• L’Ours russe grogne

    8 juin 2007 | 4 commentaire(s) | 46 affichage(s)

    La Russie en a marre des projets américains qui se font sur son ancien terrain de jeu soviétique. Si ce n’est pas en Asie centrale et au Caucase, c’est dans les pays d’Europe centrale que les Américains viennent étendre leurs tentacules.

    La Russie a déjà donné et a assez donné, semble dire Vladimir Poutine. Maintenant, elle se fâche. Elle grogne. Elle dit aux Américains de retourner chez eux. Elle laisse même de côté le langage politique pour adopter le langage militaire, celui qui rappelle trop bien la rhétorique utilisée à l’époque de la Guerre Froide.

    Lors de sa rencontre avec les journalistes étrangers représentant chaque pays invité au G8 qui se déroule à Heiligendamm en Allemagne, Vladimir Poutine a clairement indiqué que les Russes pointeraient leurs missiles nucléaires vers de nouvelles cibles européennes si le projet de bouclier antimissile américain voyait le jour en Europe.

    Les Etats-Unis ont beau répéter que ce projet cherche à défendre l’Europe contre l’Iran et la Corée du Nord et non contre la Russie, Moscou n’en est pas persuadé. En fait, les Russes voient ce projet comme une manière de neutraliser leur potentiel, d’empêcher la Russie de retrouver son statut de grande puissance et de l’isoler sur la scène internationale. Et avec raison. Car depuis la chute de l’URSS, les Etats-Unis n’ont jamais répondu avec générosité aux attentes des Russes et agissent plutôt de sorte à les agacer. À titre d’exemples, soulignons l’absence de compromis sur la finalisation de l’admission de la Russie à l’OMC et l’appui donné par Bush à l’Ukraine et la Géorgie dans leur volonté de joindre les pays membres de l’OTAN.

    De leur côté, les Etats-Unis sont insatisfaits de la réponse de Moscou en ce qui concerne la gestion du pétrole et du gaz russes dont, rappelons-le, l’Europe est largement dépendante. Alors que les Américains réclament la privatisation des oléoducs russes, la démonopolisation de Gazprom, et une plus grande ouverture de la Russie aux investissements étrangers et ce, à des fins de sécurité, Poutine et son administration tiennent mordicus à garder le contrôle sur ce secteur qui est l’un des plus décisifs pour le bon développement économique de la Russie.

    L’enjeu de la sécurité énergétique se cacherait-il donc derrière ce projet d’antimissile américain en Europe ? Se peut-il que, si la Russie utilise encore la stratégie du coup de marteau en arrêtant la livraison de pétrole et de gaz aux pays d’Europe centrale lui tenant tête, lui tournant le dos, lui faisant un pied de nez, ou lui levant un doigt bien haut, les armes américaines déployées en sol européen aient alors pour cible le Kremlin ? Certes, si tel est le cas, espérons qu’aucun des deux camps ne sera assez fou pour faire feu, mais au grand désespoir de Moscou, la dissuasion nucléaire obligera le statu quo en lui enlevant la possibilité de jouer une des meilleures cartes de son jeu politique dans ses relations avec ses voisins de l’Ouest.

    Pour montrer leur bonne volonté, les Etats-Unis invitent les Russes à participer au projet antimissile qui a toutefois pour cible deux partenaires économiques et géopolitiques de la Russie : l’Iran et la Corée du Nord. Il est donc facile pour les Etats-Unis de faire l’invitation avec le sourire, parce qu’ils savent très bien que la Russie ne peut l’accepter sans se tirer dans le pied, c’est-à-dire sans brimer ses relations avec son plus important partenaire dans le monde musulman et sans nuire à l’augmentation des échanges bilatéraux avec Pyongyang qui a court depuis l’an 2000. Voilà une autre raison qui rend ce projet hostile aux yeux de Moscou : il lui demande de se protéger contre des pays qui ne lui sont pas inamicaux.

    C’est pourquoi, devant le projet de déploiement de l’ABM américain, il est normal que l’Ours russe grogne et tente d’empêcher qu’on le contraigne à rester dans sa tanière.

    Néanmoins, Vladimir Poutine est obligé de prendre position et d’agir, car s’il se dit contre le projet des États-Unis sans trouver d’alternative, il devra faire face à des coups politiques énormes. Devant cette nécessité de trouver une solution, Poutine a donc proposé hier à son homologue américain, de permettre aux États-Unis d’opérer une station radar antimissile située en Azerbaïdjan et ce, en concert avec la Russie.

    Bush a qualifié cette proposition d’intéressante… reste à voir si l’Aigle américain se contentera de voler au-dessus de l’Azerbaïdjan et s’il acceptera de partager le contrôle de ses futures proies avec un Ours qui a tendance à être gourmand.

    Le pourquoi du comment des tensions russo-américaines.

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  • 4 commentaires

    • Anonyme

    @ Catherine

    Puis-je vous proposer d’aérer votre texte : un petit paragraphe par çi, un petit paragraphe par là, comme une bouffée d’air frais. Excellente analyse.

    Pierre R.

    • Catherine Courchesne

    Ce n’est pas moi qui a fait la mise en page monsieur, mais j’avoue que d’aérer serait une bonne idée. Merci pour le compliment.

    • muffin

    moi je te trouve super !
    muffin

    • serge

    Tres bon article.Compliments…

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