Introduction
Le continent indien, terre riche et immense, a alimenté l’imaginaire des hommes occidentaux depuis l’époque même des Grecs. Dès lors, vont foisonner les rumeurs les plus fantastiques sur les ressources infinies de cette terre lointaine. Une myriade d’envahisseur va fouler le sol indien dans le long chemin menant à sa forme politique actuelle. Ces intrusions de l’extérieur conjuguées aux revendications territoriales des belligérants locaux vont créer une dynamique particulière propre à la civilisation indienne. C’est à ce conglomérat unique que de multiples nations européennes vont se mesurer.
Dès 1498, l’intérêt des portugais pour cette portion du monde va se transformer en une course effrénée dont l’issue fera de l’Inde une héritière déshéritée. D’une simple rencontre commerciale, les liens se sont complexifiés et ont abouti à une grande transformation progressive de la situation géopolitique de cette région charnière de la planète. Parmi tous les acteurs étrangers qui ont tenté de se tailler une part de cette riche terre, les Britanniques sont ceux qui ont réussi à s’y maintenir et même orienter le mode de vie de la population. Plus tard, la présence anglaise libre de toute concurrence s’impose graduellement en force dominante. Les différences seront exacerbées et les extrêmes créés vont servir les intérêts de la minorité Britannique. Après un effort douloureux d’intégration, les élites indiennes vont puiser dans l’expérience coloniale les ingrédients pour développer une culture hybride et enrichie.
L’Angleterre a pu profiter d’une conjoncture favorable pour s’assurer une longue domination. Elle a su maximiser les possibilités qu’offrait l’entreprise privée et ensuite a implanté une gouvernance directe de la monarchie. L’intervention progressive (par les explorations, l’installation de factory, la création de clientèle et l’instauration d’un régime colonial), le développement maritime et sa militarisation et finalement l’appropriation des ressources et la fuite des capitaux vers l’Angleterre constituent le schéma général permettant de comprendre les bases qui ont permis la constitution d’une emprise coloniale forte.
La formation de la Compagnie des Indes Anglaises
Cet auxiliaire efficace et concurrentiel a été créé selon un modèle en vogue en Europe. Nous observons que la tête de pont qu’a permis l’établissement privé (exploration et factory) a facilité une appropriation territoriale ultérieure. Parmi les officiers illustres de cette compagnie puissante nous pouvons citer Clive qui a donné l’impulsion nécessaire pour faire fructifier l’initiative privée. Notamment, il va s’assurer d’un contrôle efficace et aussi d’une mainmise sur des marchés tel que le sel.
En façonnant l’entreprise avec les ressources locales comme Dupleix l’a fait avec les Français, il va damner le pion aux autres nations d’Europe qui combattent farouchement pour prospérer et survivre. Cette époque incertaine va connaître une montée vertigineuse de la militarisation et du sentiment d’insécurité lié aux antagonismes endogènes encouragés par les Européens.
Les dés n’étaient pas encore joués pour le contrôle continental, les Britanniques avaient le besoin impérieux de s’approprier les routes commerciales étant donné leur insularité et la petitesse du pays. Cependant, une volonté de fer et les capacités stratégiques ne suffisent pas pour gagner le contrôle et l’accès au continent indien. En effet, il faut bien sur disposer de capitaux en quantité suffisante pour assumer les risques et espérer vaincre à l’usure les compagnies concurrentes. Éventuellement, la compagnie va devenir de plus en plus prospère (les richesses du Bengale sont mises à contribution) et va pouvoir user de ses surplus pour construire une flotte à la fine pointe et outrageusement supérieure à bien des flottes de l’époque. Ainsi, disposant de nombre de bateau de qualité, la compagnie des Indes anglaises peut protéger les intérêts moghols contre les Portugais et finalement expédier efficacement les épices et les tissus indiens.
Le contrôle territorial n’est pas évident si les mers environnantes ne sont pas sécuritaires. Les navires privés anglais ont peu à peu évincer les pirates et les contrebandiers de toute sorte. Les conflits européens se répercutent aussi en Inde, les navires privés et militaires se côtoient sans nécessairement se confronter. Par contre, les enjeux sont tellement énormes que les belligérants s’affrontent souvent de manière officieuse. Le va-et-vient incessant et la faiblesse des autres flottes concurrentes vont octroyer le haut du pavé à ces entrepreneurs britanniques. L’établissement d’un organe indépendant privé anglais a permis à la Couronne Britannique d’éviter de s’enliser dans une aventure hasardeuse et possiblement pouvant la ruiner.
Finalement, l’Angleterre jouit d’un avantage considérable. La marine commerciale appuyée par sa contrepartie militaire et les dirigeants indiens va connaître une évolution certaine déterminée par l’afflux de capitaux nouveaux. On observe aussi que les navires rapides et doté d’un tonnage grandissant vont être appareillés par des équipages trié sur le volet et ainsi rentabiliser davantage cette marine. Les entrepreneurs disposant de capitaux de départ seront ceux aussi qui feront fortune en Inde. Ces réussites commerciales seront jalousement protégées et gardées dans la mesure où le continent indien est encore une entité autonome et parcellisé entre les restes de l’Empire Mogol, les royaumes indépendants (Marathes) et les princes locaux. Dans ce contexte, les citées côtières serviront à l’introduction progressive vers l’intérieur des terres. Des villes font se fortifier et servir de bastion contre d’éventuel agresseur.
Les villes de Madras et de Bombay vont être utilisées comme centres névralgiques des opérations commerciales anglaises. En définitive, la bourgeoisie d’affaire a suppléé à la gouvernance monarchique dans l’appropriation de ressources naturelles et luxueuses. Elle s’est dotée d’une flotte efficace et d’un personnel motivé par le gain. Son implantation lente va être ponctué par l’extension des rivalités européennes et aussi par les enjeux locaux. L’entreprise privée a donc préparé le terrain pour le contrôle futur du continent indien. Elle a réussi à satisfaire ses objectifs personnels, elle a permis l’accroissement du marché britannique en le protégeant efficacement.
La parcellisation de l’Inde
La fin de la dynastie Mogol et la recrudescence des conflits internes vont offrir aux Européens aux fenêtres inespérées pour pénétrer davantage dans l’environnement immédiat des Indiens. Ceux-ci vont s’adapter à la grande démographie et vont tirer avantage des rivalités ancestrales. Les armées indiennes vont se river le nez sur les forces européennes. Ces forces étaient pourtant équipées que sommairement si nous les comparons aux forces militaires dans les champs de batailles d’Europe. Des armes à feu rudimentaire accompagnées d’un support d’artillerie souvent déficient vont caractériser le matériel servant à dérouter les factions indiennes belligérantes. Ce qui permet vraiment aux Européens de tirer leur épingle du jeu est sa force militaire basée sur la discipline et l’effort commun dirigé dans un même sens. Les stratagèmes de guerre européen ont fait leur preuve dans des situations où l’avantage numérique aurait pu écraser n’importe qu’elle armée. Les assauts de troupes désordonnées n’ont pas de résultat escompté face à une haie bien dirigé aux feux nourris. On peut parler ici d’un clivage technologique et d’une utilisation d’un savoir faire militaire issu de nombreuses années de conflits en Europe et dans le monde.
Précédemment, nous avons souligné l’apport de Clive dans l’établissement d’une compagnie prospère aux ramifications multiples. D’autres personnages vont par leur intervention orienter le territoire indien dans un état de servitude. Hastings est un de ceux ayant accéléré la mainmise britannique sur le continent. En 1772, il reçoit le titre de gouverneur. Son règne est évocateur d’une volonté certaine des Anglais de voir de près aux affaires commerciales et aussi d’un contrôle sur les individus. L’État délègue la récupération de recette fiscale sur les territoires contrôlés à la compagnie. Le gouverneur Hastings remplace graduellement les percepteurs indiens par des fonctionnaires anglais. De nombreuses réformes vont venir transformer l’administration de la justice. Les lois coraniques et védiques sont alors appliquées sont la supervision de juge anglais.
En résumé, le potentiel commercial immense de l’Inde, l’ouverture d’une route maritime sans intermédiaire et la concurrence féroce entre état européen vont orienter l’Angleterre vers une politique économique et coloniale permissive. Progressivement, les Portugais vont être écarté des rivages indiens, la résistance française va donner du fil à retordre mais sera aussi réduite définitivement. Les rivaux d’Europe vont transposer leur conflit en sol indien par le biais des forces locales. Une mesure efficace sera d’outiller des groupes d’Indiens et des les soumettre à un entraînement militaire à l’européenne. Ainsi, les commerçants anglais vont jouir d’une notoriété et devenir en quelque sorte nécessaire aux yeux des dirigeants locaux. Ce jeu dangereux permet à ces étrangers de soutirer l’assistance pécuniaire des élites possédantes. Les Britanniques vont se juxtaposer au pouvoir en place. Ils ne seront jamais les instigateurs directs de conflit, cependant ils vont tirer les ficelles nécessaires leur permettant une place de choix dans le concert du sous continent indien. Les Anglais vont donc s’incruster par le nord et s’emparer successivement des carrefours stratégiques leur permettant une plus grande assise. Cette réussite militaire et commerciale peut s’expliquer par la suprématie navale anglaise et leur habileté à saisir les enjeux locaux. La dynastie Mogol en déclin s’est accommodée de la présence anglaise sans toutefois lui opposer de réelle restriction.
Le succès anglais s’explique par les étapes successives lui conférant successivement les leviers du pouvoir. Le contrôle des mers, la mainmise sur le commerce et la collecte fiscale sont les premiers atouts que va posséder l’Angleterre durant la période des compagnies privées. En s’associant avec les autorités Mogol, les Anglais retirent la légitimité nécessaire pour effectuer librement leur opération commerciale. L’autorité dynastique va s’amenuiser et les Anglais vont en quelque sorte usurper le pouvoir de manière insidieuse. Les princes locaux devenus la clientèle de choix des Anglais vont devenir des auxiliaires nécessitant la technologie et l’appui militaire des troupes cipayes. L’argent indien va servir au développement commercial favorable à l’Angleterre. Seule une minorité indienne va soutirer un quelconque profit de cette situation particulière. L’état de dépendance et l’appauvrissement seront les conséquences fâcheuses de la mainmise anglaise. L’emprise économique va connaître son apogée dans une reconfiguration du régime de propriété terrienne.
L’ère coloniale
Lors du mandat de Hastings, le parlement Londonien va voter le Regulating Act. Le gouverneur hérite alors de pouvoir supplémentaire. Le Bengale devient le chef lieu de l’administration de la compagnie en Inde. Bombay devient une dépendance directe de ce monopole. Le pouvoir législatif en Angleterre a donc un certain droit de regard sur les opérations en Inde. L’octroi de subsides est décrété en faveur de la compagnie sous forme de prêts avantageux. Le délégué en Inde est donc officiellement en charge de l’administration du territoire. Son mandat est prolongé et assorti d’une forme de contrat. Cette implantation gouvernementale semi privé met en lumière la nécessité de développer des infrastructures similaires à ce que l’on peut retrouver en Angleterre. Un système judiciaire prend forme pour permettre de rendre des jugements dans les cas concernant les sujets anglais. Une cour suprême va donc être créée ainsi qu’un conseil privé. Les dispositions de ce conseil feront en sorte que le gouverneur aura souvent les mains liées, créant des conflits internes qui vont limiter l’ingérence des Britanniques dans la vie indienne. Les années subséquentes vont donner le ton à une politique parlementaire plus ferme à l’égard des administrations privées.
Nous pouvons assister à une série de mesure émanant du cabinet de William Pitt qui visent à réduire les pouvoirs de l’administration indienne au profit d’une plus grande capacité d’intervention directe de Londres. Les restrictions sévères imposées vont limiter les administrateurs locaux selon les volontés parlementaires outre-mer. Le poste de Premier Ministre de l’Inde vient contrebalancer le pouvoir du Gouverneur par la création d’un service parallèle au conseil privé. Le titre permanent attribué au gouverneur est réformé. L’administration elle-même est soumise à un examen minutieux à intervalle régulier. Nous pouvons tirer la conclusion qu’un transfert progressif des pouvoirs se fait entre les instances publics et le pouvoir privé. La compagnie des Indes a servi les intérêts de la Couronne de manière admirable, cependant cette créature commerciale outrepasse ses limites au goût de l’aile réformiste du parlement britannique. Le parlement va accroître son influence directe sur le continent indien et instaurer l’organisation de ce territoire à son image. L’implantation économique prend alors fin pour laisser place à un interventionnisme d’État plus musclé à l’endroit des indiens et des intérêts privés.
La domination anglaise est possible par la complexification des liens commerciaux, l’élimination de la concurrence et aussi par une pression politique progressive. Toutefois, le rayonnement culturel de la société anglaise vis-à-vis sa contrepartie indienne est aussi nécessaire pour expliquer le succès des britanniques sur une terre aussi vaste et densément peuplé.
Tout d’abord, il est évident que la supériorité technologique est un atout non négligeable dans l’établissement commercial. L’avantage scientifique et l’application d’un savoir faire technique permet aux Européens et aux Anglais d’effectuer leur opération avec confiance malgré l’éloignement et l’isolement. Ainsi, disposant d’un matériel efficace, ceux-ci vont s’aventurer dans des zones risquées et surpeuplées. Les armes impressionnent, les appareils surclassent les navires provenant d’une autre époque, les hommes spécialisés et entraînés à une multitude de tâche vont être en mesure de protéger efficacement les acquis sur le terrain. Dans ces conditions, il est difficile de ne pas céder du terrain à ces commerçants dotés d’équipement de pointe. La bonne entente sera de mise jusqu’au contact inévitable entre nation européenne dans leur optique de zone d’influence. La technologie qui est un atout pour les Anglais est un élément parmi de nombreux points permettant d’expliquer leur domination. Les Indiens ne sont pas pliés face à l’envahissement progressif des Anglais. Ils ont tirés profits de cette manne nouvelle qui arrive d’outre-mer en incorporant dans leur propre culture les héritages européens issus d’un long processus historique. Cependant, la promotion de la culture des Lumières va mener tranquillement à un effritement de la société indienne basé sur les réalisations d’une civilisation ancienne. On observe la montée d’une bourgeoisie commerçante hindoue et arabe à l’image des canons du libéralisme anglais. La société d’ordre va se fragmenter et émergera une classe d’individu sympathique aux aspirations idéologiques anglaises.
L’adaptation nécessaire et l’émergence d’une nouvelle élite
Les classes possédantes vont devoir s’adapter face à cette nouvelle réalité. Les ordres vont se perpétuer et inévitablement créer un clivage nouveau. L’attrait culturel le plus fort peut se situer dès le départ dans la région de Calcutta où nous trouvons une très forte proportion de sujets anglais. Le contact des deux mondes va permettrent le développement d’une dynamique nouvelle. L’idéologie libérale est synonyme de modernité pour certains indiens qui accueillent favorablement ces concepts étrangers. De ces anglophiles, nous pouvons relater le parcours original de Ram Mohan Roy. Cet illustre philosophe qui va se faire le champion de la diffusion des idéaux qu’il considère moderne. Il agit en quelque sorte comme un vecteur positif pour affirmer la place des Britanniques en sol indien. L’éducation et la mobilisation d’une classe ouverte à son discours seront des atouts majeurs dans l’incorporation de l’Inde aux royaumes Britannique. Cependant, il est à noter que Roy ne faisait pas la promotion de l’asservissement. Il visait plutôt le développement de l’Inde à l’Occidentale sans toutefois renier ses racines profondes.
La substitution progressive
Parmi d’autres éléments qui peuvent démontrer une appropriation progressive de l’administration britannique en Inde, il est intéressant de voir que les langues anciennes qui avaient longtemps survécu à nombre d’envahisseur comme langue administrative ont finalement été relégué aux oubliettes. La langue Sanskrite qui a longtemps servi de canevas pour les fonctionnaires sera maintenant surpassée par l’anglais. Ce phénomène s’explique par la nature même des études administratives essentiellement versées dans le monde religieux. Les aspects plus concrets et techniques furent donc longtemps évacués du cursus d’étude des cohortes de fonctionnaires. L’anglais permet d’ouvrir des horizons et donne l’accès aux sciences modernes. La langue est aussi assortie d’un caractère laïc. Elle est épurée de signification philosophique et religieuse ce qui lui confère un attrait particulier dans ce monde fixé dans le passé.
L’idéologie de la compagnie des Indes anglaises au départ était de poser le moins de geste pouvant nuire aux commerces et au maintien des relations économiques. La présence de missionnaires catholiques qui étaient tolérés va maintenant être assorti de la présence de sa contrepartie protestante. Ces missions religieuses étaient proscrites dans l’optique que les monopoles commerciaux ne voulaient pas s’ingérer dans la vie sociale et religieuse de leur client. Cependant, le Charter Act émis tardivement en 1813 va autoriser l’envoi de missionnaires ayant comme objectif la diffusion scientifique, culturelle et religieuse des valeurs européennes. La cible principale de ses acteurs importants de l’enracinement anglais est la classe possédante voulant s’imposer davantage dans le paysage indien. La formation bourgeoise indienne est intimement liée au effort de ces pionniers religieux.
L’attrait majeur de cette éducation est sa forme laïque qui permet aux individus de se développer sans pour autant renier leur religion. Dans une contrée où les préceptes religieux sont primordiaux, nous pouvons comprendre qu’une stratégie d’éducation parallèle de cette nature a pu séduire une masse critique d’individu. La diffusion des idéaux européens à des individus perméables à ceux-ci est un élément supplémentaire expliquant la mainmise que l’Angleterre imposer sur les Indiens. La culture devient une nécessité pour être en mesure de comprendre le monde moderne. L’anglais, les sciences et le savoir administratif sont des pôles attracteurs qui vont créer une clientèle sympathisante aux Britanniques. Cependant, tous les éléments nommés précédemment ne suffisent pas pour expliquer entièrement le succès anglais. En effet, les relations de natures économiques qui caractérisent les rapports entre les Anglais et Hindous vont bien sur prendre de l’ampleur. Cependant, une nouvelle tendance interventionniste va émerger. Les administrateurs vont multiplier leur implication directe dans les mœurs et coutumes indiennes. Des rites vont être l’objet de dénonciation, ces situations jugées anormales aux yeux des Occidentaux seront finalement réprimé par la justice ou la menace. Nous pouvons nommer les pratiques infanticides et les restrictions sévères concernant les veuves.
Les intellectuels locaux vont même appuyer les démarches législatives des occupants britanniques en vue du bannissement des rites jugés barbares. Nous pouvons ajouter que les individus ayant choisis la conversion au catholicisme ont été des agents efficaces pour faire disparaître ces pratiques archaïques. Plus concrètement, des raisons économiques ont poussé ces gens à exiger des réformes juridiques pour être en mesure d’exiger une part du patrimoine familial (les biens indiens sont indivisibles selon les lois hindous).
Parmi d’autres dispositions concrète pour assurer le contrôle de l’Inde nous pouvons aussi énumérer les efforts anglais d’assurer le contrôle des routes et la sécurité de celles-ci. La destruction des groupes criminels meurtriers fait partie de ses mesures permettant d’associer les Anglais à un groupe dominant cherchant un contrôle étendu. La fin des Thag (dévot de Kali) et des Khong primitif fait foi de cette volonté de réduire à néant les irritants pouvant nuire à la libre circulation des biens et des personnes. L’Inde va connaître la fin de l’esclavage de fait sur son territoire. Cependant, ce phénomène va persister. La volonté d’une minorité dominante fait quand même écho dans ce pays aux pratiques millénaires.
Dans la pléiade de gouverneur, Dalhousie semble être l’instigateur de la phase impérialiste intérieure associée à un contrôle coercitif plus intense. Son passage met fin aux pratiques d’évitement et de non intervention. Il va complètement revoir les méthodes coloniales et confirmer le rôle prépondérant des Britanniques sur les possessions indiennes. Les idées libérales vont maintenant s’imposer par la force et l’annihilation de la résistance. Au même moment, il est curieux de constater une plus grande liberté de presse dans la formation de ce bloc économique et politique émergeant. Les gouverneurs anglais vont se lancer dans une série de conquête militaire ardue contre les redoutables Sikh. Éventuellement, ce peuple va être annexé et les meilleurs combattants vont être incorporé comme auxiliaire de la puissante armée britannique. Les corps d’infanterie anglais vont alors disposer de troupes indigènes servant même de fer de lance dans la conquête territoriale.
La puissance et la diversité de l’armée anglaise serviront éventuellement contre les voisins en périphérie de l’Inde. Nous pouvons alors comprendre que l’Inde est maintenant une place forte servant de tremplin pour des incursions en périphérie. La domination militaire et administrative est renforcée par la construction d’infrastructure moderne qui donne la possibilité de contrôler les extrémités récalcitrantes. L’arrivée du chemin de fer pour des raisons économiques et aussi un accélérateur d’influence et de contrôle. Le tracé Bombay-Thana en 1853 sera la première ligne d’envergure dans la nouvelle toile ferroviaire qui se crée. Ainsi, les matières premières sont dirigées plus rapidement hors de l’Inde et les troupes armées peuvent circuler plus aisément sur le continent. Au niveau civil, il devenait impératif pour Dalhousie de doter l’Inde d’un service postale digne de ce nom. De plus, une ligne télégraphique est érigée pour accélérer les communications commerciales et administratives. Pour conclure, la voirie, l’aménagement fluvial et portuaire et aussi les institutions pénitentiaires seront sujets à plusieurs réformes gouvernementales. L’extension du pouvoir britannique est maintenant visible dans les moindres aspects de la vie indienne. La construction administrative et structurelle de l’Inde par les Britanniques démontre que ceux-ci tentent de reconstruire une entité vouée à servir efficacement le réseau colonial préexistant. La domination anglaise va connaître son apogée dans l’implantation d’un réseau d’instruction publique. Les Indiens seront maintenant exposés en plus grand nombre au bienfait de l’économie moderne. Le pays va devenir un auxiliaire puissant pour enrichir la Couronne britannique. Les gouverneurs vont même pousser l’audace d’exproprier des terres pour régulariser la fiscalité à leur avantage. La grogne immense créée n’est pas suffisante pour faire craindre aux officielles la crainte de représailles. Le Deccan va être le terreau fertile du mécontentement avec ces envahisseurs trop bien implantés.
Cette emprise britannique va même s’ingérer dans la détermination successorale des princes et des rois. La politique du lapse qui mine l’autorité indigène en la privant de sa liberté sera un outil efficace pour soumettre les têtes dirigeantes vers la servilité. Évidemment, ces pratiques vont être source de conflits qui vont être réprimé brutalement. Tour à tour, les états indépendants vont être assujetti à l’ensemble dominé. Les Anglais vont même user de subterfuges pour intégrer des états alliés (Sikkim et Aoudh). Finalement, le dernier réduit Mogol (Delhi) va être sujet à la politique centralisatrice anglaise. Cet événement vient trancher de manière définitive la démarcation entre le monde indien ancien et l’État satellite de Londres. Ces annexions vont soulever l’ire des musulmans et des hindous. Le malaise va inévitablement devenir une préoccupation latente qui va aboutir éventuellement à l’émancipation indienne. La répression de la révolte des Cipayes peut servir d’exemple de la capacité de l’Angleterre de se maintenir en terrain de plus en plus hostile à son endroit. L’armée britannique jouissant d’une grande mobilité appuyée par des mercenaires locaux a finalement écrasé le mouvement désorganisé des Cipayes.
Conclusion
La démonstration sert à montrer que la domination coloniale s’est effectuée lentement et suivant d’abord une logique commerciale de rentabilité. La compagnie privée a été un outil extraordinaire pour amortir les coûts d’une aventure outre-mer. Le dynamisme des intérêts privés va permettre un essor de l’Île britannique. L’ouverture d’un nouveau marché va permettre un apport économique majeur. Les profits générés vont être réinvesti de Londres vers l’intérieur de l’Angleterre pour le développement agraire ou bien manufacturier. L’Inde va constituer alors un débouché nouveau pour les produits anglais. Elle va aussi permettre au port anglais la possibilité de se développer davantage et tisser des liens plus fort avec l’Europe continentale qui est aussi friande des textiles indiens et bien sur des épices. La conquête des mers et la suprématie militaire font en sorte que l’Angleterre peut tourner son regard vers une intégration massive et une appropriation généralisée du sous-continent indien. Au niveau social, la diffusion de l’idéologie libérale et de la langue anglaise va avoir un impact sur la création d’une élite favorable anglophile s’ajoutant à la bourgeoisie commerciale indienne.
L’Angleterre va contrôler un vaste ensemble en s’appuyant sur ces appuis et elle va diminuer le pouvoir de la Compagnie des Indes anglaises au profit d’une tutelle directe émanant de Londres. Elle va s’appliquer à exploiter la colonie par personne interposée et va transformer l’Inde dans un état agraire dépendant. Cette transformation va longtemps engourdir les aspirations nationales indiennes. La forme d’exploitation insidieuse que va instaurer les Anglais fera en sorte que l’opinion des Indiens sera longtemps mitigée à leur égard. L’entreprise coloniale gardera ses traces longtemps après l’accession à la souveraineté
/BOUCLE_video>Bien écrit et clair, mais en résumé, les anglais ont pillé l’Inde jusqu’à l’os, encouragé les dissensions locales pour imposer leur loi, avili les indiens au point d’en faire des valets consentants, car on les persuadait de la supériorité de race des britanniques. S’appuyant sur une nouvelle bourgeoisie anglophile qu’ils ont créé à leur dévotion, les Britanniques ont ainsi fait bénéficier le peuple indien d’une "manne nouvelle qui arrive d’outre-mer" et qui s’est surtout traduit par des famines tuant des millions de personnes jusqu’aux années 60.
Mais finalement l’Inde aura le dernier mot.
Elle fut pille, premierement par les extremiste jihadistes et ensuite par les Europeens excentriques.
La couronne de la reine est faite entierement de pierre precieuse d’Inde. En fait l’Angleterre et l’Europe ne seraient pas ce qu’elles sont sans l’Inde, cela me parait evident.
Mais comme on dit en Inde, la roue du Karma tourne...Et les roles seront inversees un jour, ce n’est qu’une question de temps.

Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.
À propos de Cent papiers | Tous droits réservés, Cent Papiers 2006-2007 | Roule sous Spip 1.9.2b | Design: Olivier Niquet | Écrivez-nous !