• La crise financière, une économie mondiale financiarisée (2e partie)

    15 novembre 2008 | 0 commentaire(s) | 508 affichage(s)

    Le marché financier est un système qui permet à des agents économiques de mettre des capitaux et d’autres instruments financiers à la disposition d’autres agents économiques. C’est le lieu physique ou virtuel ou se rencontrent pour être échangé les actions, les obligations, et leurs produits dérivés. Ce marché résulte de l’offre et de la demande des titres à long terme. Il est donc le lieu du financement à long terme des entreprises tandis le marché monétaire est le lieu de financement à cours terme des entreprises. Le marché financier a deux compartiments ; le compartiment des nouvelles émissions désigné par le terme de marché primaire et celui des cotations en bourse désigné par le terme de marché secondaire ou marché boursier.

    Une action est une part du capital d’une société à capitaux ou d’une société en commandite. Elle confère des droits au détenteur, par exemple le droit de propriété assorti du droit du partage des dividendes. Les obligations sont des titres de créance. Elles ont une échéance et un taux d’intérêt. Les produits dérivés sont des contrats dont la valeur dérive de celle d’un actif ; actions, obligations, devises, matières premières ou de celle d’un indice sous-jacent comme le CAC 40, le Dow Jones, l’indice de la bourse de New York, le Standard & Poor, etc. Ils peuvent être négociés de façon organisée ou de gré-à-gré (Ex. permet l’opacité), par contrat à terme d’instruments financiers (les futures), par contrat d’échanges financiers (swaps), et option, etc.

    L’histoire récente de l’économie mondiale nous enseigne qu’après les années 80, nous avons assisté à une financiarisation et monétisation, sans équivalence dans le passé, de l’économie mondiale. La plupart des économistes conviennent qu’avant les années 80 nous étions dans une économie de découvert caractérisée par une quasi-absence de biais à l’achat des titres. Contrairement à cette époque, la période post80 est celle des économies financiarisées caractérisées par l’intermédiation bancaire et la présence de biais à l’achat des titres. En effet, avant cette crise, le volume des opérations de change était 50 fois plus important que celui des échanges de biens et services. Dans l’économie financière d’avant la crise 2008 et depuis les années 90, les mouvements des capitaux sont largement autonomes tandis que ceux du travail sont fortement réglementé. Le produit intérieur brut (PIB) mondial s’élevait en terme courant à 43,040 M$ en 2005. Le PIB mondial a été multiplié par 3 entre 1980 et 2006. Notons en passant que l’économie mondiale est dominée par les services à 64% entre 2003 et 2005 contre 32% pour l’industrie et 4% pour l’agriculture.

    Juste avant cette crise financière, la finance mondiale, c’était 500,000M$ de produits dérivés dont 12.4% de swaps. Fannie Mae valait 1, 250M$ en swaps. Les prêts en difficulté s’élevaient à 10,000M$ en hypothèque, 2,000M$ en carte de crédit et 2,000M$ en prêt automobile, soit un volume total de 14,000 M$ de prêt en difficulté. Des volumes qui contrastent donc avec la production réelle de biens et services.
    Conséquence, l’activité financière et monétaire (virtuelle) n’a plus de lien avec l’économie réelle (production réelle) et les échanges de biens et services. La forte instabilité cyclique de l’économie réelle figure parmi les conséquences du comportement économique mondial des dernières années. L’instabilité du système financier internationale caractérisée par plusieurs crises financières (Ex. 1989 Japon, 1992 SME, la crise asiatique 1997 déclenchée par l’éclatement de la bull financière thaïlandaise, la bulle internet en 2000, argentine en 2001, la crise des subprimes 2007 dont le prolongement est la crise actuelle, etc.) en était les symptômes. La conséquence la plus grave de la déréglementation, c’est le fait que les politiques économiques et monétaires se sont vues dominées par les forces du marché financier, ce qui a fait que les changes flexibles n’ont pas pu jouer leur rôle d’adaptateur dans le FOREX.

    La plupart des solutions qui ont été pensées par les économistes souligne la nécessite d’une réglementation publique supranationale axée sur deux éléments ; reréglementation des marchés financiers, réduction de la rentabilité des opérations financières par la taxation. Ces solutions n’avaient-ils pas longtemps été proposées dans les papiers de chercheurs chevronnés ?

    Note de l’auteur

    Depuis les dernières décennies, plusieurs économistes s’étaient penchés sur le problème de la finance mondiale. Des modèles ont été développés et validés sur les cycles économiques comme celui des cycles réels de Kydland-Prescott (Nouvelle économie classique—NEC), prix Nobel 2004. Comme nous l’avions précisé dans notre première partie du dossier sur la crise financière, il existe un conflit entre le réel et le monétaire & financier. Il existe également une volonté de certains économistes à résoudre ce problème qui prend source, à notre avis, dans la nature aléatoire du comportement humain et dans l’absence de maîtrise des phénomènes extérieurs à l’Homme lui-même.

    Plusieurs critiques ont été apportées au système notamment de la part de l’Éditorialiste du New York Times et désormais prix Nobel d’économie 2008 M. Paul Krugman. Plus récemment M. Joseph E. Stiglitz (Nouvelle économie keynésienne—NEK) également prix Nobel d’économie version 2001 a apporté ses critiques au plan Paulson. Notons que le professeur Joseph E. Stiglitz est plus proche des plans européens (France, Grande Bretagne, Allemagne) que du plan américain Paulson. Il a plusieurs fois invité le Secrétaire au Trésor à corriger son plan de relance de l’économie américaine.

    Au-delà des modèles et des qualités des économistes, il y’a des questions auxquelles il faut répondre, tôt ou tard ; Comment le monde va-t-il construire un système économique stable et durable ? Quelle est la dose optimale de réel et du monétaire & financier qui permette cette stabilité et une durabilité du système économique ? Si nous admettons qu’il y’a du hasard dans l’économie, comment maîtriser ce hasard ? Comment maîtriser le système pour qu’il ne nous échappe pas comme c’est le cas actuellement ? Les économistes ont du pain sur la planche, beaucoup de théories restent à penser.

    Nous avons laissé lire dans notre article que les forces du marché financier avaient largement dominé ceux des politiques économiques et que cela était grave. Pourquoi ? Et bien, c’est simple : supposons que l’économie mondiale soit une voiture lancée à toute allure (grande vitesse) et que d’un coup les freins et le volant ne fonctionnent plus.
    Comparez la vitesse à la haute financiarisation de l’économie, et l’ensemble freins plus volant à la politique économique et monétaire. Clair ! Compte-tenu des exigences des américains de préserver un système capitaliste qui a eu 60 ans de succès, nous osons espérer que le sommet du G20 du 15 novembre 2008 ne va pas essayer de mettre une roue à cette voiture lancée à toute allure ! Notons pour finir que la coordination ou concertation globale est essentielle au fonctionnement des instruments de politiques pour une meilleure réponse globale.

    P.S.—M$= Milliards de dollars U.S., SME= Système monétaire européen, Le FOREX ou marché des changes est une place financière où l’on spécule sur les variations des taux de change de monnaies étrangères comme l’Euro, le Dollar ou le Yen.

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