Sans armée européenne, l’OTAN est une nécessité.
L’Otan perdra sa raison d’être le jour où il y aura une véritable armée européenne. L’Otan n’est-il pas aujourd’hui la seule force de dissuasion et d’intervention crédible sur le sol européen ? L’Union européenne a besoin de l’Otan, même si le risque de conflit majeur est écarté depuis la chute de l’Urss. Les défilés le 14 juillet sur les Champs-Elysées de différentes armées des États de l’UE, ont pour certains valeur de symbole ; c’est plutôt d’impuissance qu’il faut parler. Car les armements (à quelques exceptions près) ne sont ni communs ni interchangeables. On a des armées nationales dont l’addition ne constitue pas une armée européenne. C’est un puzzle qui peut à la rigueur faire de l’humanitaire, mais est bien incapable de mener des opérations de dissuasion ou d’attaque. Sans parler des problèmes de commandement. Ce n’est pas le chef de la diplomatie européenne qui pourra être le chef de l’armée européenne, ni le Président de l’Union !
La question est donc de trouver la bonne méthode pour construire cette indispensable armée européenne. Aussi nécessaire que la monnaie unique, Schengen, le Traité, la Banque européenne... Quand on voit les difficultés que rencontrent la France et le Royaume Uni pour faire un porte-avions ; quand on sait qu’il a fallu vingt ans à la France pour lancer le Charles de Gaulle – qui n’a toujours pas les bonnes hélices, et n’est équipé que de quelques Rafales ; quand on connaît la concurrence industrielle entre Dassault et EADS (actionnaire de Dassault !) pour fabriquer un chasseur bombardier, les difficultés d’Eads pour faire décoller l’avion de transport militaire, l’A400M - mouton à cinq pattes qui attend désespérément ses moteurs -, et celles de Dassault pour vendre ses Rafales ; quand on devine la gabegie que la maintenance d’engins inadaptés (ou trop vieux) aux missions entraîne..., on peut dire qu’il y a beaucoup de travail !
Par où commencer ? Il y a certes des problèmes industriels et financiers, mais c’est d’abord un problème de leadership. Essentiellement politique qui renvoie au « Traité », d’ailleurs bien incomplet sur ce point. Comme ce préalable n’aura pas de réponses d’ici longtemps, il faut alors se poser la question de la méthode : savoir de quels matériels les trois armes ont besoin, serait un point de départ qui pourrait faire consensus. De même que c’est en marchant qu’on prouve le mouvement, c’est en construisant ses armes que l’Europe peut sortir de l’impasse militaire dans lequel elle est enfermée par les politiques nationales de ses membres. Cette question a le mérite d’être politiquement neutre (ou presque), et ne demande pas la mobilisation de crédits conséquents pour qu’on tente d’y réponde. Un peu de somnolence politique et de lobbying industriel peut suffire. De là on peut espérer passer à une programmation industrielle – malgré des difficultés réelles de répartition des compétences et de budget – comme cela s’est fait pour l’avion de transport, les hélicoptères et quelques autres programmes comme Galiléo (malgré bien des péripéties). L’Europe politique disposera alors des pièces pour former une véritable armée européenne. Organiser un commandement commun – en prenant exemple sur l’Otan, pourquoi pas – sera alors à portée de main, du moins une obligation.
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