour autant les brimer ou les restreindre dans leur droit de parole.
Pierre R.
Ils ont parfaitement le droit de s’exprimer et de dire tout ce qu’ils veulent, conneries comprises - j’en dis moi-même de temps en temps et c’est pas plus grave que ça ; ce que je leur reproche c’est de prendre toute la place chaque fois qu’ils en ont l’occasion, c’est de donner à leur précieuse petite personne une sorte de supériorité. En outre, on dirait que certains journalistes font exprès pour foutre le bordel : ils les ressortent des boules à mites chaque fois qu’ils ont besoin de l’expression d’émotions pour faire vendre leurs papiers, quand ils ont besoin d’une opinion « autre » pour faire contre-poids aux idées qui commencent à émerger et ça marche chaque fois.
Personnellement, je crois qu’il faut vraiment réfléchir, non seulement à l’éducation dispensée à coups de connaissances transversales mais aussi à la formation des maîtres qui ne fait actuellement aucun sens. Normand Baillargeon avait fait une belle entrevue avec Jacques Dufresne il y a quelques années (2005 ?) à Bazzo. C’était pas un dogme, c’était une extraordinaire piste de réflexion. Malheureusement, on s’est contenté d’en faire un spectacle encore une fois.
À l’école on forme des consommateurs au lieu de former des citoyens capables de penser et d’exprimer une pensée critique. Je déplore qu’il ne soit pas question du sous-financement - soyons francs du définancement - du fonctionnement des universités, particulièrement de la seule université publique que nous ayons.
Ce que je vois c’est que nombre de bien-pensants qui se gargarisent sur la place publique figurent parmi les pionniers de la dévalorisation de l’instruction. Ils sont les premiers à ne pas vouloir de citoyens qui pensent ; à vouloir des citoyens qui achètent, qui font tourner l’économie, comme ils disent. Ils jurent main sur le cœur qu’ils ont tiennent à un haut niveau d’instruction, pendant que de l’autre main, ils signent les coupures en éducation et enferment les enseignants et les parents et les élèves et les étudiants dans un jargon transversal qui exclut toute participation populaire.
Ixe
Madame Marois et Madame Royal me semblent partager quelques traits de caractère ; ou le PQ ressemble au PS, si vous voulez : querelles intestines qui deviennent vite publiques, débats d’idées qui mutent en confrontations entre personnalités, luttes de pouvoir inévitables au sein du parti parce que ce sont des coalitions, mais surtout, ni le PQ ni le PS n’est fidèle à son programme.

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