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S’il y a dans la communauté des pays islamiques, un et un seul qui doit faire la honte des musulmans, c’est bien le Sénégal. Ce pays d’environ 11 millions d’habitants, avec pas moins de 10.450.000 musulmans a en effet toutes les difficultés du monde pour célébrer, à l’unisson, les deux principales fêtes légitimes de l’Islam. Il s’agit de l’Aïd el Fitr et de l’Aïd el Adha appelées, au Sénégal, respectivement Korité et Tabaski.
Il est rare, vraiment rare de voir les Sénégalais, observer le jeune musulman en même temps et rompre celui-ci, 29 ou 30 jours plus tard, l’unisson. Et pourtant, ce pays n’est pas en tête de peloton des territoires, où cette religion est traitée en parent pauvre. Au contraire ! En ce sens qu’au Sénégal, non seulement l’Islam dit "standard", pratiqué dans la majorité des pays musulmans (ou islamiques, c’est selon), mais aussi des confréries y existent qui organisent tant bien que mal leurs fidèles pour une meilleure prise en charge de leur religion, notamment dans le cadre de la formation, des études, du suivi, etc. Nous ne saurions citer ici ces confréries pour ne pas frustrer certains fidèles.
Ce qu’il faut en revanche retenir, c’est qu’on peut énumérer au moins une douzaine de confréries religieuses au pays de la Téranga. Lesquelles, même si elles se réclament toutes de la religion du Prophète Mohamed (Paix et Salut d’Allah sur Lui), il n’en demeure pas moins qu’elles se différencient dans la pratique. C’est d’ailleurs cette "vision" de la religion qui fait la spécificité de chaque confrérie. Conséquence palpable : la division dans le respect des préceptes élémentaires de l’Islam.
Rares, en effet, et on se répète, sont les cas où tous les Sénégalais observent en même temps le jeune, la Korité et la Tabaski. Le dernier exemple aura été la clôture du mois de Ramadan 2007. Car, si certains fidèles ont jugé nécessaire prier jeudi dernier (à Niary Tally, un quartier de Dakar), d’autres ont cru devoir faire la même pratique Vendredi (une partie des régions de Louga au Centre du Sénégal et de Matam au Nord-Est, et Patte-d’oie un autre quartier de Dakar), alors que d’autres enfin, la majorité des Sénégalais, pensent pouvoir attendre Samedi. Il n’est pas exclu que d’autres Sénégalais (une autre infime partie), prient en définitive, Dimanche.
Or, la même pratique est tributaire de l’apparition du croissant lunaire, comme voulu par les textes islamiques, que nous nous gardons volontiers, de rappeler ici. Est-ce alors à dire que les Sénégalais voient apparaître deux, trois et même quatre croissants lunaires « tout neufs ». Où, est-ce que certains se fient au tout premier croissant apparu dans tel ou tel autre pays musulmans de la planète ? La gisent les questions auxquelles les Sénégalais doivent trouver des réponses, les meilleures réponses qui soient. Vendredi, l’ancien Premier ministre sénégalais, et Chef de file de l’Alliance des Forces de progrès (opposition) M. Moustapha Niass, a préconisé une concertation nationale pour solutionner ce problème.
Car, en définitive, c’est justement pour faire taire leurs divergences relativement à l’apparition du croissant lunaire, et qui font honte des musulmans du monde, qu’une commission chargée de l’observation de ce sésame, a été mise sur pied dans les années 90. Rappelons que malgré ces comportements des musulmans dans ce pays de l’Afrique occidentale, l’Organisation de la conférence islamique (Oci), compte y tenir son prochain sommet les 13 et 14 mars 2008. Ainsi, pour la deuxième fois, en l’espace de 16 ans, le 11ème sommet de l’Organisation de la conférence Islamique (Oci), se tiendra, en terre africaine du Sénégal. Le premier sommet du genre, organisé dans ce pays, remonte à 1991.
Déjà, pour accompagner les efforts de Dakar de mieux se préparer dans le sens d’un accueil digne de ce nom, un accord de prêt de 10 millions de dinars koweïtiens correspondant à environ 17 milliards de francs Cfa du Fonds koweïtien pour le Développement économique Arabe (FKDEA) a été signé, récemment, par le Directeur général dudit Fonds, M. Abdulwahab Al-Bader et M. Abdoulaye Diop, ministre d’État, ministre de l’Économie et des Finances.
/BOUCLE_video>il me semble que le problème de cette division traduit tout simplement un esprit de division, d’hypocrisie et d’entêteemnt qui est caractéristique des confréries.... ce qui me choque c’est l’incapacité de l’État sénégalais à imposer quoi que ce soit, incapacité de règler les problèmes, incapacités de gérer la société et toutes ses névroses. Cela a mon avis traduit aussi la connivence et les liens de corruption qui existent entre l’État et les chefs des confréries .. mais cela est une longue histoire
Bonjour, Leuk. Vous avez raison, l’Etat aurait pu, d’une manière ou d’une autre résoudre la question des multiples Korité et Tabaski au Sénégal. Je pense que ces divisions ne rendent aucunement service à ce pays qui compte 95% de musulmans. Par contre, je pense que soutenir que l’Etat est "incapable", serait trop fort. Car, les confréries sont très influentes dans ce pays. Cela est d’autant plus vrai que presque tous les chefs de partis y compris le chef de l’Etat, sont des membres (Talibés, au Sénégal) de telle ou telle autre conrérie.
@ Boubacar
Cher collègue
Que puis-je dire sinon formuler un seul vœu : que cet article soit lu par le plus grand nombre de lecteurs car trop souvent, ce continent mal aimé est ignoré et laissé pour compte.
Cela étant dit, lorsque vous écrivez : « malgré ces comportements des musulmans dans ce pays de l’Afrique occidentale [...] », puis-je vous suggérer d’ajouter un complément d’information pour renseigner le lecteur sur les événements auxquels fait allusion votre constat.
Amicalement
Pierre R.
@Doyen PIERRE R.
Bonjour. Je me sens véritablement honoré en lisant votre commentaire à la suite de mon article.
Merci pour le voeu et la suggestion.
En écrivant ceci : "Rappelons que malgré ces comportements des musulmans dans ce pays de l’Afrique occidentale, l’Organisation de la conférence islamique (Oci), compte y tenir son prochain sommet les 13 et 14 mars 2008", je faisais allusion la réticence de certains pays de la communauté des pays musulmans, notamment ceux qui sont membres de l’Oci, d’accorder au Sénégal le privilège de d’organiser le 11ème sommet de l’Organisation en question. Les plus radicaux d’entre ces pays ont argué que le Sénégal était un pays de l’Afrique occidentale, donc subsaharien, qui comptait extrêmement peu d’infrastructures hôtelières pouvant permettre une bonne tenue du 11ème Sommet de l’Oci.
Ces "errements" dans la pratique de l’Islam au Sénégal, pourraient servir d’arguments supplémentaires contre ce pays qui, exceptionnellement, doit organiser pour la deuxième fois en moins de 20 ans, le sommet de l’organisation panislamique.
Mais en avant-gardiste, le Président du Sénégal a vite impliqué les autres pays africains, en déclarant lors de l’ouverture de la dernière réunion des ministres des affaires étrangères du Groupe Africain de l’Oci, le 7 Septembre dernier à Dakar, que le Sommet de mars prochain, était « d’abord celui du Groupe africain et de l’Afrique ».
Je vous rappelle que 26 pays africains sont membres de l’Oci, dont 16 (parmi lesquels le Sénégal) appartenant au Groupe africain et 10 du Groupe arabe…
Merci encore une fois, Doyen P. R.
A bientôt.
Merci Boubacar
Ce que je comprends de la présente situation au Sénégal, outre la question de l’Oci, est cette crainte de voir disparaître le statut d’État laïc de la constitution sénégalaise. Il y a un débat autour de l’affaire de la video « Gouddi town » (la ville de la nuit). Je lisais cette réaction dans le Soleil : « Gouddi town, c’est l’arbre qui cache la forêt des déviances devenues banales dans ce pays pas avare en leçons de vie. La nuit dakaroise est un concentré d’ignominies et d’indignités qui hérisserait le poil à plus d’un. Les boîtes de nuit sont devenues des lieux de licence pour les comportements les plus permissifs ».
Le Sénégal ne vit-il pas - pour l’heure - cette crise qu’un journaliste qualifie en ces termes : « la rencontre des cultures, arabe et occidentale qui viennent se greffer à celle africaine » ?
Si cette affaire - la video « Gouddi town » - secoue autant la société sénégalaise, c’est qu’elle révèle, selon Bakchich, le clivage entre les traditions séculaires d’un pays musulman à 80%, et une jeunesse abreuvée jusqu’à la lie de clips « made in US », avec leurs cortèges de matérialisme clinquant et de panthères dénudées réduites au rang de femmes-objet. Pendant que les dollars et les strings pleuvent sur les écrans de télés, les autorités religieuses, soutenues par une partie de la population, tentent de dénoncer cette supposée « dépravation des mœurs ».
Cette réticence de certains pays de la communauté des pays musulmans, notamment ceux qui sont membres de l’Oci ne serait-elle pas le résultat de ce que ces derniers considère comme un certain état de dépravation qui ne sied pas du tout aux Imams sénégalais ? Comment dire cela tout haut dans un pays qui s’interroge sur sa laïcité ?
Mais peut-être est-ce là une autre question qui mériterait d’être développée davantage et sépararément de la présente affaire.
A bientôt, également.
Pierre R.
@ Doyen P.R.
Vous avez raison sur toute la ligne. D’ailleurs, sachant cet état de faits, l’Imam de Dakar, qui présidait la prière de l’Aïd el fitr, samedi, n’a pas manqué de s’attaquer, comme qui dirait, à la racine du mal. Ou plutôt à l’une des racines du mal, à savoir les "images obscènes" montrées sur le petit écran, public et/ou privé, dans un pays à forte concentration musulmane...comme le Sénégal.
Nous ne manquerons pas d’y revenir plus amplement.
Merci, à bientôt
bonjour Pierre et Boubacar je pense que le problème le plus influent dans l’affaire de la vidéo c’est la pauvreté, Au delà des questions religieuses, il faut chercher le facteur matériel qui aujourd’hui au Sénégal, comme dans beacoup d’autres pays d’Afrique, transperce tout, biaise tout, travestit tout... La condition des femmes sénégalaises sont atroces, aucun statut juridique véritablement respectée, aucune protection contre la polygamie, contre la pauvreté, aucun acquis social, cela fait que ces femmes, laissées pour compte, toujours assoifée de matériel et de reconnaissance (d’ailleurs c’est ce qui fait qu’elles confondent systématiquement ces deux notions, sont prêtes à tout). Il faut se renseigner sur les affaires de prostitution qui pululent au Sénégal dans les villages ainsi que de pédophilie initiée par des réseaux qui vendent femmes et enfants aux toubabous (occidentaux blancs). La situation est catastrophique. D’ailleurs ceci n’est pas propre aux femmes seulement (le matérialisme excessif est visible partout dans les couches sociales sénégalaises). Toutefois, la fragilité dans laquelle se trouve la femme sénégalaise (imaginez aucun recours contre la polygamie, puisque la polygamie est pratiquée massivement de façon informelle, donc s’échappant au contrôle) l’expose à toutes les tumultes. Le manque d’éducation et de conscience chez ces femmes participe aussi à les maintenir dans cette situation. Pour elles, un homme qui apporte un peu d’argent (peu importe s’il a des valeurs morales, peu importe s’il a déjà un harem complet), est forcément l’oiseau rare.
Dans les pays musulmans (Liban, Tunisie) où la polygamie est combattue et où la femme bénéficie de tout un arsenal juridique et de recours contre l’injustice des hommes a permis d’en faire des vraies femmes libérées même si elles sont musulmanes.
je pense qu’il faut voir derrière le scandale de la vidéo encore l’incapacité de l’État sénégalais (depuis Senghor) à offrir un statut privilégié aux femmes et à les protéger des affres des pratiques masculines. Cette incapacité se voit aussi d’ailleurs dans l’impossibilité de résoudre le fléau de la polygamie (qui je vous rappelle est devenu complètement désuet dans les pays arabo-musulmans). Ceci traduit par la même l’incapacité de cet État à résoudre tout simplement le problème du non respect de la laicité inscrite pourtant dans la constitution. En témoigne le fait que plusieurs sénégalais ne se marient pas devant la mairie, un mariage célébré à la mosqueé leur suffit. Cependant ce mariage illégal sur le plan civil (souvent défendu et privilégié par les hommes qui y trouvent leur compte puisqu’il s’agit d’une façon simple de s’échapper au piège des devoirs matrimoniaux exigés dans le contrat civil et leur permet aussi de pratiquer en toute impunité la polygamie) maintient la femme sénégalaise dans une situation complètement floue et non reconnue devant l’État. Elle ne bénéficie d’aucun recours pour faire valoir ses droits que ce soit en cas de polygamie ou de mauvais traitement de la part de l’homme. Moi j’y vois non seulement une incapacité de l’État mais une volonté de maintenir ce status quo simplement pour gorder la société sénégalaise dans un état de sous-développement total, alors que les tenants de l’État pillent en toute tranquillité ce qui reste dans le pays.
Bien à vous
Leuk
Je ne répondrai pas au nom de l’auteur mais puisque vous m’interpellez, je dois vous dire que je partage votre analyse. Je suis très sensible - ayant occupé un poste en développement international - à la question des femmes dans le monde. Le Sénégal, qui n’a de laïc que le nom, par les temps qui courent, n’échappe pas à cette préoccupation. Voilà pourquoi je tenais à apporter certaines précisions à Boubacar dans le cadre de son excellent article.
Ndèye Guèye, Fatima Dorenale, Ndèye Gaye et les autres ont-elles servi de motif à une plus grande répression à l’égard des femmes ? Le prétexte « Gouddi town » arrivait à point nommé pour dénoncer une prétendue débauche et ajouter au statut précaire des femmes. La question est posée et mériterait d’être approfondie. L’intégrisme veille au Sénégal.
Pierre R.
Bonjour à Leuk et Doyen Pierre R.
Toutes mes excuses pour le retard apporté à la réponse à vos commentaires. Vos réflexions respectives sont, à vrai dire, très pertinentes. Permettez moi, surtout, de m’attarder sur la question de la polygamie.
Celle-ci n’est pas imposée aux femmes sénégalaises, même si, au demeurant, la religion musulmane, celle de 95% des Sénégalais, l’autorise. Je voudrais signaler ici que pour l’Islam également la polygamie n’est nullement (vous le savez) une contrainte. Elle est tributaire de la possibilité, pour l’homme (qui en abuse généralement dans beaucoup de pays, tout comme au Sénégal) de le supporter.
En dehors de cette disposition religieuse, le code sénégalais de la famille, en ses articles 113 et 133, permet à tout couple de choisir devant l’officier d’Etat Civil : ou la polygamie, ou la polygamie limitée ou encore la monogamie tout court.
Je pense que ce dont souffre les femmes, au Sénégal, c’est moins d’une protection par le législateur que d’une information juste et bien étayée.
L’autre aspect, c’est que la société sénégalaise, telle qu’elle est organisée et telle qu’elle fonctionne depuis la nuit des temps, n’est pas favorable à une émancipation tous azimuts des femmes.
Les intellectuels, féministes de surcroît, qui revendiquent urbi et orbi plus de droits et d’acquis pour au profit des femmes, se voient vite méprisées, anathématisées, au point qu’aucun homme ne se hasardent à les épouser, de peur de subir le même sort qu’elles.
Bref, le sujet est si vaste que je préfère pour le moment m’en tenir à cette tentative de contribution à vos pertinentes réflexions.
Quant à la question de la laïcité au Sénégal, du point de vue constitutionnelle, je pense que c’est : Rien à signaler. Mais la réalité du terrain en est autre. D’où je rejoins le Doyen Pierre R.
Merci à vous. J’apprends toujours davantage en vous lisant tous les deux.
Merci pourvos commentaires Pierre et Boubacar Boubacar merci pour les précisions, j’en ai appris des choses ! effectivement je ne sais pas que la polygamie était inscrite dans le code de l’état civil : ce qui signifie que le Sénégal n’est pas un pays laique en fin de compte. Corrigez moi si je me trompe mais alors dans ce cas je comprends pourquoi la polygamie est si fréquente d’après mes sources. Justement pusiqu’elle est inscrite dans la loi. Même si le législateur donne le choix, elle y est quand même. Un pays laique ne donnerait pas un tel choix. Je pense qu’au Sénégal une vraie révolte des femmes devrait avoir lieu, ce qui me désole c’est celles-ci sont tellement occupées à chercher leur gagne-pain et à trouver un mari « à n’importe quel prix » que je les vois mal faire cette révolution.
Bien à vous
Leuk
Permettez-moi d’apporter un complément de réponse, avec mes salutations respectueuses à l’auteur, Boubacar Diassy :
Première remarque : le Sénégal n’est pas une théocratie. Le Sénégal, pays laïc à majorité musulmane, est une république à régime présidentiel multipartite où le Président exerce à la fois la charge de chef de l’État et chef du gouvernement. Le pouvoir exécutif est aux mains du gouvernement tandis que le pouvoir législatif est partagé entre le gouvernement et le parlement. Le pouvoir judiciaire est indépendant des deux premiers (Wikipedia). Un spécialiste définit ainsi le Sénégal : pays laïc avec une structure sociale essentiellement « africaine » et regroupée dans des confréries d’une grande influence politique.
Deuxième remarque. Stigmatisée en France, la polygamie est reconnue au Sénégal comme régime matrimonial, au même titre que la monogamie. Pays musulman à 90 pour cent, le Coran autorise l’homme à avoir au maximum quatre femmes. Lors du mariage, un accord est signé. Le mari s’engage à donner autant de temps à ses femmes. Il doit respecter cet accord car sinon, dans la religion musulmane, le comportement du mari devient « Halam », c’est-à-dire un péché. Il faut également savoir que la polygamie existait au Sénégal bien avant l’Islam. Coutumes qui existaient dans le pays bien avant l’arrivée de l’Islamisme mais que ce dernier a renforcé. La polygamie est inscrite dans le code de la famille depuis 1972. C’est sous le Code du droit de la famille du Sénégal - Boubacar l’a fort bien expliqué - que se retrouve l’article 133 selon lequel le mariage peut être conclu :
* soit sous le régime de la polygamie (quatre épouses maximum)
* soit sous le régime de la limitation de la polygamie (deux ou trois épouses)
* soit sous le régime de la monogamie.
L’article 113, pour sa part, stipule que : « L’homme ne peut contracter un nouveau mariage s’il a un nombre d’épouses supérieur à celui autorisé par la loi, compte tenu des options de monogamie ou de limitation de polygamie souscrites par lui ». Et enfin, l’article 116 prévoit que « c’est l’officier d’état civil qui recueille l’option de monogamie ou de limitation de polygamie ».
Selon une enquête sur les ménages sénégalais, publiée en 2004 par « l’Institut de la statistique et de la démographie du Sénégal », un quart des mariages au Sénégal en 2002 sont polygames (24,6%). D’après les témoignages recueillis par Afrik.com, les femmes qui défendent la polygamie sont la plupart du temps seconde épouse. Ces dernières sont unanimes : plus choyées que la première épouse qui est délaissée, elles y trouvent largement leur compte. Il est important de comprendre que le Sénégal est une société patriarcale. L’homme tient donc une place prépondérante. Cela ne signifie pas qu’il n’existe pas des résistances contre cette domination masculine. Cette situation maritale est dénoncée par bon nombre d’associations féminines qui combattent cette pratique qu’elles considèrent comme « une régression ».
À ce propos, je vous recommande la lecture de cette réflexion de Mamadou Moustapha WONE, sociologue, qui écrit avec beaucoup de justesse : « Les « partisans » de la polygamie, à l’instar de l’ancien président de la commission des fatwas de l’institut Al Azhar (Egypte), diront qu’« il faut prendre plusieurs épouses pour lutter contre le célibat des femmes, et éviter la dépravation des moeurs ». Ses détracteurs diront d’elle que ce n’est ni plus, ni moins qu’une discrimination accordée aux hommes, ou à défaut que c’est une « légalisation de l’infidélité », de la même façon que l’apartheid dans l’Afrique du Sud d’alors, avec son racisme déclaré, avait été légalisé. Un autre fait s’impose aussi, la polygamie est légale dans tous les pays musulmans, sauf en Tunisie, et vouloir disserter sur cette institution sociale, est considéré comme vouloir tenir tête au bon Dieu qui a fini de la permettre et de la codifier autour de quatre épouses. Donc, ne cherchons pas à comprendre ! Si, cherchons à comprendre, puisque manifestement, les femmes, les familles en souffrent durablement, et même les hommes qui le pratiquent ne sont pas épargnés. Les hommes pratiquent la polygamie, non pas que c’est simplement permis (il y a beaucoup de choses permises qu’ils n’effectuent pas, et beaucoup de choses non permises qu’ils accomplissent), mais parce que manifestement, ils détiennent une certaine autorité qui le leur permet et que les femmes n’ont pas. Et les spécialistes des textes religieux de dire que c’est une autorité de droit divin ».
Pierre R.
Leuk,
Bonjour. j’ai été carrément séduit par la réponse oh combien exacte de Doyen Pierre R. à votre dernier commentaire. En vérité, je pense que je n’ai rien à y ajouter.
Merci à vous Leuk.
Doyen Pierre R. je vous témoigne ma satisfaction suite à votre commentaire.
Bien des choses à tous les deux.
Pierre et Boubacar, je sais très bien ce qu’est la polygamie. En islam elle signifie textuellement prendre jusqu’à 4 épouses à condition de satisfaire ÉQUITABLEMENT à toutes leurs demandes et à tous leurs besoins. Le verset dit "...Si vous êtes sûrs d’être équitable, alors jusqu’à 4, mais sachez que vous ne serez jamais équitables." (sourate al Bakara) Les exègètes du Coran y voient une condition qui rend la polygamie en fin de compte impossible car, conditionnée par une équité absolue envers les épouses. Nous savons tous que jamais l’homme ne pourra donner de l’amour et de la considération de façon juste à 4 femmes. Alors ils en concluent qu’il s’agit là d’un texte extrêmement intelligent puisqu’il a fait d’une pierre deux coups. Pour le contexte dans lequel il a été révélé, le coran ne pouvait interdire le polygamie dans une société arabe tribale extrêmement patricarcale et qui tenait dure comme fer à la polygamie. Le prophète lui même l’était. Ses compagnons fidèles l’étaient. le coran a permis de ne pas offenser les arabes de cette époques car, s’ils voyaient cette nouvelle religion leur interdire la polygamie, ils ne l’épouseraient pas. Le prophète était un fin stratège et un homme politique. Il n’a jamais fait allusion à l’interdiction de la polygamie de peur de perdre ses compagnons, ceux qui portaient avec lui la nouvelle religion et combattaient à ses côtés les autres tribus Qorachite. cependant, la condition a été maintenue, le prohpète n’y a peut être jamais fait allusion. On n’en sait rien. Tout ce que l’on sait c’est que cette version de l’interprétation a toujours été passée sous silence. L’Islam étant une religion transmise par les hommes. Ceux-là y voyaient leur compte en passant sous silence cette condition. D’autre part, quiconque lit le coran (même des traductions dans des langues autres que l’arabe), s’en apercevra immédiatement. La condition est tellement claire. Par ailleurs, la polygamie n’est plus pratiquée dans la plupart des pays arabes. Sauf l’Arabie Saoudite. Pourtant ces pays la tolèrent. La Tunisie l’interdit car la Tunisie est le seul pays arabo-musulman qui n’applique pas la charia. La plupart des pays arabes ne pratiquent plus la polygamie, car elle est couteuse et devenue complètement obsolète. Au Sénégal, la polygamie fait souffrir des familels entières. Elle est pratiquée par des hommes appartenant plus à une génération "ancienne". La polygamie, pour la féministe que je suis, est non seulement une façon pour l’homme d’affirmer son autorité, et de maintenir la femme dans un statut de soumission totale, mais une façon de montrer à chaque fois que l’homme est complètement régi par ses instincts primaires. Le sénégalais qui pratique la polygamie, il ne le fait pas par amour pour Dieu ou pour l’Islam, il le fait pour satisfaire son propre plaisir. Demandez aux mères sénégalaises qui voient leurs "vieillards" comme elle disent se prendre des jeunes femmes après leur retraite pour s’amuser. Que le Sénégal soit un pays laique, soit. Le fait est que, à mon sens, il est un pays de laicité "bananière". En ce sens, la polygamie est defendue bec et ongles par les religieux musulmans qui eux y voient non seulement leur compte, mais y trouvent une façon d’affermir leur influence sur la société. ce sont ces mêmes religieux qui à chaque élections présidetielle, pactisent avec le candidat en place pour influencer le vote en son sens, en contrepartie, ils bénéficient d’une immunité, d’avantages financiers, et surtout d’une liberté sans limite. Alors laicité ? sur le papier peut-être. Pierre, je ne voulais pas laisser passer un terme que vous avez utilisé L’islamisme. L’islamisme signifie l’extrémisme musulman. Il ya une forte nuance entre l’islam sénégalais ou l’Islam tout court tel qu’il est pratiqué dans le monde mususlman et l’islamisme. La façon avec laquelle cet islam est arrivé au Sénégal ne peut pas être reliée avec l’islamisme qui est un extremisme. Le Sénégal a été islamisé au 12ème siècle avec l’arrivée de marabouts venant du sud Maroc. Ceux là n’avaient aucunement l’allure d’extrémistes, pourtant à la même époque la Secte des Assasins de Hassan Sabbah décimaient l’empire seldjoukide dans l’éqivalent de l’Iran et de l’Irak actuel.
Leuk
Je n’ai pas voulu aborder - volontairement - la polygamie à travers la religion mais bien sur le plan strictement légal. Je ne suis pas expert de l’Islam. Ma préoccupation était l’approche sociologique du phénomène en tant que tel. Vous l’abordez - fort bien, j’imagine - sous l’angle religieux. Je ne saurais remettre en cause les arguments que vous soulevez. Je ne vois aucune incompatibilité entre nos points de vue. S’agissant maintenant de l’islamisme, voici la définition et le commentaire qu’en fait l’Université de Sherbrooke : L’islamisme, est à distinguer du fondamentalisme, qui désigne plus particulièrement un retour aux sources fondamentales de la religion. Il est également à distinguer de l’intégrisme qui signifie, dans le cas de l’Islam, une lecture très littérale (« littéraliste ») du texte sacré sans recours possible à l’exégèse. [...] Cette multiplicité de sens crée autour de l’islamisme une grande confusion sémantique. Il est clair cependant que l’islamisme actuel s’exprime surtout par un refus ou une réticence à adopter les caractéristiques de la modernité occidentale que l’islamisme cherche à combattre, voire éliminer. C’est pourquoi l’islamisme, identifié aux groupes terroristes, est considéré par la plupart des musulmans modérés comme une forme pervertie et fanatisée de l’Islam.
Pierre R.
Juste pour conclure que le Sénégal est un pays laique dans la théorie. Dans la pratique il l’est moins. Il me choque à chaque fois de voir le président Wade aller à Touba (village de pélerinage et fief de la confrérie mauride). La laicité est selon moi une garantie de neutralité par rapport aux religions présentes que l’État se doit de maintenir à tout temps. Pour le cas du Sénégal, ceux-là mêmes qui sont censés garantir cette neutralité sont largement impliqués dans le jeu des confréries musulmanes (Le président lui-même par exemple).
Bien des choses à vous deux
Leuk
Votre dernier point de vue est particulièrement intéressant. Si le président Wade était catholique et qu’il se présentait dans une église, quelle serait votre réaction ? Que dire de Leopold Senghors ? Nous retrouvons en lui l’enracinement et le sens de l’universel, le catholicisme et la laïcité, le socialisme et la droite. Teilhard de Chardin est l’auteur européen qui marqua le plus Senghor, sur un plan encore plus profond, celui de la métaphysique. « Dieu, la question que l’on se pose toujours », écrivait Senghors. Dans ses angoisses, Léopold Senghors trouvait quelque réconfort chez Teilhard de Chardin : « Ce n’est pas la mort physique qui me fait horreur —je l’ai souvent vue de près —, c’est l’idée du néant ; celle de ne plus être. Car le néant de la non-conscience serait le pire des Enfers. J’en ai, parfois, des sueurs froides la nuit, et me réconforte toujours, la lecture de Teilhard de Chardin ».
Ses préoccupations spirituelles et métaphysiques en ont-elles fait un président qui a démérité au regard de l’humanité ?
Il convient je crois de distinguer la fonction publique des convictions privées. Voilà le vrai rôle d’un chef d’État.
Pierre R.
Pierre, Lorsque j’écris "aller à Touba", cela ne signifie pas se déplacer innocemment pour faire les salamaleks habituels. Il existe une vraie connivence entre les confréries (surtout la confrérie Mauride) et l’État. Cette connivence se traduit par un état de corruption qui atteint son paroxysme lorsque, l’état sénégalais n’a pas bronché quand les "milices" maurides ont raser un village juste parce que leur chef devait passer ce jour là avec son vonvoi. Cela est arrivé l’annèe dernière (2006) à Rufisque. Lorsqu’on sait que la confrérie Mauride fait fi d’un État dans l’État, privilèges, connivence avec les politiciens, immunité, on se demande à ce moment là si la laicité a un sens. Ce qui est encore plus curieux c’est que ce pouvoir qu’a la confrérie mauride au Sénégal c’est Senghor lui-même qui le lui a donné. En achetant leur alliance, il garantissait la pérennité de son pouvoir et l’assurance qu’ils porteront son message au fin fond du Sénégal. Cette connivence des maurides avec le pouvoir politique est une vieille habitude coloniale française que l’on a vu aussi en Afrique du Nord où la France investissait dans les Mausolées, les croyances populaires, afin de garantir l’alliance de ces personnages connus pour leur grande influence sur le reste de la population. Si Wade était catholique et qu’il affichait sa foi en tissant des rapports de connivence dans la corruption avec la cathédrale de Dakar, oui je l’aurais critiqué pareil. Car selon moi, il existe des rapports de connivence dans la corruption entre le gouvernement et les confréries musulmanes au Sénégal, plus précisément la confrérie mauride. Ceci se traduit par un rythme de vie exhorbitant non seulement des hommes politiques sénégalais mais aussi des chefs des confréries et leurs familles (A-t-on jamais su l’origine de leur fortune ?), par des affaires de corruption qui sont souvent étouffées, etc. je pense que l’on n’aidera pas le Sénégal ni l’Afrique en continuant de faire de l’enjolivement et de l’idéalisme. L’Afrique est certs un beau continent magnifique et ce q’on veut, mais les pays d’Afrique y comrpis le Sénégal souffrent d’un état de corruption désespérant. Le discours afro-centriste tenu par certains africains vivant en Occident et par certains occidentaux aussi qui stipule que l’Afrique c’est superbe et magnifique, il ne faut rien changer, etc. est un discours qui nuit à l’Afrique plus qu’autre chose. Ce même discours me rappelle le discours encenseur de Senghor. Vu de l’angle du développement de la francophonie, des liens entre la France-Afrique, Senghor fait figure d’idéal -type du chef d’État africain, père de l’indépendance, ami fidèle ou dois-je dire produit de la France, etc.. Le fait est que Senghor, même si on lui reconnaît d’avoir fait des choses positives pour l’Afrique, il a contribué à renforcer le stéréotype selon lequel, en dehors de la parole et du chant, l’Africain n’est capable de rien sur leplan du développement économique. En effet, qu’a fait Senghor au Sénégal de l’Indépendance ? Il a développé la francophonie ? en quoi cela a servi aux sénégalais qui avaient besoin de se nourrir, de s’instruire, de se développer ? QU’a-t-il fait sur le plan économique Senghor ce poéte qui a combattu ses adversaires (dont Cheikh Anta Diop qui voulait doter le Sénégal dans les années 60 du nucléaire civil, ce projet n’est même pas connu de la moitié es sénégalais aujourd’hui car son instigateur a été tellement réprimé par Senghor, au final on voit l’état de l’infrastructure électrique au Sénégal d’aujourd’hui, coupure aprés coupure, infrastructure désuète, ...) Qu’a-t-il fait Senghor au Sénégal celui qui disait ne pas aimer l’économie ? Celui qui vouait une fidélité totale à la mère patri, la France ? On lui doit certes un système politique démocratique même s’il a fait règner le parti-État jusqu’en 1974. Mais en aucun cas on ne peut dire qu’il a développé le Sénégal comme il le fallait. Par ailleurs, le président actuel a fait reculer d’un siècle le capital démocratique sénégalais, il faut voir les menaces de mort aux opposants, les emprisonnements arbitraires, sans oublier la corruption, le pillage (un président qui augmente les salaires des ministres chaque année alors que le peuple ne trouve pas de quoi manger, un président qui, aux frais de l’État offre des Hummer à ses ministres qui coutent au Sénégal l’équivalent d’une dette au FMI alors que les sénégalais sortent dans la rue réclamer de quoi manger comme ils l’ont fait il ya quelques jours). Moi aussi j’aime le Sénégal, d’ailleurs c’est pour ça que je ne me gène pas pour critiquer ce qui s’y passe.
Bien à vous
Leuk
Votre commentaire ne démérite en rien, Leuk. Au contraire. Il est l’expression même d’une opinion éclairée et inquiète. Comme je l’ai déjà indiqué, et comme vous le soulignez avec à-propos, le Sénégal est regroupé dans des confréries d’une grande influence politique. Personne ne nie ce fait. Et c’est bien d’insister sur cette question.
Mes connaissances de Cheikh Anta Diop se résument à l’Universitaire et à son oeuvre magistrale de la restauration de la conscience historique africaine : « Il y a eu des falsificateurs de l’histoire. Ils ont commis, ce que j’appelle - et je pèse mes mots - un véritable crime contre l’humanité. Parce que c’est dégradant pour quelqu’un qui est chargé de propager le savoir de transmettre sciemment des contre-vérités », disait-il. Longtemps, dans le milieu du développement international que j’ai fréquenté, nous avons considéré, depuis le colloque du Caire (1974), organisé sous l’égide de l’Unesco, et avant le désengagement des pays donateurs à l’égard de l’Afrique, l’œuvre de Cheikh Anta Diopse comme le socle même d’une véritable renaissance de l’Afrique. Il ne fait aucun doute que Cheikh Anta Diop, par ses remises en cause, par une investigation scientifique méthodique, par les fondements mêmes de la culture occidentale relatifs à la genèse de l’humanité et de la civilisation, a eu à faire face à un contexte singulièrement hostile et obscurantiste. Dans cette tourmente, seul Aimé Césaire lui a témoigné un appui ouvert et sincère.
Selon la documentation historique, il semble que la rivalité entre les deux hommes, de même origine sénégalaise, aurait pu découler de l’oeuvre et non de la politique : « Les vers de Senghor sont applaudis et font le bonheur des salons. Claudel le reçoit, Malraux le glorifie, Sartre l’interroge. Nulle marque d’estime, en revanche pour Cheikh Anta Diop. Le couperet est raide ». Seul le colloque du Caire (1974) consacrera son oeuvre.
Mais nous nous éloignons, n’est-ce pas. Encore une fois, mes salutations respectueuses à Boubacar Diassy qui nous cède volontiers cet espace pour nos échanges.
Pierre R.
Bonjour,
Je trouve que le débat se résume actuellement entre Leuk et mon Doyen Pierre R.
Son caractère hautement intellectuel doulé d’une démarche vraiment discursive ne peuvent laisser personne indifférent.
Je voudrais ici, me permettre de vous faire part des appréciations de vos commentaires par mes confrères, à partir du Sénégal, et dont certains s’empressent de suivre les liens que vous proposez afin d’enrichir leur patrimoine cognitif.
Merci à tous les deux et bien des choses à vous.
Bonjour Pierre, Boubacar Pierre, même si l’on s’éloigne un peu du thème principal de l’article de Boubacar, je pense qu’il est utile de revenir sur ces questions sous-jacentes qui permettent de comprendre les origines des problèmes du Sénégal d’aujourd’hui. Il est vrai comme vous dites que la rivalité entre les Senghor et Diop était basée sur l’oeuvre mais a elle était aussi politique puisque Anta Diop s’est présentée aux élections face à Senghor , celui-ci a répliqué en l’emprisonnant et en bannissant son nom et son oeuvre de toutes les institutions sénégalaises. Ce n’est qu’à sa mort que Diop a reçu de la part du Sénégal de Senghor un brin de reconnaissance (l’Université de Dakar porte son nom aujourd’hui si je ne me trompe). Senghor a eu une forte rivalité aussi avec Mamadou Dia, qui a été son premier ministre. Dia était un fervent opposant à la politique de France-Afrique, celle qui consiste à ranger le Sénégal derrière la Mère-Patri. En ce sens, Dia partageait la même conception panafricaniste que Diop qui lui prônait de redonner à l’Afrique sa vraie histoire, sa vraie identité. Les deux hommes partageaient la même ambition de construire une vraie nation sénégalaise (Dia prônait le non-alignement), en débarrassant par là même le Sénégal des liens névrotiques que Senghor continuait à tisser avec la France.
Pour ma part, je pense que le Sénégal d’aujourd’hui est le fruit de ce passé, de cette histoire, de l’ambition effective de Senghor et des ambitions étouffées d’autres hommes ... Même si l’on reconnaît à Senghor le mérite d’avoir légué aux sénégalais un pays en paix, dépourvu de toutes les tensions ethniques et religieuses, les historiens actuels ne cessent de lui reprocher sa politique envers la France qui, certes, découlait d’un désir profond de reconnaissance du noir par le blanc, mais sous-etendait une névrose profonde du colonisé par rapport au colonisateurs (lire Frantz Fanon Peaux noires, masques blancs). On s’éloigne, c’est vrai, mais comment comprendre toute la complexité de la société sénégalaise sans revenir sur sa génèse en tant que nation indépendante qui a été façonnée par un Senghor plus porteur que jamais des couleurs du drapeau français, plus attaché que jamais à l’existence sous la houlette de la mère-patri, comme si le Sénégal ne pouvait exister sans la France. Celui-là même qui chantait Femme noire mais qui a finit par épouser une blanche bretonne et mourrir en Bretagne (Ok. ceci est seulement pour l’anecdote). Les historiens lui reprochent (à Senghor) aussi de n’avoir pas eu de projet de développement du Sénégal, peut-être que s’il l’a fait, le Sénégal se porterait mieux aujourd’hui économiquement et socialement parlant. je ne reviens pas sur l’histoire pour pleurer les actions ratées et les projets manqués, mais c’est simplement pour dire que parfois la volonté d’un seul homme peut marquer une nation entière à jamais. Aussi, ce qui se passe au Sénégal aujourd’hui, n’est ce pas une continuité de cette politique. le Sénégal d’aujourd’hui n’est-il que le fruit du Senghorisme ? ... Ça se discute sans doute.
Bien à vous Pierre et Boubacar (et merci de nous laisser cet espace d’expression)

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