• La Bolivie, au bord de la guerre civile, expulse l’ambassadeur américain

    13 septembre 2008 | 0 commentaire(s) | 51 affichage(s)

    En Bolivie, Evo Morales n’arrive vraiment pas à asseoir son autorité depuis son entrée en fonction à la tête de l’État bolivien, le 22 janvier 2006. Cinq gouverneurs de régions, sur les neuf que compte la Bolivie, ont lancé il y a trois semaines une campagne de blocage de routes pour protester contre le pouvoir central et obtenir un statut de large autonomie. Les opposants sont allés plus loin : ils ont coupé mercredi l’approvisionnement de gaz naturel vers l’Argentine et partiellement vers le Brésil. Les gouverneurs des provinces orientales de Bolivie, riches en hydrocarbures, manifestent depuis trois semaines contre la politique du président. Ces gouverneurs exigent un statut d’autonomie pour soustraire aux politiques gouvernementales la gestion des hydrocarbures et la redistribution des revenus qui en découlent. Pour y parvenir, ils tentent d’empêcher les exportations de gaz naturel vers l’Argentine et le Brésil.

    Le gouvernement de gauche d’Evo Morales veut imposer une constitution qualifié d’étatiste et d’indigéniste par les opposants libéraux. Les gouverneurs de Santa Cruz, Beni, Pando, Tarija et Chuquisaca, ont rejeté en bloc le projet de réforme de la Constitution du président Morales et menacé en termes à peine voilés : « Si le gouvernement persiste dans cette direction, nous ne serons pas responsables des résultats d’actions qui pourraient bloquer les exportations de gaz ».

    Le 10 août dernier, Evo Morales avait tenu un référendum pour obtenir à nouveau l’appui du peuple dans sa démarche de réformer le pays. Il a emporté 67 % des voix au niveau national mais il a été désavoué par près de 70 % des votants dans le croissant est du pays. Malgré cela, Evo Morales annonce la tenue, le 7 décembre prochain, d’un référendum sur une nouvelle constitution (socialiste) au lieu de faire approuver le projet par le Parlement. L’opposition déclare que Morales viole la Constitution bolivienne en procédant ainsi. Au début de septembre, la Cour électorale nationale invalide la décision de Morales ainsi que les référendums, tenus dans les provinces orientales du pays, qui s’étaient exprimés en faveur de leur autonomie.

    La Bolivie, pays le plus pauvre d’Amérique du Sud, est divisé. Deux régions s’affrontent. D’une part, les hauts plateaux de l’ouest du pays, domicile de la majorité indigène à laquelle appartient le président Morales. D’autre part, le croissant des riches provinces de l’est du pays, là se concentrent la production de gaz naturel, l’industrie et l’agriculture du pays. Les habitants de ces provinces sont ethniquement plus souvent de souche européenne.

    70% de la population vit sous le seuil de pauvreté, souffrant de graves faiblesses structurelles (poids de la dette, dépendance vis-à-vis de l’aide extérieure et à l’égard des cours des produits de base, croissance trop faible pour réduire la pauvreté, chômage). La croissance a été de 4,6 %, en 2006, et l’inflation de 5 %.

    Le projet de Constitution proposé par Evo Morales permettrait sa réélection pour mettre en œuvre une réforme agraire interdisant les propriétés agricoles de plus de 5.000 ou 10.000 hectares. Ce qui toucherait de plein fouet les gros propriétaires de la région de Santa Cruz, à la tête d’exploitations pouvant aller jusqu’à 200.000 hectares.

    Les militants autonomistes de Santa Cruz ont pris de force mardi plusieurs institutions publiques et le principal aéroport de la région. Derrière ces revendications, il ne fait aucun doute que se cache une profonde aversion envers le premier président indigène de l’histoire de la Bolivie. De gauche, Evo Morales cherche veut à en finir avec la pauvreté et veut mettre en place un nouveau modèle économique qui « éliminera le modèle économique néolibéral qui a fait tant de torts au peuple bolivien ». Ce qui n’est pas pour plaire à la droite, concentrée dans le croissant des riches provinces de l’est. Le gouvernement avait décidé l’année dernière d’affecter les ressources provenant d’un impôt sur les hydrocarbures (IDH), soit 166 millions de dollars, aux retraites des personnes âgées. Le dialogue est rompu entre les cinq gouverneurs libéraux et conservateurs, qui réclament l’abandon de cet impôt sur les hydrocarbures et plus d’autonomie pour leurs régions respectives, et le gouvernement socialiste.

    Deux régions représentent à elles seules 40% du PIB du pays andin. Il s’agit de Tarija (sud) et Santa Cruz (est). Elles détiennent les très importants gisements de gaz exploités par des compagnies pétrolières internationales comme Total (France), Petrobras (Brésil), Repsol (Espagne) et British Gas (GB).

    Evo Morales, face à la grave crise qui menace son pays, a dans un premier temps remanié, pour la cinquième fois depuis son arrivée au pouvoir, son cabinet. Dans un second temps, il vient de déclarer l’ambassadeur des États-Unis à La Paz, Philip Goldberg, « persona non grata ». « Sans avoir peur de personne, sans avoir peur de l’empire, aujourd’hui, ici, devant vous, devant le peuple bolivien, je déclare M. Goldberg, ambassadeur américain, persona non grata », a déclaré Evo Morales. L’ambassadeur alimenterait la division et le séparatisme en Bolivie. En conséquence, il lui a demandé de quitter le pays. La Bolivie demande même à Goldberg de « retourner d’urgence dans son pays ».

    Ce n’est pas la première fois que le gouvernement bolivien se plaint contre les agissements de l’ambassadeur Goldberg. À la suite d’une réunion publique qui s’était déroulée entre le diplomate américain et le préfet de la région de Santa Cruz, Ruben Costas, le gouvernement avait exigé qu’à l’avenir ne se reproduise plus ce type de rencontre, à l’heure où la Bolivie traverse une crise politique profonde. Les relations diplomatiques entre la Bolivie et les Etats-Unis sont mauvaises depuis l’arrivée au pouvoir en janvier 2006 d’Evo Morales un allié politique du président Hugo Chavez et du dirigeant cubain Fidel Castro.

    Cette fois-ci, à travers les troubles qui traversent le pays, Evo Morales accuse : « Celui qui cherche la division de la Bolivie, c’est l’ambassadeur des États Unis ». Goldberg est également montré du doigt comme étant celui qui encourage les troubles dans cinq des neuf départements du pays où est rejeté le projet de nouvelle Constitution que M. Morales entend faire approuver en janvier par un referendum populaire. Les États-Unis ont qualifié mercredi d’ « infondées » ces accusations du président bolivien. Dès le 13 juillet 2006, Leopoldo Vargas, journaliste au quotidien El Deber de Santa Cruz, prédisait que l’expérience acquise par Goldberg en ex-Yougoslavie n’allait pas tarder à être utilisée contre le gouvernement d’Evo Morales. Le processus d’exacerbation du racisme et des autonomies séparatistes, écrivait André Maltais du Grand Soir, en 2007, que connaît en ce moment la Bolivie coïncide avec l’arrivée en poste de Goldberg, en 2006, mais aussi avec la présence d’une importante minorité croate parmi l’élite de la région de Santa-Cruz qui est à l’origine du concept de la « nation Camba ». En conséquence de quoi, le gouvernement bolivien, par son chef de la diplomatie, David Choquehuanca, a fait parvenir un message à M. Goldberg pour l’informer qu’il devait rentrer aux États-Unis immédiatement.

    Hugo Chavez, la bête noire de Washington, a aussitôt apporté son soutien à son collègue Evo Morales, un proche allié politique. « Le président Morales se trouve à la tête de son peuple, défendant la souveraineté de la Bolivie et nous serons avec lui ».

    L’Iran vient d’annoncer qu’elle va envoyer d’ici dix jours une mission technique en Bolivie pour un projet de création d’entreprise mixte avec la compagnie publique YPFB. L’Iran a promis quelque 1,2 milliard de dollars à la Bolivie dans le cadre d’un programme d’assistance technique, de coopération et de crédits pour le développement de champs pétrolifères, agricoles et du secteur du ciment.

    Autre source d’irritation à Washington, comme le rappelle très justement Maurice Lemoine du Monde Diplomatique  : « Si Evo Morales a annoncé « zéro cocaïne, zéro narcotrafic », il a précisé « mais pas zéro coca ». Faisant ouvertement campagne pour la dépénalisation de cette plante utilisée par les Indiens à des fins rituelle et médicinale, il refuse les perpétuelles ingérences américaines dans les affaires intérieures du pays, au nom de la politique antidrogue. Qu’on rajoute la remise en cause de la signature d’un traité de libre commerce (TLC) et l’on aura idée du fort sentiment de défiance ressenti et exprimé à Washington ». Plus de 3 milliards de dollars étaient dépensés par Washington à travers le plan Colombie pour l’éradication de la coca.

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