La version originale de cet article a été publiée à cet endroit.
Le combat avec les pesticides chimiques semble inégal, pourtant David a vaincu Goliath.
De plus en plus de voix s’élèvent contre l’usage des pesticides chimiques. La dernière en lice est celle de Greenpeace qui vient de publier une étude intitulée : The dirty portfolios of the pesticides industry. L’étude est accablante. Pourtant, les biopesticides, une alternative de plus en plus crédible, ne réussissent toujours pas à accaparer le marché. Les biopesticides constituent à peine 1% des achats (chiffres de 2003).
Cuba a démontré qu’une agriculture basée sur les biopesticides est non seulement possible, mais également efficace. Il faut dire que l’île des caraïbes n’avait pas le choix. Après la chute du régime soviétique russe au début des années 1990, n’ayant plus accès à l’aide massive de Moscou, ses dirigeants ont dû encourager une agriculture d’autosuffisance pour nourrir la population et il a bien fallu trouver une alternative aux pesticides chimiques, leur coût étant trop élevé (voir cette traduction française d’un article du journal The Independent publié le 8 août 2007 qui raconte cette révolution verte cubaine).
Il y a quelque 200 centres cubains de production de biopesticides.
Pourquoi un tel modèle agricole ne peut pas être exporté dans nos pays en quête d’une nourriture exempte de pesticides ?
Une étude produite il y a de cela deux ans pour le Ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs du Québec (MDDEP) (Recherche et développement de biopesticides et de pesticides naturels à faible toxicité pour les organismes non ciblés) fournit un début de réponse.
Les auteurs affirment que le Québec « pourrait se doter assez rapidement d’un plus grand nombre d’outils de lutte biologique efficaces dans la mesure où quelques-uns des produits homologués aux États-Unis devenaient disponibles au Canada ». S’ils ne le sont pas, c’est que les tests d’homologation sont plus longs et plus coûteux au Canada.
L’agence fédérale de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA) « requiert que l’on fasse la démonstration du potentiel pesticide du produit et ce, sur plusieurs saisons et pour toutes les régions géographiques particulières du Canada », contrairement à l’agence réglementaire américaine qui n’exige qu’une preuve d’innocuité pour la santé humaine et l’environnement.
Pour les auteurs de l’étude, la solution passe par des alliances entre ceux qui découvrent des biopesticides nouveaux (ils seraient nombreux au Québec, nous disent-ils) et ceux qui possèdent les ressources scientifiques nécessaires pour obtenir les données d’efficacité nécessaires à l’homologation.
Le marché des biopesticides est à l’état embryonnaire, fragile et non éprouvé, poursuivent les auteurs. Selon eux, il ne constitue que 0,25% du marché global des pesticides au Québec [alors que dans le marché mondial, il serait 1% (voir chiffre du premier paragraphe)].
Pourtant, il n’y a aucune comparaison entre les coûts de développement d’un biopesticide et ceux d’un pesticide chimique. Ce dernier coûte en moyenne quelque 800 millions de dollars et exige plus de huit ans de développement alors qu’un agent de lutte biologique coûte autour de 5 millions et demande environ deux ans de recherche. (Jocelyne Lessard, agr., conseillère en serre IQDHO, Le pourquoi du comment, Présentation Powerpoint. 17 janvier 2008).
Et si le véritable problème était ailleurs ?
Cuba doit son succès au soutien de l’État. Ici, il faut attendre que les investisseurs se manifestent.
Même le temps où les producteurs pouvaient bénéficier des conseils gratuits des agronomes du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (le MAPAQ) est fini, dit Jocelyne Lessard en insistant sur le fait que le soutien financier gouvernemental ne sera pas nécessairement au rendez-vous.
Il est vrai qu’elle a aussi fait une autocritique, en soulignant qu’il y a eu des erreurs et que les producteurs ont été pour le moins échaudés.
Elle faisait référence à la production en serre. Or, l’utilisation des biopesticides dans la production en milieu naturel est encore plus complexe. Il est plus facile de tout détruire avec de la chimie...
Heureusement, le client a toujours raison et les nouveaux clients, justement, veulent de plus en plus des produits exempts de résidus chimiques.
Les plus vieux se rappelleront le célèbre slogan « ce n’est qu’un début... »
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