Cet article de Pierre-Luc Gagnon est gracieusement offert par Dimanche Matin. La version originale a été publiée à cet endroit.

Après la froideur des critiques festivalières, il est dur d’être chaud à l’idée d’aller voir le nouveau bébé d’Arcand. Mais il y a une erreur de jugement dans tout ce bruit médiatique. Il ne faut pas comparer l’Âge des Ténèbres à son prédécesseur. Les Invasions Barbares, c’est un petit bijou, un chef-d’oeuvre de film. Pourquoi Arcand aurait-il à subir la gloire de ses fantômes alors que les nouveaux cinéastes, qui n’ont pas encore fait leurs preuves, n’auraient pas à porter ce fardeau. La rançon de la gloire ?
Maintenant que la mise au point est faite, en considérant L’Âge des Ténèbres comme un film à part entière et non comme une oeuvre dans l’ombre d’une autre, parlons du film. En vision très globale, le scénario est sans histoire et c’est ce qui fait son histoire. La beauté du vide. Jean-Marc (Marc Labrèche) est le point noir central au milieu de cette feuille blanche. Fonctionnaire blasé, mari d’une femme (Sylvie Léonard) qui travaille trop et père de deux enfants qui se foutent de lui, Jean-Marc préfère se perdre dans sa tête. Et c’est là, au coeur de ses phantasmes, qu’il se sent le plus heureux et le plus compris.
Arcand profite de sa tribune pour caricaturer la société québécoise d’un bout à l’autre de son long métrage. Le gouvernement, la bureaucratie, le système de santé, les lois antitabac, tout y passe. Parfois le film semble même construit en courts sketches, avec une bonne dose d’humour, ce qui est loin d’être déplaisant. Mais sur la trame de fond, les ténèbres subsistent.
La thématique du Moyen Âge est très présente dans le film, sous plusieurs formes, notamment par l’entremise d’une partie de Dungeons & Dragons grandeur nature. Arcand explique ce concept en disant qu’on se dirige présentement vers une sorte de nouveau Moyen-Âge. “C’est la guerre contre les musulmans, les infidèles, les croisades […] et aussi le désir que les femmes ont d’être soudainement inaccessibles, et de se faire dire des poèmes”. La métaphore est habile et rendue de façon intéressante dans le film.
Sans longueurs insoutenables et sans détour, L’Âge des Ténèbres tient admirablement la route. Et lorsque la ligne directrice semble vouloir fléchir, on sauve la mise avec cette distribution d’enfer qui ferait rougir d’envie tous les réalisateurs. Marc Labrèche est irréprochable. Il fait preuve d’un naturel plus grand que nature. Très humain et posé, il catalyse tous les personnages dans son vacuum vital.
L’Âge des Ténèbres n’égale effectivement pas Les Invasions Barbares, mais à quoi bon le mentionner ? En contre-partie, le film surpasse d’autres excellents films au Québec, mais cette information est-elle réellement intéressante. Lorsqu’on compare, on ne se concentre pas sur l’oeuvre en question, on l’évite. L’Âge des Ténèbres est un très bon film. Il suffit qu’on s’y attarde.
/BOUCLE_video>Une critique pas mal plus équilibrée et sensés que celle qui est parue dans la Presse le 2 décembre en page A17 !
Bonsoir,
J’ai été voir le dernier-né de M. Arcand. Je reviens justement du cinéma et m’empresse de livrer mon impression.
Il n’est pas donné à tout le monde de rendre significatif un insignifiant. M. Arcand, il l’a, ce talent. Il sait attribuer un sens au néant. L’art d’habiller le vide, il le possède, lui.
Il nous convie à un défilé de mode où le mannequin n’est nul autre que moi, vous, nous tous, ou presque. Nous nous pavanons fièrement sur le podium croyant être décemment vêtus alors qu’en réalité notre existence collective n’est couverte que de haillons. Je comprends donc que certaines critiques aient été sévères, car c’est pas facile de se reconnaître nu. Surtout quand notre nudité fait détourner le regard...
Une sombre réalité, douloureuse par moment, nappée d’une sauce d’humour légèrement piquante. Un savant dosage qui fait passer la pilule qui, autrement, serait dure à digérer.
C’est à une réflexion digestive que le film d’Arcand nous convie. Juste un temps d’arrêt pour nous rappeler de ne pas perdre de vue l’essentiel quand nous nous engageons dans le marathon de la vie. Car mieux vaut s’abstenir de courir que de réaliser, à bout de souffle, que le prix à gagner n’est qu’un « merci d’avoir participé ». Le goût amer qu’on en conserve peut se révéler destructeur.
P’tit bémol : la redondance des scènes de la reporter en chaleur à temps plein. Fatigantes à la longue.
Pour le reste, chapeau et bravo M. Arcand.
Solange
L’Âge des Ténèbres est une oeuvre très profonde. Denys Arcand nous y présente, avec un humour soutenu et dans quelques scènes déchirantes (notamment, lorsque le héros se trouve en présence de sa mère), la société québécoise telle qu’elle est : vide, dépourvue de vision, sans but, n’allant nulle part, sans avenir donc et où rien ne va plus ; bref, décadente et en pleine décomposition. Par moments, Arcand me semble mener une charge presque caricaturale, avec l’air de demander : « Est-ce assez ? Voyez-vous ? Avez-vous entendu ? Comprenez-vous ? Mais enfin, que vous faut-il de plus pour comprendre ? ». Certains penseront à l’illustre « Vous êtes pas tannés de mourir, bande de caves ? », qu’on leur lancerait de nouveau au visage !
Je n’ai aucun mal à croire que très généralement, ce film ait déplu et qu’il continue de déplaire. À quoi bon avoir créé cette œuvre si ceux à qui elle s’adresse avaient déjà tout compris ?
Arcand n’inscrit pas moins L’Âge des Ténèbres dans son contexte universel, par le sentiment sûr, clairement exprimé, d’un retour à l’époque des croisades et des guerres des religions, ainsi que d’une « folle » nostalgie, pour ainsi dire, de l’amour courtois.
Quand tout a été montré, au-delà du désespoir, au seuil de l’anéantissement, c’est au moyen d’images d’une grande beauté qu’Arcand semble nous inviter à réinventer, par des gestes fondateurs, les plus humbles qui soient, l’essentiel de la vie : un art de vivre et d’aimer.
L’œuvre émeut, pour peu qu’on s’y arrête.
Robert R, Montréal
Bonsoir,
J’ai trouvé ce film génial.
Je dois vous dire que l’âge des ténèbres n’a rien de ténébreux, c’est vraiment le reflet de la société actuelle et que certains ne veuillent pas voir.
Je ne suis pas une fanatique des films Québécois car ça manque souvent d’intelligence et ce n’est pas le cas pour Denys Arcand, qui a une subtilité, une sensibilité et une grande intelligence.
Bravo pour les personnages bien choisis, les endroits, entre-autres, le stade Olympique, les situations cocasses (Christian Bégin et Pauline Martin), les flashs à l’époque des croisades et que dire des images qui finissent en beauté sur le bord du Fleuve et avec une peinture pour nous rappeler le contact avec la nature que plusieurs d’entre-nous avons délaissés.
Moi aussi, je vous lève mon chapeau, monsieur Arcand !
Claire
Je suis allée voir le film de monsieur Arcan- l’âge des ténèbres - J’ai même préféré ce dernier film aux précédents... j’ai bien le droit non ? Je l’ai trouvé absolument magnifique ! Je trouve moins magnifiques les Critiques qui l’ont attaqué...prouvant qu’ils ont peur de la vérité et aussi que ça fait bien pour les Critiques de descendre quelqu’un de plus génial que soi de temps en temps... Ce film est une image vraie de la vie actuelle. Marc Labrèche nous fait oublier complètement Marc Labrèche prouvant qu’il est un comédien formidable. Tous les acteurs, comme lui, nous font oublier leur personnalité pour recréer une histoire où il devient facile de s’identifier. Ce qui démarque ce film de la plupart des films québécois. Je n’y ai vu aucune longueur, ce cliché, des Critiques. C’est un film à voir absolument à moins qu’on soit dans les ténèbres de la vision de certains critiques...

Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.
À propos de Cent papiers | Tous droits réservés, Cent Papiers 2006-2007 | Roule sous Spip 1.9.2b | Design: Olivier Niquet | Écrivez-nous !