La version originale de cet article a été publiée à cet endroit.
Un groupe de chercheurs à découvert que les écosystèmes sont plus affectés que nous ne le croyions par le réchauffement climatique : le vivant qui les composent migre en rangs dispersés. Comment gérer adéquatement l’exploitation du territoire et des ressources dans ces conditions ?
Verrons-nous un jour des palmiers et des alligators au Québec ? Si l’on se fie à la découverte faite par des chercheurs Français et Chiliens, cette éventualité n’est pas totalement farfelue. On savait déjà que des plantes, des insectes et des animaux se déplacent en réaction au réchauffement climatique. Or, voici que le groupe de chercheurs affirme que la réponse biologique et écologique des animaux et des plantes face au réchauffement touche l’ensemble des écosystèmes, partout sur la planète. Voilà qui complique davantage la gestion écologique du territoire et des ressources, ici comme ailleurs.
AgroParisTech (l’Institut des sciences et industries du vivant et de l’environnement - siège social) a ainsi révélé récemment qu’un groupe de 171 espèces végétales, choisies aux fins d’une étude sur une longue durée, se sont déplacées de 65 mètres en un siècle. Il s’agit, bien sûr, d’un déplacement en altitude.
Cette migration n’est pas égale pour toutes les plantes. Les chercheurs entrevoient d’ailleurs des changements importants au sein des écosystèmes, à la fois dans la composition des communautés végétales et dans leurs relations avec les espèces animales.
Voilà une pierre de plus dans le jardin des effets du réchauffement climatique : les écosystèmes sont en profonde mutation.
Ce phénomène s’ajoute à deux autres qui inquiétaient déjà la communauté scientifique : la prolifération des espèces envahissantes et la diminution de la biodiversité.
Peut-être faudrait-il revoir la façon dont nous protégeons l’environnement, à la lueur de ces transformations qui vont aller en s’accélérant.
Le ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs du Québec (MDDEP) avait développé, au fil des ans, un outil d’aide à la prise de décision dans l’aménagement du territoire et des ressources : le cadre écologique de référence (CER).
L’idée de départ était de découper l’ensemble du territoire en unités cartographiques permanentes. La végétation, la faune, l’occupation du territoire sont par la suite, selon les besoins, cartographiées à l’intérieur de ces limites stables (voir ce texte et cet exemple d’application).
Or, dans l’ensemble des facteurs influençant le fonctionnement des écosystèmes, le climat est « le plus important (...) par son influence sur la physiologie, la vitalité et la croissance des organismes vivants, la composition et la structure des communautés végétales et animales et, par conséquent, sur leur distribution spatiale », toujours selon le MDDEP.
En somme, les unités cartographiques permanentes servent de base, mais tout le reste bouge de plus en plus.
C’est bien connu qu’un gestionnaire préfère par-dessus tout la stabilité. Qui peut le lui reprocher ? En écologie, la seule stabilité sur laquelle on peut compter est celle du non-vivant. Et encore, parlez-en aux habitants d’une île issue d’un volcan.
Rien de mieux par exemple, pour calmer l’opinion publique alertée par ceux qui s’opposent à l’exploitation forestière intensive d’un territoire donné, que de créer une réserve écologique.
Ces réserves, ce sont nos nouveaux zoos et jardins botaniques à la fois. N’est-ce pas là une vision enchanteresse de la nature qui se perpétue ?
Manque de chance, le vivant ne s’enferme pas aussi facilement que nous le souhaiterions. Il se trouve même que ces temps-ci, il bouge plus que jamais.
On crée un beau petit territoire pour protéger une espèce rare ? La voilà qui ne l’aime plus, notre territoire. On annonce tout fièrement qu’un écosystème unique est désormais protégé ? Celui-ci est aussitôt envahi par des espèces provenant de l’étranger alors que les espèces indigènes décident de migrer vers d’autres écosystèmes parce que le climat change.
Si nous cessions d’enfermer notre esprit, peut-être pourrions-nous enfin vivre en harmonie avec la nature.
Pour les palmiers et les alligators, il va falloir que vous alliez au Jardin botanique et dans un zoo.
Version audio :
Mobile post sent by mimonette using Utterz. Replies.

Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.
À propos de Cent papiers | Tous droits réservés, Cent Papiers 2006-2007 | Roule sous Spip 1.9.2b | Design: Olivier Niquet | Écrivez-nous !