• L’Empire Ottoman : un effondrement pas si lointain

    4 novembre 2008 | 0 commentaire(s) | 87 affichage(s)

    Toujours d’actualité, le Maghreb et le Machrek sont les héritiers directs de l’Empire Ottoman imaginé par les Turcs. Le vide créé par la dispersion du pouvoir a été source du panislamisme ainsi que du panarabisme. Dans l’optique d’une meilleure compréhension des enjeux du Moyen-Orient, il est primordial de se questionner sur ce qui a fossoyé le plus grand Califat de l’histoire.

    D’entrée de jeu, la nature même de l’Empire semble être son plus grand ennemi. En effet, celui-ci semble un copié-collé du royaume grec orthodoxe. Cette appropriation sur Byzance c’est fait à tous les niveaux. En passant par l’administration jusqu’à la formation d’un « clergé » hiérarchisé, les Ottomans ont adopté un modèle qui vieillis mal et qui est peu enclin aux changements. Les Turcs n’étant pas issus d’une grande civilisation favorisant le développement scientifique ou technique, ils n’ont pas cherché à réformer l’architecture qu’il s’appropriait. De plus, ils n’ont pas été en mesure de s’adapter aux réalités nouvelles qui foisonnaient du côté de l’Europe. Ensuite, la composition de l’Empire est diverse au niveau ethnique, langagier et confessionnel. L’Afrique du Nord, l’Égypte, le couloir Syro-palestinien, la Mésopotamie et la Turquie sont des zones linguistiques distinctes. De plus, les individus qui sont majoritairement musulmans sont partagés dans des confessions religieuses aux antipodes. À cela, nous devons ajouter les chrétiens et des juifs. L’appartenance à l’Empire est donc mitigée. Il est bâti avant tout par un rapport de force, le sort de cette entité est voué au même sort que le royaume des Habsbourg ainsi que la Russie tsariste. Par après, la domination de l’Empire Ottoman sur les routes commerciales avec l’Asie est certainement motrice de l’agressivité de l’Europe à son endroit. L’Europe réduite et confinée dans ses frontières étroites va se lancer dans des entreprises audacieuses. Celle-ci va développer son savoir technique. À ce moment, les Ottomans vont commencer leurs isolements et les tentatives de réforme trop tardive ne seront pas en mesure d’éviter le naufrage.

    Les causes lointaines de l’effondrement ne peuvent expliquer totalement la cassure de cet empire. En effet, l’implosion guettait les Ottomans car au sein même de ce royaume va se constituer des agents déstabilisateurs qui vont créer des interférences entre le sultanat et ses protégés. Tout d’abord, l’Égypte de Mehmet (Ottoman albanais) va s’inspirer de l’invasion de Napoléon pour se moderniser et s’enrichir. Cette ouverture vers l’Europe par une périphérie de l’Empire va mettre en lumière l’immobilisme du régime. Par après, au Liban se constitue un foyer intellectuel rayonnant par l’entremise du collège Syrien. Les penseurs chrétiens vont s’affirmer contre le rigorisme turc et exiger une forme de citoyenneté en laissant de côté le statut de « protégé » selon la coutume islamique. Le nationalisme et les idées laïques vont secouer la rigidité de l’Empire. Finalement, en Turquie même, les intellectuels germanophiles vont exiger des réformes. L’objectif était d’imiter l’Europe pour être en mesure de la contrer. Les « tanzimats » turques seront cette tentative de réforme qui va connaître une fin malheureuse et sanglante. L’ambiguïté et la réaction d’impatience face à la réforme sont symptômes d’un système incapable de s’adapter.

    Les contraintes externes et les pressions de l’intérieur peuvent se situer dans un cadre chronologique bien précis. D’abord, l’échec à Vienne en 1638 (Manger un croissant était à l’époque un geste politique en l’honneur de la défaite ottomane), ensuite la Crimée, l’aventure française en Égypte (3 ans), la Russie déclare l’Empire comme « l’homme malade de l’Europe », la Grèce devient autonome, l’Algérie tombe et les Balkans deviennent la grande poudrière de l’Europe. À ces événements, nous pouvons énoncer la montée du nationalisme jeune turc ainsi que l’orientation malheureuse de l’Empire avec l’Allemagne de Guillaume lors de la Première Guerre Mondiale. Décidemment, l’Empire est criblé de toute part et il sera l’objet d’un outrage supplémentaire par le découpage anticipé (Entente secrète entre la France, la Grande-Bretagne et la Russie des Tsar), dans la Déclaration de Balfour suite aux succès anglais en Palestine et finalement par la révolte arabe fomentée à l’aide de promesses tordues.

    Bien que l’effondrement de l’Empire Ottoman remonte aux années 1920, les conséquences de cet événement sont toujours bien actuelles. Conflits, antagonisme confessionnel, désir nostalgique de puissance et surtout un grand sentiment d’injustice animent ce Moyen-Orient qui cherche toujours son identité.

    Source : http://membres.lycos.fr/samiaoun/

    1 étoile2 étoiles3 étoiles4 étoiles5 étoiles (Pas encore d'évaluation)

    Laisser un commentaire

    Vous devez être connecté pour publier un commentaire.