
Peut-être que la population québécoise a un véritable ras-le-bol de projets pollueurs et néfastes pour la société ? Peut-être que la population n’en peut plus qu’on place les profits avant le bien-être collectif de l’ensemble de la société ? Peut-être que les gens n’en peuvent plus d’être pris pour des « caves » ?
Voilà les véritables questions que devrait se poser la Fédération des chambres de commerce du Québec. Dans son communiqué envoyé aux médias le 27 septembre dernier, la FCCQ, sous prétexte que la société québécoise devrait se doter d’une agence d’analyse de l’économie, a cherché à dénigrer et à culpabiliser tous ceux et celles qui ont contribuéEs à ce que le gouvernement abandonne les projets de la centrale thermique du Suroît et du déménagement du Casino.
Plus des deux tiers du communiqué tente de créer un climat de peur. Selon l’étude que la FCCQ a commandée au professeur Rabeau, celui qui avait tenté de nous convaincre que le projet du méga casino était essentiel pour l’avenir du Québec, « le climat social actuel risquerait de saper l’esprit d’innovation des Québécois et de freiner notre développement. » L’étude doit sûrement parler du climat social qui a amené les gens à prendre la rue pour dénoncer les projets du Suroît et du casino. Si c’est le cas, pour moi, ce « climat social » m’apparaît au contraire bénéfique pour la société québécoise, puisqu’il démontre que la population ne se laisse plus berner par des projets où seule la rentabilité économique est au menu. Car c’est justement parce qu’on place l’économie avant l’être humain que la société va si mal aujourd’hui.
La FCCQ affirme, par exemple, que l’abandon de ces deux mégas projets a privé le Québec de 2 milliards de dollars seulement en « retombées temporaires ». Et qu’« à long terme, si on ne va pas de l’avant avec des projets d’envergure, les investisseurs risquent de déserter le paysage québécois ». Je pense qu’il ne faut pas se laisser effrayer par ces propos, parce qu’en vérité l’abandon du projet de la centrale thermique a plutôt sauvé le Québec d’une catastrophe écologique. Aussi, l’abandon du projet du méga casino a permis de rescaper de justesse un quartier populaire, qui, selon moi, est un modèle d’organisation communautaire pour notre société. De plus, je pense qu’il n’y a pas de mal à ce que des investisseurs qui n’ont aucune éthique morale quittent la province ; en fait, ça serait un véritable bénéfice !
Il y a aussi une partie du communiqué qui aborde la manière dont les médias ont traité les dossiers du casino et du Suroît. La FCCQ, en se basant sur une analyse effectuée par le Cabinet de relations publiques NATIONAL, affirme que « le point de vue critique véhiculé par différents intervenants bénéficie souvent d’une plus grande couverture médiatique ». Pour ensuite en conclure que « l’idée ne serait pas d’empêcher les médias de couvrir l’ensemble des points de vue provenant des intervenants, au contraire, il faudrait que l’ensemble des points de vue soit exprimé et rapporté. »
Ici, je me pose la question : pourquoi la FCCQ soulève-t-elle ce point ? Cherche-t-elle à dire que les médias seraient tombés dans le camp des groupes communautaires et militants ? Qu’il ne faut plus se fier aux médias ? Cherche-t-elle à discréditer tout ce qui a été dit par les médias en terme de critiques envers les projets du casino et du Suroît ? Que la population n’a pas eu la possibilité de véritablement comprendre les enjeux de ces dossiers ? Ou qu’il faudrait éviter que trop de contenu critique soit médiatisé dans les journaux ?
Le message est flou. Mais, en tout cas, il semble que la FCCQ se demande pourquoi les groupes s’opposant aux projets du Suroît et du casino ont eu autant de médiatisation dans les médias de masse. On n’a pas besoin d’une étude approfondie pour comprendre qu’en fait, les médias de masse n’ont tout simplement pas eu le choix de médiatiser la position des groupes de pression s’opposant à ces deux projets.
En effet, la FCCQ semble oublier que 10 000 personnes, le 1er février 2003, ont marché dans les rues pour dire « Non à la centrale du Suroît », que près de 8 000 personnes sur une population de 10 000 dans Pointe Saint-Charles ont signé une pétition pour dire « Non au déménagement du Casino » et 200 organisations communautaires à travers le Québec l’ont signée aussi. Il n’y a pas de complot, il y a tout simplement une grande partie de la population qui n’a pas peur de brandir un porte-voix et d’oser manifester son désaccord contre des projets qui lui apparaissent néfastes pour la société. Une population lucide, qui ne voit pas seulement les choses dans une perspective strictement économique.
Contrairement à ce qu’affirme la FCCQ, pour moi, le Québec s’en va dans la bonne direction, la population est en train, progressivement, de sortir de sa torpeur, de se réveiller. Dénoncer et surtout contrer des projets qui représenteraient un danger pour notre société ce n’est pas de « l’immobilisme », c’est une action préventive. Selon moi, le Québec reprend graduellement vie. La population devient de moins en moins individualiste et se préoccupe davantage qu’auparavant des enjeux socio-politiques touchant la société. C’est bon signe !
/BOUCLE_video>Pour ma part, je compare la dernière intervention publique de la Chambre de commerce du Québec à un coup d’épée dans l’eau. En plus, c’était du réchauffé. Le pire pour eux, c’est que chaque fois qu’ils expriment un tel point de vue, ils se nuisent. Ce ne sont pas les groupes populaires qui ont empêché la réalisation de certains projets, c’est l’incapacité de ceux qui les ont lancés de nous persuader qu’ils étaient bons pour la société. Hélas pour eux, les Québécois ne sont pas le corbeau de la fable.
Vous avez raison de dire que c’était un coup d’épée dans l’eau. Mais je ne suis pas d’accord avec les 2 derniers points de votre commentaire. Dans le cas du déménagement du Casino, je pense que les groupes communautaires ont été en quelque sorte l’étincelle qui a démarré ce moteur de contestation et de réflexion.
Sans les pétitions, les manifestations, les conférences de presse, les médias de masse n’auraient peut-être pas autant parlé du projet du Casino. Il n’y aurait pas eu autant de débats publics, ça a donné rapidement mauvaise réputation au Cirque du Soleil qui a préféré abandonné le projet. Bien sûr il ne faut pas négliger le rapport de la DSP sur les impacts négatifs qu’auraient provoqué le déménagement du Casino dans La Pointe. Mais les groupes communautaires et la population de Pointe-Saint-Charles y sont pour quelque chose dans l’abandon de ce projet et c’est tout à leur honneur.
De plus quand vous dites que « c’est l’incapacité de ceux qui ont lancé ces projets de nous persuader » qu’est-ce que vous voulez dire ? Pour moi le problème c’est l’incapacité de savoir choisir de véritables projets innovateurs au Québec en harmonie avec des valeurs environnementales et humaines. Misé sur le « Jeux » et sur un projet pollueur ce n’est pas tellement « winner » à la base et prouve plutôt le manque d’imagination de ceux qui proposent de tel projet.
Vous pouvez visioner une série de films que j’ai réalisé sur la saga du Casino sur Parole Citoyenne

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