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    La ministre Gagnon-Tremblay a-t-elle induit l’Assemblée nationale en erreur ?

    le 4 avril 2008 | 382 visites | 4.00 / 5 | 2 commentaire(s)
    La ministre Gagnon-Tremblay a-t-elle induit l'Assemblée nationale en erreur ?
    photo : abdallahh (Flickr)

    Toute personne, un tant soit peu familière avec les arcanes de la politique, pourra décoder que derrière la façade que veut bien se donner la ministre Monique Gagnon-Tremblay, le départ précipité du délégué général du Québec à New York, Bruno Fortier, présenté comme un ami personnel du Premier ministre, cache des cadavres dans le placard. Son mandat n’aura été que de neuf mois.

    Selon la ministre, le congédiement de M. Fortier serait une décision purement administrative pour le bien du climat à la délégation générale. Le sous-ministre adjoint au ministère des Affaires intergouvernementales, Gaston Harvey, n’a pas nié avoir été envoyé en mission à la délégation du Québec à New York. M. Harvey aurait, selon LCN, fortement recommandé à tout le personnel de faire preuve dorénavant de la plus grande discrétion dans cette affaire. Deux semaines après le congédiement de Fortier, rien n’indique que les motifs invoqués par la ministre reflètent bien la vérité des faits.

    Toute la semaine, cette affaire a empoisonné la période des questions à l’Assemblée nationale. Le comportement et les réponses évasives de la ministre Gagnon-Tremblay ne sont pas de nature à apaiser les doutes qui subsistent sur le manque de transparence du gouvernement dans ce congédiement « extrêmement radical », pour employer les mots du chef de l’Opposition. Selon ce dernier, le mystère qui entoure cette situation donne à penser qu’il pourrait s’agir « de fautes ou d’événements qui sont plutôt graves ».

    L’opposition a révélé l’existence d’un rapport rédigé par un haut fonctionnaire du ministère, Michel Chevrier, directeur des services ministériels, en relation avec le congédiement de M. Fortier. La ministre, mal à l’aise, nie qu’un tel rapport existe ou circule au sein de son ministère. « Il n’y a pas de rapport Chevrier, ni oral, ni écrit. Il n’y a absolument rien ». Des « divergences » d’ordre administratif entre Québec et New York seraient à l’origine de son renvoi, persiste madame Gagnon-Tremblay. Bruno Fortier « a voulu faire depuis novembre dernier des changements qui n’étaient pas autorisés » par son ministère, explique la ministre.

    Mme Gagnon-Tremblay avait déposé en Chambre une lettre du sous-ministre aux Relations internationales Alain Cloutier. Datée du 3 avril et rédigée à la demande de la ministre, la lettre mentionne que M. Fortier souhaitait une « réorganisation » de la délégation « qui posait de sérieuses questions administratives quant aux relations de travail et au climat organisationnel ».

    La discrétion demandée par le sous-ministre Gaston Harvey au personnel de la délégation s’explique. Selon le directeur des communications et des affaires publiques à la délégation, Benoît Payeur, dans une entrevue au Devoir, aucun projet de réorganisation administrative ni même le développement d’une vision divergente de celle prévue par le gouvernement du Québec sur le plan des relations internationales n’était en préparation à la délégation générale du Québec à New York. « J’ai appris ça dans les médias. Il n’y a eu aucun changement de personnel ici depuis l’arrivée en poste de M. Fortier. Est-ce qu’il en prévoyait ? C’est à lui qu’il faut poser la question ».

    Force est de reconnaître que ces contradictions ne relevaient pas le débat. La version de M. Payeur était différente et contredisait la ministre des Relations internationales. Madame Monique Gagnon-Tremblay a-t-elle délibérément induit l’Assemblée nationale en erreur lorsqu’elle a soutenu : « L’ancien délégué a proposé sa vision des choses, qui n’est pas nécessairement en accord avec le ministère. On le suit, on discute avec lui. On n’arrive pas à mobiliser le personnel. Et il y a des discussions », a expliqué la ministre. Elle a ajouté que, malgré une rencontre en tête à tête avec M. Fortier au Québec en mars, les parties ont été incapables « d’en arriver à une vision claire ».

    Plus tard, la ministre, les yeux rivés sur un texte, manifestement mal à l’aise, a déclaré : « J’ai répondu à toutes les questions qui m’ont été posées à partir des faits qui m’ont été rapportés par mon sous-ministre et m’ont amenée à conclure que le remplacement de M. Fortier était nécessaire. Sur la base de ces informations qui m’ont été fournies, j’ai agi de manière très responsable ».

    Un début de réponse à cet imbroglio est venu du délégué congédié, Bruno Fortier, dans une entrevue au quotidien Le Devoir. En résumé, des plaintes pour harcèlement psychologique ainsi qu’une guerre de pouvoir avec le ministère des relations internationales seraient à l’origine de son congédiement. De plus, des problèmes de relations de travail lui auraient coûté son poste.

    Première contradiction face à la ministre Gagnon-Tremblay : monsieur Bruno Fortier confirme que « quelques personnes de la délégation et du ministère ont eu sa tête, mais cela ne concerne que partiellement le plan de réorganisation qu’il se proposait de lancer ». La réorganisation administrative n’en était qu’à l’étape d’ébauche, semble-t-il. Avec le directeur administratif de la délégation, André Prince, l’ex-délégué avait préparé un plan de réorganisation en 19 points de la délégation. Les mesures n’ont jamais été présentées au personnel. Des fuites auraient soulevé des inquiétudes.

    Toujours selon monsieur Fortier, des problèmes de relations de travail seraient à l’origine des « plaintes déposées » par des membres du personnel de la délégation. Il y eut donc des plaintes formulées par des membres du personnel de la délégation. Dans son entrevue au Devoir, monsieur Fortier a dit connaître de fond en comble la politique gouvernementale en matière de harcèlement psychologique. Personne au ministère des Relations internationales n’a voulu confirmer s’il s’agissait de plaintes pour harcèlement psychologique. Madame Gagnon-Tremblay devra reconnaître que, dans le présent cas, nous sommes loin d’un simple désaccord administratif entre fonctionnaires. La gravité de la situation aurait commandé que la ministre démontre plus de clairvoyance dans ses multiples réponses apprises par cœur.

    Le ministère a communiqué, le 20 janvier dernier, avec M. Fortier pour l’informer qu’il faisait l’objet de plaintes. L’ex-délégué a affirmé au Devoir ne pas avoir été surpris puisqu’il en avait eu vent. Monsieur Fortier se voit même contraint de nier avoir fait l’objet d’une enquête de la part des autorités policières new-yorkaises à son sujet. « Je n’ai pas de problème de mœurs. Je trouve ça choquant. [...] J’avais mes "guidelines" comme individu et j’étais conscient de mes responsabilités ».

    S’il y a eu des tensions, c’est surtout avec le sous-ministre Alain Cloutier, en poste seulement depuis octobre dernier, a soutenu M. Fortier. « J’estimais qu’il y avait un dépoussiérage à faire et je l’ai mis sur papier. Je faisais valoir ma prérogative de l’appliquer alors que le ministère voulait l’évaluer ». L’ex-délégué dit avoir fait preuve d’intransigeance.

    L’opposition exige maintenant la démission de la ministre Gagnon-Tremblay, lui reprochant n’avoir jamais soufflé mot des problèmes de comportement du délégué, lorsqu’elle l’a pressée de questions cette semaine. M. Fortier a reconnu lui-même faire l’objet de plaintes pour harcèlement psychologique à l’endroit d’employés de la délégation.

    Comme l’a indiqué très justement Sébastien Proulx, de l’ADQ : « la ministre [des Relations internationales] a toujours dit que ce n’était qu’une question administrative, que la raison principale qui a amené le congédiement forcé, rapide et inusité de Bruno Fortier [...] a été une disparité de vues, de visions dans l’organisation et la destinée du bureau de la délégation générale du Québec à New York ». Et pour Mario Dumont, la ministre a fait le choix de suivre une ligne de conduite qui semblait de plus en plus clairement dictée par le bureau du premier ministre, d’éloigner ses réponses toujours un peu plus de la vérité. « Madame Gagnon-Tremblay a donc, en ce sens là, manqué à ses devoirs, ses obligations comme ministre des Affaires internationales, et elle doit, aujourd’hui, en payer le prix. En ce qui nous concerne, ça veut dire une démission ».

    La lettre du sous-ministre Cloutier, rédigée la veille à la demande de la ministre, indiquait que M. Fortier souhaitait une « réorganisation » de la délégation « qui posait de sérieuses questions administratives quant aux relations de travail et au climat organisationnel ». Il convient également de questionner le rôle joué par le haut fonctionnaire de l’État, monsieur Cloutier, dans ce bourbier.

    Bruno Fortier avait été nommé à ses fonctions à New York en juillet 2007.

    (Sources : Cyberpresse, Le Devoir, Presse canadienne, Radio-Canada)

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    Mots-clés : québec , Jean Charest , Société et Politique

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  • 2 COMMENTAIRE(S) | Répondre à cet article

    Excellent article. Ça fait vraiment le tour, merci d’avoir pris le temps de mettre tous les éléments ensemble. J’ai rédigé une modeste opinion sur le sujet tout à l’heure et je vais y ajouter un lien pour suggérer votre article.

    4 avril 2008 | répondre | permalien

    Lutopium

    Merci du commentaire. Je vais consulter le lien immédiatement.

    Pierre R. Chantelois

    4 avril 2008 | répondre | permalien

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